Philippe Bouvard est mort le lundi 24 août, à l’âge de 96 ans. On le connaît surtout pour l’émission qui lui ressemblait le mieux : Les Grosses Têtes, sur RTL. Pendant 37 ans, ce journaliste et animateur emblématique de la radio française a su prendre une place unique. Une figure d’une certaine France, avec ses certitudes, ses provocations et ses habitudes, que son public fidèle n’a jamais lâché.
Dès la première moitié des années 1960, Philippe Bouvard fait ses débuts au micro de Radio Luxembourg. Sa carrière radiophonique ne connaîtra ensuite pratiquement aucune interruption. Le 1er avril 1977, il crée Les Grosses Têtes, dont il gardera la direction pendant près de quatre décennies. Ses cinquante ans d’antenne ont été célébrés par RTL en 2017, avec un bilan de dix-neuf mille heures de programmes. Une grande partie de cette présence à la radio passe par des émissions les plus personnelles, dont Le Théâtre de Bouvard.
Le journaliste était également très présent dans la presse écrite. Il a notamment écrit pour Le Figaro, L’Express, Paris Match et Le Point, avant de diriger la rédaction de France-Soir en 1987. Il a aussi publié plusieurs ouvrages sous son nom. Peu d’espaces médiatiques lui auront échappé. Là encore, il voyait les choses en grand : 69 livres, « pour avoir toujours le dernier mot », comme le résumait justement un titre d’Actualitté.
Animateur avide de reconnaissance, Philippe Bouvard doit une grande partie de sa notoriété à un public particulièrement fidèle, notamment parmi les générations aujourd’hui âgées, pour qui Les Grosses Têtes étaient devenues un rendez-vous quotidien et immuable.
Son éviction de la présentation de l’émission en 2014, au profit de Laurent Ruquier, avait été vécue par l’animateur comme une forme de mort symbolique, tant l’antenne s’était confondue avec son identité publique. Bouvard appartenait à une génération médiatique qui assumait pleinement de prendre toute la place, de parler fort, de provoquer et de jouer avec les codes d’une époque où l’ironie et la misogynie pouvaient encore passer pour de l’esprit. Ce mélange de désinvolture, de goût du pouvoir et de sens du spectacle faisait partie de son personnage autant qu’il expliquait, en partie, son succès populaire.
En décembre 2024, alors âgé de 95 ans et n’assurant plus depuis quelques semaines sa chronique hebdomadaire « Bouvard se souvient », il avait fait savoir qu’il souhaitait, peu à peu, se retirer.
Grand amateur de jeux d’argent, Philippe Bouvard était aussi un habitué du casino de Deauville, où il retrouvait la logique familière de jouer, miser et prendre des risques.
Jusqu’au bout, Philippe Bouvard aura gardé son fauteuil, son micro et l’attention d’un public conquis d’avance. Même lorsqu’il a fallu quitter la scène, il aura préféré le faire à son rythme, plutôt que de laisser quiconque décider à sa place du moment de sortir.
Photo : JB Charpentier / Wikimedia Commons