Le 20 août 2026, La Bataille de Gaulle d’Antonin Baudry a franchi le cap des 5 millions d’entrées cumulées en France. L’Âge de fer, le premier volet, dépasse les 2,7 millions d’entrées tandis que J’écris ton nom, sorti le 26 juin, en totalise 2,2 millions. Ces chiffres consacrent, selon Pathé, « une des plus grandes fresques historiques au box-office français ».
À huit mois de l’élection présidentielle de 2027, le retour spectaculaire de Charles de Gaulle dans les salles interroge notre rapport actuel à la figure présidentielle et à ce qu’elle représente encore dans l’imaginaire politique français.
Ce succès n’avait pourtant rien d’acquis. Malgré une campagne de communication massive, le public n’a pas répondu présent dès la sortie du premier volet, L’Âge de fer, présenté hors compétition à Cannes. La figure du Général, jugée trop lointaine ou trop institutionnelle, semblait tenir les spectateurices à distance. C’est le bouche-à-oreille qui a inversé la tendance. Ardavan Safaee, président de Pathé Films, expliquait à Variety avoir senti « le bouche-à-oreille positif décoller dès la troisième semaine », avec une progression de 17 %. Ensuite, la canicule a renvoyé le public vers les salles climatisées, puis la Fête du Cinéma, avec un bond de fréquentation de 68 %. La sortie anticipée d’une semaine du second volet, consacré aux derniers mois de la guerre et au rôle de la Résistance, a permis aux deux films de cohabiter à l’affiche et de se nourrir l’un l’autre.
Sept ans de développement, 150 jours de tournage entre le Maroc et la France, un budget avoisinant les 80 millions d’euros, cinq heures de film à eux deux, 150 personnages. Par son ampleur, la presse n’a cessé de comparer l’entreprise au cinéma hollywoodien. Du côté du réalisateur Antonin Baudry, ancien diplomate devenu cinéaste (Le Chant du loup), l’enjeu était de montrer enfin de Gaulle à l’écran, cette figure pourtant si omniprésente dans l’histoire collective française, mais quasiment absente au cinéma. Le diptyque se distingue alors dans sa manière de raconter la Seconde Guerre mondiale, et s’attarde sur les rapports de force, les désaccords ainsi que les zones plus troubles de l’histoire de la France libre. Le second volet, lui, revient en particulier sur le combat politique et militaire du Général et sur ses relations avec les Alliés comme avec d’autres figures françaises de la période. L’acteur Simon Abkarian, qui l’incarne, en propose ainsi un visage confronté au doute et à la nécessité de faire reconnaître la légitimité de la France combattante.
Ce succès intervient dans un contexte particulier. Cette semaine, Paris commémore la Libération de la capitale, à travers plusieurs cérémonies organisées du 23 au 25 août. Le 25 août 1944 est aussi la date à laquelle le général de Gaulle prononçait, depuis l’Hôtel de Ville, son discours sur la libération de Paris.
Cette coïncidence de calendrier fait écho à une autre actualité : celle d’une pré-campagne présidentielle où la référence gaullienne est revendiquée par des partis et des responsables politiques que tout, historiquement, devrait pourtant opposer. Si la figure de de Gaulle ressurgit avec autant de force, ce n’est peut-être pas tant en raison de ce qu’elle fut qu’en raison de ce qu’elle permet de projeter aujourd’hui. La souveraineté, l’indépendance nationale, l’autorité de l’État, les institutions fortes sont autant de thèmes qui occupent à nouveau une place centrale dans le débat public. La référence à de Gaulle offre ainsi un langage commun à des sensibilités politiques très différentes, quitte à faire parfois l’impasse sur les contradictions et les réalités historiques de son héritage.
Malgré les ressorts très concrets du film, son ampleur et l’hétérogénéité du public qu’il a rassemblé semblent dépasser le simple engouement culturel. Ce succès peut aussi être lu comme le signe d’une curiosité pour une époque où la figure présidentielle occupait une place différente dans la vie politique et dans l’imaginaire collectif. Il ne s’agit pas nécessairement de regretter de Gaulle, encore moins son époque, mais peut-être de chercher dans une figure du passé des repères face aux incertitudes du présent.
À huit mois de la présidentielle, La Bataille de Gaulle ne dit donc pas forcément la résurgence d’une fascination pour le Général. Il témoigne plutôt de la manière dont une figure historique peut être réinvestie lorsque le présent peine à offrir des réponses claires sur l’avenir politique du pays.
Visuel : AlloCiné