Qui aura la palme ? Alors que nous attendons la cérémonie de clôture et le palmarès de cette 79e édition du Festival de Cannes, samedi soir, et qu’il nous reste encore 3 films de la compétition à voir ou rattraper, nos paris (et nos envies) sur le Palmarès sont aussi l’occasion de faire le point sur l’état du monde au prisme des cinéastes. La réponse est plus compliquée que prévue, car en période de guerres et où des listes de personnes radiées circulent comme sous McCarthy, il nous faut constater que cette cuvée 2026 n’est pas très politique et encore moins politisée. Très historiques, les films en costumes de Cannes interrogent parfois le monde actuel en passant par une autre époque. Mais, à Cannes, nous avons surtout vu des questions existentielles de bourgeois, nous avons entendu des tubes des années 1980, et aussi des pages blanches où écrire des contes queers…
En compétition officielle cette année, les films historiques étaient, comme dans l’ensemble de la sélection, surreprésentés : il y a Jean moulin, les poilus belges de Lukas Dhont dans Coward, les complets croisés de Swan Arlaud dans Notre Salut d’Emmanuel Marre, ou encore les petites robes noires de Sandra Hüller et le Noir & Blanc lustré de Pawel Pawlikowski dans Fatherland. À mesure que les cinéastes confirmés dépassent la cinquantaine, les années 1980 sont sublimées dans Paper Tiger de James Gray, dans The Man I love de Ira Sachs et aussi dans les BO de la moitié des films de la compétition (y compris le cultissime « Life is Life » qui débarque comme un ovni dans Notre Salut). Welcome Mullets, permanentes, bandants et couleurs fluo ! La compétition a aussi été très queer : avec beaucoup d’amours entre femmes dans la première semaine (Vie d’une femme, Autofiction, Garance…) et bien plus gays dans la deuxième (The man I love, Coward et La Bola Negra, de Javier Cavo et Javier Ambrossi). Il y a aussi une option intéressante qui ne force pas à choisir son camp entre hommes et femmes, en proposant une vision plus fluide du monde (Nagi Notes, L’inconnue).
Certes il y a la guerre comme contexte, aussi bien dans Notre Salut, que dans Coward ou Minotaure, mais force est de constater qu’au moment où le monde est à feu et à sang et où Bolloré projette une ombre sur l’avenir du cinéma français, on attendait un peu plus de choc et de prise de positions politiques. La charge mentale des femmes, l’alcoolisme, la violence des hommes et la capacité de se réinventer après un divorce, l’accompagnement d’un malade, ou la création d’images, sont des sujets importants, mais traités de manière très individualiste, voire intimiste. Au point que, sans être un.e marxiste forcené.e, il semble que cette 79e édition du Festival de Cannes passe un peu à côté de sa mission première d’être « une fenêtre sur le monde » et une lucarne sur nos inconscients collectifs qu’il est d’autant plus urgent de sonder en temps de crise.
Néanmoins, la plupart des films en compétition étaient des monuments de mise en scène et nous n’avons pas boudé notre plaisir… Et d’ailleurs, fidèles à notre analyse, nous plébiscitons pour la palme d’or cette année, trois des films les plus « engagés » : Fjord, Notre Salut et La Bola negra. Mais le sensible Soudain n’est pas hors jeu pour autant.
Le prix du jury pourrait bien couronner l’étonnant Hope, seul film de genre de la compétition, ou l’excellent Fatherland de Pawel Pawlikowski.
Le Prix d’interprétation masculine pourrait revenir à Swan Arlaud pour son rôle de planiste, vichyste, affairiste dans Notre salut. Ou bien Javier Bardem pourrait récidiver pour El ser querido. Mais Rami Malek (The man I love) pourrait créer la surprise. Côté féminin, c’est une année Léa Seydoux qui joue deux fois, à l’affiche de Gentle Monster et aussi de L’inconnue et Léa Drucker mange l’écran dans La vie d’une femme. Mais leurs films n’étant pas des plus enthousiasmants, nos préférées restent Tao Okamoto et Virgine Efira pour leur histoire d’amour platonique dans Soudain.
Pour le Prix de la mise en scène, on pense à Fatherland, Coward, La Bola negra et/ou Minotaure.
Le Prix du scénario semble possible pour L’inconnue, même si le film divise, pour Fatherland et pour Notre Salut.
Quant à la caméra d’or, nous irions bien voir du côté de la Semaine de la Critique, avec La Gradiva.
On attend avec impatience les derniers films et aussi les palmes du Jury, Présidé par Park CHAN-WOOK.