Gaëlle Obiégly transforme une exposition sans œuvres en drôle de machine à penser notre désir d’art.
Un artiste plasticien reçoit une commande. Il prépare une exposition, puis décide de soustraire les œuvres au regard. À leur place, quelqu’un les raconte. Plus rien à voir, donc, mais encore beaucoup à éprouver, imaginer, projeter.
À partir de ce geste simple et malicieux, Gaëlle Obiégly déplace constamment la question de l’art : où commence-t-il ? Dans l’objet, dans le regard, dans le récit que l’on en fait ? Rien à voir joue avec ces frontières sans jamais se transformer en démonstration pesante. Le roman préfère ouvrir des pistes, mettre les idées en circulation, laisser les mots prendre le relais de ce qui manque. Une absence devient alors moins un vide qu’un espace à investir.
Cette liberté de mouvement est aussi ce qui rend le livre parfois exigeant. Obiégly aime suivre une intuition jusqu’au bout, même lorsqu’elle l’entraîne loin du point de départ. Certaines pages captivent par leur vivacité, leur humour, leur manière de faire surgir une réflexion là où on ne l’attendait pas ; d’autres donnent davantage envie de retrouver un peu de matière, de présence, quelque chose auquel se raccrocher.
Mais le charme du roman tient précisément à cette indiscipline. Rien à voir ne cherche pas à conduire sagement son lecteur d’un point A à un point B : il l’invite à se perdre un peu, à accepter les détours, les faux départs, les pensées qui se contredisent ou s’interrompent. Tout ne m’a pas convaincue avec la même intensité, mais j’ai beaucoup aimé cette façon de faire de la littérature un lieu où l’on peut encore chercher sans savoir exactement ce que l’on va trouver.
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Gaëlle Obiégly, Rien à voir, sortie le 20 août 2026, Gallimard, 288 p., 21 euros.
Visuel : @ Couverture du livre