Connus pour leurs séries, La Mesas et Veneno, Javier Calvo et Javier Ambrossi adaptent en une fresque très ambitieuse un texte inachevé du poète républicain martyre, Frederico Garcia Lorca. La Bola negra est un film à la mise en scène maîtrisée qui aborde en trois périodes la question de la répression de l’homosexualité au cours de l’histoire violente de l’Espagne du XXᵉ siècle. Un film qui peut remporter une palme.
Dès le début de cette œuvre-fleuve qui dure plus de deux heures trente, on est plongé dans le désordre en 1932, 1937 et 2017. Un jeune musicien de fanfare qui a choisi le camp nationaliste voit « par erreur » son village bombardé. Un fils de bonne famille n’est pas accepté au club local (les membres ont mis des « boules noires » dans l’urne) parce que des rumeurs courent selon lesquelles il aime les hommes. Et enfin, un dramaturge et historien apprend que son grand-père vient de mourir et qu’il hérite de son histoire… Les destins de ces trois hommes nous font traverser cent ans d’histoire de l’Espagne, à travers la question de la répression des homosexuels.
En termes de mise en scène, le film est très audacieux. La première scène revisite Guernica en mettant le feu à une fanfare républicaine, et l’on se dit que l’on va sortir du carcan du film historique et des moments de flamenco. Mais il n’en est rien. L’histoire fonctionne et émeut ; des moments esthétiques avec de beaux hommes torse nu courant sur la plage viennent nous reposer des scènes de villages historiquement reconstituées. L’angle est juste, l’œuvre adaptée est mythique. Quant aux trois acteurs principaux, Guitarricadelafuente, Miguel Bernardeau et Carlos González, ils sont extraordinaires. Relayés d’ailleurs par des stars : Penélope Cruz et Glenn Close.
Et néanmoins, une fois toutes ces émotions et ces promesses posées, le costume reprend du service. La tripartition du film et les liens entre les histoires, si lourds à tresser, le font retomber dans la catégorie de l’épopée historique, là où on s’attendait à réfléchir plus avant à la violence qui traverse les personnages. Très précis dans son angle, très majestueux dans sa mise en scène, le film ne répond pas tout à fait aux attentes que ses premières minutes et le texte mythique qu’il adapte suscitent. Il a néanmoins été ovationné pendant vingt minutes ce jeudi 22 mai et a toutes les qualités politiques et visuelles pour figurer en bonne place au palmarès.
La Bola Negra de Calvo et Javier Ambrossi | Espagne, France, 2025 | 2h35 | Avec Guitarricadelafuente, Miguel Bernardeau, Carlos González, Milo Quifes, Penélope Cruz, Lola Dueñas, Glenn Close | En compétition au 78e Festival de Cannes
visuels : Le Pacte
Retrouvez tous nos articles sur le 79e Festival de Cannes dans notre dossier.