Après le succès de Carnes (Fayard 2025), la plume incisive d’Esther Teillard est de retour en cette rentrée littéraire 2026 chez Grasset avec un roman nocturne et lucide. Fuck Circus pourrait bien faire partie des lauréats des fameux prix littéraires de l’automne
Dans le précédent roman d’Esther Teillard, une étudiante montée à Paris pour étudier aux Beaux-Arts de Cery faisait son éducation sentimentale loin de son Marseille natal. Dans Fuck Circus, Marseille est encore là et le désenchantement aussi, alors que l’héroïne se fait méchamment quitter au début du livre et de la nuit. Cette nuit, elle va la passer dans un bar d’un quartier en gentrification de Marseille. Le nom du bar est évocateur : « Le mythe », et son objet est d’accueillir les désœuvré·e·s et les angoissé·e·s du grand cirque social de la ville. Dans ce petit enfer réduit aux acquêts de trois chambres aux couleurs différentes, on trouve une star de télé-réalité qui attire tous les regards, un encarté socialiste un brin moralisateur, un noble auto-dénigré obsédé par Chateaubriand (et par la Loana locale), une lesbienne faussement pragmatique et notre héroïne. Au lieu de se confier, de boire ou de pleurer, elle se remet de sa rupture par l’observation. Une chose menant à l’autre, un nouveau roman germe dans ce capharnaüm triste, au moment même où Thanatos remplace Éros.
Fuck Circus marque par son ton cru et abrupt. Et retient par son personnage principal éminemment sympathique : une jeune femme lucide, qui n’a pas froid aux yeux pour parvenir à analyser le cirque dont elle est témoin. L’héroïne est vraiment « dans la mêlée » et jamais au-dessus, ce qui lui donne du crédit. L’unité de lieu, de temps et d’action, donne un tour tragique à ce roman qui parvient à réunir toutes les fins de siècle lorsque le nôtre est déjà bien entamé. Mais le plus croustillant arrive là où l’on a peur de tomber sur la banalité d’une mise en abîme : c’est lorsque le nouveau roman commence à s’écrire sur la piste que l’on sort des sentiers battus. Lorsque la narratrice essaie de séparer littérature et sexe, cela devient franchement drôle, cruel et… sexy ! Une lueur au cœur du marasme, qui laisse présager qu’un peu de faculté cartésienne parvient encore à nous sauver de cette chair à canon, de réussite ou de beauté, que nous sommes devenu·e·s.
Esther Teillard, Fuck Circus, Grasset, 224 pages, 19 euros, sortie le 26/08/2026.
visuel : couverture du livre
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