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Seila Pohara est une écrivaine bosniaque. Dans « Les serments trahis », son premier roman, elle nous parle du siège de Sarajevo et de la guerre en Bosnie à travers le regard d’une enfant. Le lecteur sera touché par ce récit, à la fois intimiste et historique.

Une enfance meurtrie :

«Je suis née et j’ai grandi à Sarajevo, une ville foisonnante, enchanteresse, la Jérusalem des Balkans.» La narratrice se souvient de ses sept ans et de son serment de pionnière, elle avait alors promis d’aimer son pays, la Yougoslavie. Elle décrit une enfance heureuse, entourée d’ami(e)s, « ces fils de soie qui nous reliaient tous ». Nous cultivions l’art du voisinage, il y avait même un mot pour cela « le Komsalak ».
Une manifestation, des hommes armés dans la rue, tout bascule en Avril 1992. En quelques jours Sarajevo est encerclée, bombardée. Les amis serbes de mon père ont rejoint les tueurs qui tirent sur la ville depuis les colline environnantes. Et quand une grenade explose dans «  la jolie cuisine de ma mère » il a fallu se résoudre à partir. Commence une longue errance, dans des gares désertées, des camps de réfugiés, une école maternelle, toujours sur la menace de ceux « qui mettent les hommes dans les camps, enlèvent et violent les jeunes filles ». Jusqu’à ce que la famille décide de fuir le pays, direction la France. Cet exil est douloureux, amer : « nous fuyons le mal, nous laissons derrière nous tout, la beauté, mon père, tout ».

Le chemin de l’exil

Rappelons nous 1992, le retour de la guerre au cœur de l’Europe, l’interminable siège de Sarajevo, les massacres répétés. Dans « Les serments trahis » Seila Pohara évoque d’abord l’atmosphère de Sarajevo, sa ville, avant la guerre. Elle décrit une enfance heureuse, baignée de douceur et de tendresse, riche de contes et de légendes, comme celle de Babaroya la vieille à cornes ou du loup Vuk. Le surgissement de la guerre est vu à travers les yeux d’une enfant, ce qui le rend encore plus cruel, plus poignant. A onze ans la narratrice a tout compris, « les tueurs qui tirent sur la ville sont mus par la haine et le ressentiment », « ils veulent arracher le cœur de la Yougoslavie ». Ce retour vers la guerre de Bosnie est servi par le style remarquable de Seila Pohara : il est bien rythmé, riche de belles descriptions, de métaphores poétiques. Le lecteur adhère ainsi très vite au texte.
La trahison de l’amitié est au cœur du roman. Alors que la Yougoslavie n’existe plus, la narratrice reste hantée par le serment de son enfance, symbole de tous les renoncements. Elle reconnaît garder une nostalgie de son enfance et pleure tous ses fils de soie qui ont été arrachés. Dans le très bel épilogue, elle nous parle en termes très émouvants de la difficulté d’être une exilée, de subir les préjugés voire les rejets. Elle écrit cette phrase terrible : « nous sommes les gens de l’Est, un peuple de sauvages, aux mœurs douteuses, un peuple d’ogres et de putains ». Avant de conclure, « je suis le produit de la cruauté des hommes et des serments trahis ». Le premier roman de Seila Pohara est un récit émouvant, souvent poétique, un livre sur la guerre et l’exil qui ne laissera pas le lecteur indifférent.

Notre dossier rentrée litteraire 2026

Seila Pohara, Les serments trahis, Gallimard, 208 pages, 20 Euros, sortie le 27 08 2027

Visuel (c): couverture du livre, éditions Gallimard