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« Divas » de Martine Delvaux : reprendre la voix

par Marianne Fougère
26.08.2026

Divas de Martine Delvaux est un essai qui transforme la répétition en refrain et la voix des femmes en forces de frappe.

Reprendre un mot confisqué

 

Diva. Le mot dit d’abord l’admiration : une voix immense, une présence, une artiste hors norme. Puis il s’est retourné contre celles qu’il célébrait. Trop exigeante, trop théâtrale, trop sûre d’elle, trop bruyante : “diva” est devenu une manière de ramener les femmes à l’excès dès qu’elles occupent un peu trop l’espace. Martine Delvaux part de ce glissement pour reprendre le mot, le retourner à son tour, lui rendre sa puissance. De Nina Simone à Beyoncé, de Maria Callas à Sinéad O’Connor, Madonna ou Céline Dion, elle ne cherche ni l’exhaustivité ni le panthéon. Elle écoute. Les voix, bien sûr, mais aussi les silences, les reprises, les filiations, les gestes par lesquels ces femmes se répondent à travers les décennies.

 

Ce que raconte Divas, ce n’est pas seulement l’histoire de quelques chanteuses extraordinaires : c’est celle de femmes auxquelles on reproche sans cesse d’être trop visibles, trop ambitieuses, trop en colère, trop fragiles… ou pas assez silencieuses. Réhabiliter la diva revient alors à s’attaquer à une vieille mécanique : admirer les femmes tant qu’elles restent à leur place, puis transformer leur puissance en défaut dès qu’elles la débordent. Delvaux refuse ce piège. Elle remet l’excès du côté de la création.

 

Écrire comme on écoute

 

Mais Divas vaut autant pour ce qu’il pense que pour la manière dont il le pense. Martine Delvaux écrit en avançant, et nous laisse voir le mouvement. La phrase hésite, bifurque, revient sur ses pas, attrape une idée, la perd, la retrouve ailleurs. Elle ne gomme pas les tâtonnements pour donner l’illusion d’une pensée déjà achevée : elle fait du cheminement lui-même une forme. On pourrait parler d’écriture fragmentaire, tant le procédé est devenu familier ces dernières années, mais ce serait presque trop simple. Ici, les fragments ne sont pas posés les uns à côté des autres comme des éclats soigneusement agencés. Ils s’appellent, se contaminent, se relancent. Une chanson ramène une image, l’image ouvre un souvenir, le souvenir déplace une idée, qui revient quelques pages plus tard chargée d’autre chose. On suit moins une démonstration qu’un train de pensée lancé à pleine vitesse, avec ses arrêts imprévus et ses changements de voie.

 

La répétition joue alors un rôle essentiel. Là où elle peut parfois donner à un texte l’impression de ressasser ce qu’il a déjà dit, elle devient ici rythme, refrain, insistance nécessaire. Les motifs reviennent comme reviennent certaines chansons dans nos vies : jamais tout à fait identiques parce que nous-mêmes avons bougé entre deux écoutes. Delvaux martèle, mais chaque reprise déplace légèrement le sens. Ce qui aurait pu être redondant devient musical.

Martine Delvaux, Divas, sortie le 21 août 2026, Héliotrope, 352 p., 20 euros.

Retrouvez dans notre dossier tous nos articles sur la rentrée littéraire 2026.

Visuel : @ Couverture du livre