Le troisième roman d’Eduardo F. Varela se révèle tout aussi surprenant que Patagonie route 203 et Roca Pelada.
Au cours du XXème siècle, dans un pays indéterminé, un train parcourt inlassablement la pampa. Long de plus d’un kilomètre et demi, composé de dizaines de wagons, le Service du Train Postal de l’Etat « a pour mission de relier tous les coins de la patrie et ce n’est pas une tâche facile ». A bord, Josefina et son mari, le contrôleur, accompagnés d’Olszen, le conducteur. A eux trois, ils forment une micro-société évoluant dans un monde clos et en permanence en mouvement. Un potager, des citernes d’eau, des wagons remplis de charbon, le wagon postal et tant d’autres appareillages constituent cet immense train, version réduite d’une société. Comme le remarque amèrement Josefina : « Nous sommes peut-être condamnés à voyager ici pour le reste de notre vie, ou pire encore, pour toujours. » Car les jours passent et se ressemblent. « Nous allons où va le train, le train va où vont les voies, et les voies vont là où elles veulent. »
Pour autant, cette ambiance poétique se voit troublée par les champs de maïs qui envahissent les villages. Los Maïzes, La Polentita, Santa Maïzena, El Maïzorcal, etc. Tout se confond et la tristesse mine ces habitants qui ne peuvent plus se repérer dès qu’ils franchissent les limites de leur village. Alors, lorsque le train postal arrive, les villageois montent, transformant le train « en arche d’un déluge universel ». De nouvelles façons de vivre et de cohabiter émergent, d’autant plus lorsque le général Montoya se révèle bien décidé à prendre le pouvoir.
Etrange roman que ce Pampa d’Eduaro F. Varela ! On a l’impression de lire quelque chose de totalement neuf, tout en ne s’empêchant pas de repérer ça et là les multilples influences qui parsèment le roman. Déjà très présent dans Roca Pelada, le motif de l’attente se voit ici aussi travaillé par l’auteur argentin. Difficile de ne pas penser au Désert de Tartares de Dino Buzzati ou à En attendant Godot de Samuel Beckett. Et puis il y a toute cette société vivant dans un train, qui rappelle Snowpiercer, ou ces discussions kafkaïennes sur le sens à donner aux sémaphores plantés le long des rails.
Peuplé de trouvailles farfelues, de réflexions métaphysiques et d’humour, Pampa est un western et une dystopie, un roman d’aventure et un conte philosophique. Les cent premières pages se révèlent passionnantes, Eduardo F. Varela construisant son monde cauchemardesque par petites touches. La fin est un peu plus lourde, moins poétique. Mais c’est un reproche mineur face à la capacité d’imagination de ce livre.
Pampa, Eduardo F. Varela, traduit de l’espagnol (Argentine) par René Solis, Métailié, 336 pages, 22,50 €
Visuel : © Couverture du livre