Pour son premier film en compétition officielle, La vie d’une femme, Charline Bourgeois-Tacquet propose un beau portrait de quinquagénaire en dix chapitres. Un film très français qui assume son genre et qui brille par sa distribution parfaite. Léa Drucker y brille à son firmament.
Nous avions découvert Charline Bourgeois-Tacquet avec Les Amours d’Anaïs, premier long-métrage frais et proche d’un Emmanuel Mouret sur la vie amoureuse d’une jeune femme. On la retrouve dans le même genre, mais plus sombre et plus mature, avec un nouveau portrait de femme. Cette femme, incarnée par Léa Drucker, est une quinquagénaire de 55 ans qui mène sa vie comme une opération militaire ou comme un Paris-Nice côté conducteur ! Chirurgienne, cheffe de service, puissante, elle n’a pas souhaité avoir d’enfant et s’occupe de tout et de tous comme « Robocop », lui dit élégamment son époux, incarné par Charles Berling. On la suit en dix tableaux surtitrés et annoncés en rose poudré. Cela se passe dans des milieux privilégiés. Au bloc comme auprès de sa mère (merveilleuse Marie-Christine Barrault), qui perd la tête, le personnage est solide, arrimé à son portable pour aider ses patient·e·s de l’AP-HP en France ou planifier un voyage en Ukraine. Une rencontre a lieu : c’est une écrivaine (Mélanie Thierry, au carré châtain parfait et toute en retenue). Elles se plaisent, une aventure commence, c’est l’amour.
Tout commence par les corps, très joliment filmés par la réalisatrice. Charline Bourgeois-Tacquet nous offre une love story pleine de sensualité, portée par un female gaze affirmé. Si l’on ne croit pas toujours à l’attirance entre les deux actrices, cela rend les choses plus difficiles au cœur d’une œuvre qui coche toutes les cases du genre « film français » : romance, désir, questions philosophiques et grands dialogues assez bien menés. Bien des questions sont évoquées en arrière-plan, notamment ce qui se passe quand une femme revendique ses fameuses charges physiques et mentales, et s’en drape. La question de la chirurgie réparatrice est omniprésente, non seulement pour montrer la toute-puissance de Gabrielle, mais aussi ses doutes identitaires. Léa Drucker est sublime, hypnotisante, juste à chaque instant, au point d’effacer tous les autres personnages. C’est à la fois le cœur du film, qui pose la question de ce qu’est une femme « paternaliste », mais c’est aussi dommage pour les personnages secondaires, notamment l’ermite italien et l’adjoint Kamyar, joué par l’excellent Laurent Capelluto. Léa Drucker mange l’écran et pourrait être à nouveau récompensée pour cela.
La vie d’une femme, de Charline Bourgeois-Tacquet, avec Éva Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling, Laurent Capelluto, Marie-Christine Barrault • France • 2026, 1h38, en compétition officielle au 79e Festival de Cannes. Sortie le 9 septembre 2026.
visuel : Les films de Pélleas / Pyramide Films