Le nouveau roman de Laura Kasischke, très attendu, déçoit principalement à cause de son manque de rythme.
Voilà des années que nous n’avions pas eu de nouvelles de Laura Kasischke. En 2021, de la poésie, avec Où sont-ils maintenant. Mais de roman, aucun depuis Esprit d’hiver en 2014 chez Christian Bourgois. Autant dire que la parution de Baignade surveillée (The Lifeguard pour le titre original) est un des événements de cette rentrée littéraire.
Le roman se déroule autour d’une piscine d’une ville du Midwest, Mission Hills. En cet été 1969, l’agitation au club de natation Jolly Rogers bat son plein. Le matin même, celui du 16 juillet, le monde entier a pu voir une fusée s’envoler vers la Lune, avec à son bord Neil Armstrong. Il y a quelque chose d’électrique dans l’air. Et puis cette chaleur accablante ramollit les esprits comme l’attention de la maître-nageuse. Alors lorsque le petit Richie Manning se noie dans le grand bassin au milieu de tout le monde, on cherche une responsable. « Cette inattention, et sa beauté – cette chevelure blonde, ces longues jambes et ces grands yeux bleus (ou étaient-ils marron ?) derrière ses lunettes de soleil – avaient causé la noyade d’un petit de maternelle. »
Choisissant la forme du roman polyphonique, Laura Kasischke multiplie les personnages et les points de vue pour cette chronique d’une tragédie annoncée. Baignade surveillée suit Richie Manning, sa mère femme au foyer débordée, son père en voyage d’affaires, la maître-nageuse, la mère de cette dernière, une jeune voisine Becca, etc. En diffractant les points de vue, l’autrice américaine dépeint une Amérique des banlieues a priori insouciante, « du moins tant qu’on n’allumait pas la télévision » (émeutes, sectes guerre du Vietnam, Guerre froide, racisme…). Kasischke choisit aussi de brouiller la linéarité de l’intrigue en alternant préparation du drame et conséquences de la mort de Richie Manning.
Baignade surveillée souffre pour autant d’un manque de rythme. La construction de l’intrigue comme un puzzle intrigue au départ, sans qu’une réelle progression se fasse sentir. Si la peinture de l’Amérique de la fin des années 60 est bien là, de même qu’une réelle attention à la condition féminine (charge mentale, injonctions du patriarcat), on a un peu l’impression de tourner en rond autour de cette piscine.
Baignade surveillée, Laura Kasischke, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, Gallimard, Du monde entier, 320 pages, 23 euros
Visuel : © Couverture du livre