Pour son premier roman Alaska Parano, Jake Maynard nous plonge dans les backstages mouvementées d’une usine de transformation de saumon en Alaska.
Venant tout juste de perdre son père dont il n’avait plus de nouvelles depuis des années, Garrett Hastor, aka « Castor », plaque tout et échoue dans une usine de transformation de saumon en Alaska, là où son feu paternel a vécu et travaillé par le passé. Sur place, le jeune homme se plonge corps et âme dans un travail répétitif, harassant, et complote pour gravir les échelons et devenir superviseur chez Klak Fancy Salmon, la société qui l’emploie. Il espère bien que cela résoudra ses problèmes psychologiques et financiers, et que sa vie va enfin pouvoir commencer.
Catapulté dans un environnement aux effluves quotidiennes de poiscaille, en plein cœur d’un paysage bruineux où le soleil ne se couche presque jamais, Garrett semble étonnement s’épanouir dans ce cauchemar de viscères et d’écailles aux allures de camp d’esclavage moderne, dans lequel charbonnent des saisonniers étrangers venus du monde entier. Outre ses manigances pour atteindre les sommets de la hiérarchie et gagner un maximum de flouze, Garrett a surtout un talent certain, et presque instinctif, pour foncer dans les embrouilles et s’attirer des ennuis.
Dès les premières lignes, le récit de Jake Maynard fleure fort l’authenticité. L’auteur s’est en effet inspiré de ses diverses expériences professionnelles dans l’industrie de la pêche commerciale pour écrire ce premier roman immersif et captivant. Avec son écriture sans fioriture et percutante empreinte d’humour noir, l’écrivain originaire de Pennsylvanie mêle habilement les thématiques du deuil, de la masculinité et de la soif de vérité par le biais de la trajectoire de son anti-héros aussi fatiguant qu’attachant.
Avec son titre qui fait un clin d’œil non dissimulé au roman culte de Hunter S. Thompson, Alaska Parano partage avec son aîné cette idée d’une plongée sensorielle et hallucinée dans l’esprit de son protagoniste principal. A travers les tribulations de Garrett, Jake Maynard déroule par ailleurs une critique sociale acérée sur les abus nauséabonds du capitalisme, où la course au profit passe au dessus de la moralité et du respect humain. Finaliste du Prix du Roman Page/America 2026, ce roman cru et bouleversant hante un moment après lecture, et nous rend profondément curieux quant aux prochains écrits de l’auteur.
Alaska Parano de Jake Maynard, Actes Sud / Collection Gaïa, 320 pages, 23,50 €. En librairie le 9 Septembre 2026.
Visuel : © Actes Sud