Ce 22 août, le 48e festival de cinéma de Douarnenez a clôturé une édition marquée par les violences et la dureté des documentaires. Un air du temps sombre donc, illuminé par les concerts qui ont fait danser les spectateurices tous les soirs.
Ce dernier soir, justement, nous rencontrons Yannick Reix, le directeur du festival, qui nous en dit un peu plus sur cette institution : « En 2028, le festival fêtera ses 50 ans. Il a été créé à l’époque où les populations locales se battaient contre l’installation d’une centrale nucléaire à Plogoff et d’un terrain militaire. Cet ancrage est resté dans son ADN : c’est un festival militant qui invite chaque année des populations en lutte pour leurs conditions matérielles d’existence. Cette année, ce sont les peuples de la région du Maroc [ou peuples en lutte associés] qui sont mis à l’honneur, et l’année dernière c’était l’Amazonie. On n’invite jamais des États ou des nations en tant que tels, mais des populations ancrées sur des territoires, qui remettent parfois en question les frontières établies. »
Lors de notre court séjour, nous nous sommes concentré·e·s uniquement sur les films de la sélection Les marocs. Nous en avons vu trois : Sur la planche de Leïla Kilani, le programme de quatre courts-métrages de Mahdi Lyoubi et Samy Sidali et Better de Kamal Ourahou. Impossible de généraliser à partir d’une si petite sélection, mais nous avons été marqué·e·s par un fil conducteur entre les trois séquences : celui de la colère. Elle s’est manifestée de façon très différente pour Leïla Kilani dans son chef-d’œuvre. Sur la planche nous entraîne dans l’impossible avenir de jeunes femmes qui doivent osciller sans aucun espoir entre une vie de pute, de voleuse et celle d’ouvrière écailleuse de crevettes, tandis que du côté de Mahdi Lyoubi, Samy Sidali et Kamal Ourahou, la caméra se concentrait uniquement sur des portraits d’hommes. Marseille, 14 juillet, de Mahdi Lyoubi est une bombe qui nous montre les ruptures au sein de la nation française via la violence d’hommes prenant la rue, la mettant en feu, un soir de victoire de l’Algérie à Marseille au son de la voix de Léon Zitrone qui en 1974 commente le défilé du 14 Juillet. L’absence totale de figure féminine sidère et interroge sur le masculinisme dans des manifestations de joie qui, normalement, ne devraient pas être excluantes.
Il faut vous imaginer que ce festival se tient dans une ville adorable au bord de l’eau. Yannick Reix insiste là-dessus : « La ville a grandi avec le festival. Pour l’anniversaire des 50 ans en 2028, l’idée est justement de comprendre à quel point la texture sociale et culturelle de la ville est liée à l’identité de cet événement. Douarnenez s’est dotée d’un véritable écosystème autour du cinéma : une option au lycée, un BTS audiovisuel, un pôle cinéma et trois salles. »
En parallèle de la sélection Les marocs, vous pouviez également voir des films classés par types de programmes : Regards d’ici, Résistances affectives, LGBTQIA+, Monde des Sourd·es et Jeune Public. Concernant le Monde des Sourd·es, cela se manifeste au-delà des séances puisque tout est signé en permanence, y compris les concerts. Le directeur nous dit : « L’accessibilité pour les personnes sourdes existe depuis 15 ans. Depuis trois ans, nous accueillons également des personnes à la fois sourdes et malvoyantes. Le dispositif d’interprétariat mis en place est extraordinaire : il y a une personne en face qui signe sur un fond contrasté, et en même temps une autre personne qui fait du tactile pour décrire ce qui se passe à l’écran — comme la présence de nuages ou les réactions du public. Cela offre une description du paysage pendant qu’on raconte l’histoire. Pour nous, entendants, c’est une chance de voir ça : cela oblige à repenser le temps et à ralentir. »
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Visuel : Aurora films