L’Arche lance une nouvelle collection, « Uppercut », qui réunit dans un même livre un essai et une pièce. « « Uppercut » met en scène une nouvelle pratique de lecture : elle active une pensée politique en l’inscrivant dans une double expérience, fait jaillir la puissance subversive de la littérature théâtrale par le prisme de l’histoire, de la philosophie ou encore de la sociologie. »
En 1889 à Copenhague est créé Mademoiselle Julie de Strindberg. La pièce met en scène en un acte la confrontation entre Julie, jeune aristocrate, et Jean, valet du domaine, tout cela sous le regard de Kristin, cuisinière. En pleine nuit de la Saint-Jean, alors que les passions sont exacerbées, se noue un drame qui ne pourra que conduire à l’inéluctable. Mademoiselle Julie et Jean se draguent, l’un comme l’autre persuadés d’avoir le dessus et d’être maître de la situation.
Dans son essai introductif à la pièce, « Armurerie psychique, arsenal social », Sandra Lucbert mobilise des concepts qu’elle a déjà théorisés dans des livres comme Défaire voir. Littérature et politique ou Pulsion (co-écrit avec Frédéric Lordon). Dans une langue parfois un peu trop complexe, Sandra Lucbert fait de Mademoiselle Julie une lutte des classes et une lutte des genres. L’autrice déplace la vision de Strindberg. Là où ce dernier voyait un « duel entre deux cerveaux », un combat entre deux personnalités, Sandra Lucbert va chercher le côté politique et sociale de l’œuvre. « Le personnage de Julie emploie des armes individuelles pour lutter contre une situation politique. » Ou, comme elle l’écrit plus loin : « Strindberg voulait démontrer l’infériorité biologique des femmes, sa pièce livre une lecture matérialiste de l’assignation de genre. » Le livre contient également la préface de Strindberg himself ainsi qu’un « à propos » signé Boris Vian, traducteur de la pièce en 1957.
Mademoiselle Julie, August STRINDBERG, accompagné de « Armurerie psychique, arsenal social » par Sandra LUCBERT, L’Arche, 144 pages, 15 €
Visuel : © Couverture du livre