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Cannes, séance spéciale : « L’Objet du délit », l’avancée des droits sans la calomnie

par Yaël Hirsch
27.05.2026

Dans son nouveau film, la cultissime Agnès Jaoui met en scène une mise en scène : celle des Noces de Figaro dans une production de second rang en plein air, qui se met sur la pointe des pieds. L’occasion pour les générations de s’entrechoquer et pour la cinéaste de poser des questions qui fâchent. La comédie frôle le drame, et l’on rit autant qu’on est mal à l’aise. Touché!

À l’ombre des Phallus en bronze

Le directeur musical (Daniel Auteuil) réunit le casting de son Don Giovanni en plein air, qu’une femme met en scène : Mirabelle (Claire Chust) veut des grands phallus pour montrer comment Susanna bat en brèche le patriarcat et des chaînes de femmes qui dénouent et renouent les lacets de leurs corsets pour marquer la solidarité féminine. Sauf que la production a lieu au moment même où une grande cantatrice balance publiquement tous ses #metoo et que Mozart et Da Ponte placent au cœur de l’opéra un droit de cuissage… Le casting est excellent malgré une Susanna justement placée par un des mécènes (Tiphaine Daviot) : la grande Hannah (Jaoui) chantera la Comtesse, Cora (Eye Haïdara) est un Cherubino au timbre éclatant et le grand Piazzoni sera le Comte (Vincenzo Amato). Mais quand la troupe et les décors arrivent au Château de Lacoste pour y jouer en plein air, l’atmosphère est électrique.

Déconstruire sans cesser de communiquer

Alors qu’Agnès Jaoui a mis en scène plusieurs opéras, notamment une Tosca pour Opéra en plein ait et récemment un Don Giovanni au Théâtre National du Capitole de Toulouse, elle nous embarque dans sa comédie à costumes en nous faisant partager son goût de l’opéra, de Mozart et des belles voix. Elle rend populaire un art réputé élitiste et transforme son méta-spectacle en comédie véritable : le rythme de « L’Objet du délit » est son plus bel atout et on ne s’ennuie jamais pendant plus de deux heures à voir le spectacle se monter et la troupe imploser. Car du comique de situation (une metteuse en scène au nom de fruit qui n’ose pas s’affirmer, un comte cabotin, une jeune première de son temps et qui refuse la moindre aliénation…naît un brin de tragédie réelle, quand l’un des chanteurs est accusé d’abus sur l’une de ses collègues… On réunit, on explique, on parle … Mais impossible de réellement communiquer, ne serait-ce que pour s’excuser, tandis qu’au vote chacun.e doit prendre parti.. Jaoui traite frontalement des questions qui nous interpellent toutes et tous. Elle le fait avec une sincérité touchante et qui aurait presque pu faire perdre son équilibre au film. Et pourtant, cette ligne de crête et le jeu des acteurices nous fait presque oublier le défilé de gros plans en costumes qui appauvrissent un peu la mise en scène. Un film sont on sort pensif et plein de questions, après avoir beaucoup rit.

L’Objet du délit, un film d’agnès jaoui, avec agnès jaoui, daniel auteuil, eye haïdara, claire chust, oussama kheddam, lucie gallo, tiphaine daviot, maxime pambet, loïc legendre, vincenzo amato, patrick mille, hervé pierre, emmanuel salinger et jacques weber — france, 2h13 — présenté hors compétition au 79e festival de cannes — en salles le 27 mai 2026.

visuel : studiocanal