Dans le cadre du festival Paris l’été, la musicienne Léonie Pernet s’est produite sur la scène installée au cœur du Jardin des Tuileries. Un moment de réconfort où des notes d’une justesse rare ont transporté le public dans un monde plus doux, suspendu au-dessus de la violence ; comme le cri d’une âme en détresse.
« j’ai confié au désert un murmure orphelin, j’ai confié au désert mon plus beau chagrin »
Après une discussion avec la revue des révolutions féministes La Déferlante autour de la puissance politique des chansons, Léonie Pernet nous a présenté sa musique subtile.
Parce que l’art de Léonie Pernet vit dans son partage, c’est sa compagne Louise Chevillotte qui a ouvert le concert. Elle nous a livré une lecture de poèmes, accompagnée du violoniste Yovan Girard. Une première suspension dans l’atmosphère gravitaire de ce nouveau concert.
S’en est ensuite suivi l’arrivée de l’artiste, s’installant au piano, placé de profil face au public. C’est son morceau Les reines qu’on devine dès les premières notes, qui envoûte aussitôt le public dans l’univers qu’elle parvient si facilement à transmettre.
Léonie Pernet confie rapidement au public que c’est son avant-dernier concert de la tournée. Enceinte, comme elle l’avait annoncé lors de son dernier Olympia le 31 mars dernier, elle s’apprête à mettre sa musique en pause pour donner la vie. Une parenthèse dans une carrière qui, elle, ne s’arrête pas. Elle continuera à donner de la consistance créative à ce monde, même dans sa douleur et ses débris.
La configuration du concert n’était peut-être pas idéale pour elle ? Accompagnée sur le plateau par ses deux musiciens, elle fait face au public, installé dans des gradins. Rapidement, elle invite le public à se lever et même à se rapprocher pour rendre l’atmosphère plus propice à l’échange. Avec son morceau Paris – Brazzaville, le public a répondu présent à son appel. Il ne suffisait que l’arrivée de quelques percussions pour que les corps s’envolent sur les notes enivrantes. Un geste qui semble presque instinctif mais pourtant, dès qu’on s’y attarde, on devine la difficulté et la maîtrise qu’il exige. Chaque mouvement est maîtrisé, rapide, d’une évidence presque déconcertante.
« Poèmes pulvérisés » est le titre du 3ᵉ album de Léonie Pernet, inspiré du recueil du poète René Char. Elle y dévoile une création intime autant que commune, où l’amour et la conciliation sont maîtres-mots. Son voyage au Niger, où elle a de la famille, a été déterminant pour l’écriture de cet album. On retrouve dans sa chanson Nymphéas un message vocal de sa grand-mère, reçu par WhatsApp à son retour en France. Elle diffuse ainsi sa poussière poétique pour mieux appréhender le monde, sans craindre de faire exploser les repères.
Sa voix, fluide et directe, intense et délicate, transperce et trouve une complétude rare avec la musique. Les notes et mélodies s’imposent presque instantanément, et l’on respire dans ses airs toutes les influences qui la traversent. Des sonorités orientales viennent parfois donner un tout autre écho à son art, aux côtés de pulsations plus africaines et d’élans électroniques ou pop. Mais Léonie Pernet ne s’exprime pas qu’à travers ses textes. Son corps porte tout autant sa musique. Elle est emportée, et nous emporte avec elle, quelle que soit la configuration du concert.
Les atmosphères changent sans cesse, sans jamais laisser le temps à nos pensées de s’éparpiller. Elle passe des percussions au piano sans transition, la voix toujours présente, jusqu’à se poser calmement en tailleur au bord de la scène pour recentrer l’un de ses morceaux. Si l’on se détache du spectacle pour se concentrer sur les textes seuls, on entre dans un tout autre univers, où l’on ne sait plus si ce sont les mots qui ont précédé la musique, ou l’inverse.
Léonie Pernet ne cache jamais ses connexions fortes avec ceux qui l’entourent, et conçoit ses concerts comme des moments de partage. Elle y invite souvent son frère Pierjean Pernet pour Le pas de l’au-delà qu’iels ont écrit ensemble.
À la toute fin du concert, sur cette dernière musique tant aimée, Léonie Pernet invite chaque spectateur à monter sur scène, à ses côtés. Tout le monde s’assoit alors, et chante les paroles qui n’obtiennent leur résonance et symphonie parfaite que lorsqu’elles sont prononcées en chœur, et vécues en communauté. L’amour et la musique, ici réunis comme formes de résistance.
Car Léonie Pernet cherche à bâtir un « nous », à porter une parole d’espérance dans une dimension collective. La musique devient un lieu d’écoute et d’entente, même si cette communion reste éphémère. Sa voix fait écho bien au-delà de son propre public. Elle résonne à l’extérieur tout comme dans son propre corps, qui donnera bientôt naissance à un enfant, lui aussi né de cette poussière poétique.

Visuel 1 : Festival Paris l’été
Visuel 2 : Cécilou Aubertin