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« Je me demande pourquoi on ne peut pas dire non », tout simplement d’Hollie McNish : trop plein de colère

par Marianne Fougère
26.08.2026

Des poèmes qui frappent juste, des essais qui finissent par tourner autour de ce que l’on avait déjà compris.

 

Dire non, encore et encore

Hollie McNish revient avec un livre hybride, à mi-chemin entre recueil poétique, journal intime et essai féministe. Elle y parle du corps, du désir, de maternité, de sexe, de langage, de normes et de tout ce qui, dans nos vies quotidiennes, semble encore exiger des femmes qu’elles composent, encaissent, expliquent, se justifient. Face aux injonctions et aux stéréotypes, McNish oppose une réponse simple : non.

 

Sa force, on la connaît, tient d’abord à sa langue. Dans les poèmes, elle percute. C’est drôle, cru, rythmé, parfois rageur, souvent très juste. Elle sait saisir une absurdité sociale en quelques vers, faire surgir derrière une scène banale tout ce qu’elle charrie de domination, d’éducation ou de honte. Ses textes ont l’efficacité d’une parole lancée à voix haute : ils avancent vite, frappent là où ça fait mal, puis laissent derrière eux cette satisfaction presque physique d’entendre enfin formulé ce que l’on pensait sans parvenir à le dire.

 

Trop expliquer finit par épuiser

Le problème commence quand McNish ne fait plus confiance à cette puissance-là. Entre les poèmes, elle développe, commente, raconte, argumente. Et souvent, elle démontre ce que ses poèmes avaient déjà parfaitement dit. À force d’explications, le livre finit par donner l’impression de s’adresser moins à des lecteurs à convaincre qu’à des lectrices déjà convaincues auxquelles il faudrait encore prouver, exemple après exemple, que les normes patriarcales existent bel et bien. Les anecdotes s’accumulent, les démonstrations se répètent, les mêmes constats reviennent sous des formes différentes. Ce qui, dans un poème, pouvait claquer comme une évidence, se dilue dans la répétition.

 

McNish avertit elle-même, dans sa note liminaire, que les lecteurs venus uniquement pour la poésie peuvent passer directement aux poèmes. Elle ajoute aussi qu’il serait dommage d’ignorer le reste, puisqu’elle s’est donné du mal à l’écrire. J’aurais peut-être dû suivre la première moitié du conseil. Car à vouloir tout lire, l’effet de saturation finit par prendre le dessus. Non pas parce que les sujets seraient secondaires ou dépassés, mais parce que le livre les ressasse jusqu’à l’indigestion. Reste alors ce paradoxe : un ouvrage consacré au droit de dire non, dont on aurait parfois aimé pouvoir écarter une partie sans culpabilité.

Notre dossier Rentrée littéraire 2026

Hollie McNish, Je me demande pourquoi on ne peut pas dire non, tout simplement, sortie le 26 août 2026, Le Castor Astral, 484 p., 24 euros.

Visuel : @ Couverture du livre