Après Les chaînes de Markov (Prix Marcel Aymé 2025), Noham Selcer propose en cette rentrée littéraire 2026 une saga qui suit un trio de frères et soeur sur plus de 30 ans. Inspiré par le jeu-vidéo Final Fantasy VII (1997), Midgar est un roman à la fois solide et touchant.
Sura, Zellik et Gaston sont trois frères et soeurs qui grandissent dans un bâtiment moderne du 15e arrondissement dans les années 1990. Ils y ont une salle de jeux où vibre une PlayStation qu’ils sont supposés éteindre à la nuit, même s’ils n’ont pas pu sauvegarder leurs avancées du jour dans le jeu. Leurs caractères sont très différents. Pasionaria de la justice, Sura, l’aînée, ne lâche jamais rien et dit toujours ce qu’elle pense avec violence. Brillant mathématicien, Zellik pousse la rationalité jusqu’à croire en le capitalisme et l’entreprise qui s’est libéralisée à outrance avec « la fin de l’Histoire ». Le petit dernier Gaston, est le plus fragile, il reste coincé dans leur jeu favori, Final Fantasy et tente de finir cette épopée en solitaire durant des années. Leurs chemins se séparent, jusqu’à ce que l’internement de Gaston dans une clinique de l’Aveyron finisse par rebattre les cartes et ramener à la fois sa soeur avocate des droits environnementaux et son frère businessman new-yorkais pour une multinationale de l’énergie dans un jeu à trois, où ils peuvent aussi s’affronter…
En effet, tandis que Sura devient défenderesse de la cause des vautours près de Gaston, ce dernier sort d’institution et accepte un poste dans une des centrales d’énergie détenue par le groupe tentaculaire dont Zellik est le n° 2, une entreprise qui ressemble fortement à la Shinra Electric Power Company du jeu vidéo. Mais un drame rebat encore les cartes et c’est peut-être à nouveau tous ensemble que la fratrie rejoue grandeur nature le combat pour libérer Midgar…
Structuré comme une partie de jeu-vidéo répartie sur plusieurs « disques », l’épais roman de Noham Selcer nous fait osciller entre les trois personnages que nous suivons, la plupart du temps de l’intérieur, sur plus de 30 ans. Les descriptions sont fines, les parents et la tante, vite laissés au 20e siècle, et le texte parvient à créer un équilibre hypnotisant entre des descriptions psychologiques profondes qui opposent vie réelle et vie jouée, et des ellipses qui couvrent de grandes périodes. Le tout est rehaussé de citations (Matrix, Tchékhov …) qui culminent avec … le Lévitique ! L’épopée de la fratrie ne se lâche pas, tant l’on s’attache aux personnages, qui ont chacun et surtout, ensemble, su préserver quelque chose de très pur de leur enfance.
Noahm Selcer, Midgar, Gallimard, Collection Blanche, 624 pages, sortie le
20 août 2026, 25 euros.
visuel : couverture du livre
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