Agenda
Dossiers
Livres
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

« Choses que je croyais perdues » de Clémentine Mélois : l’inventaire après l’amour

par Marianne Fougère
27.08.2026

Clémentine Mélois transforme un déménagement et quelques objets sans valeur en cartographie tendre, drôle et mélancolique d’une rupture.

Ce que racontent les choses

 

Une jeune femme emballe sa vie. Demain, les déménageurs viendront, et avec eux disparaîtra l’appartement tel qu’il a été habité à deux. Alors elle trie, range, enveloppe. Une assiette, un vêtement, un verre à moutarde, un rouleau de Sopalin : chaque objet fait remonter un épisode, un souvenir, parfois une version de l’amour qui n’existe déjà plus.

 

Clémentine Mélois regarde le quotidien avec une précision réjouissante. Elle possède un talent indéniable pour rendre émouvant un objet parfaitement banal sans jamais forcer le symbole. Tout devient matière à récit : du ridicule, de la tendresse, des habitudes, des malentendus, une mythologie intime faite de choses presque sans valeur et pourtant chargées de tout ce qu’on y a déposé. Difficile de ne pas se laisser gagner par cette façon si particulière de faire surgir la poésie depuis le plus prosaïque.

 

Faire avec ce qui reste

 

La grande réussite du roman tient aussi à son refus des explications tonitruantes. La rupture reste du côté des gestes concrets : décider quoi garder, quoi jeter, quoi emballer, ce qui nous appartient encore et ce qui paraît désormais étranger. À travers cet inventaire se dessine pourtant une question bien plus vaste : que fait-on de tout ce qui subsiste quand une histoire, elle, est terminée ?

 

L’humour et la mélancolie s’équilibrent avec une finesse désarmante. On sourit souvent, parfois franchement, mais jamais au détriment de l’émotion. L’héroïne est perdue sans être figée dans sa perte, et son bric-à-brac finit peu à peu par ressembler moins à un cimetière qu’à un point de départ. Choses que je croyais perdues est un roman profondément attachant, précisément parce qu’il ne méprise jamais les petits riens : il sait tout ce qu’ils contiennent encore lorsqu’une vie vient de changer de forme.

 

 

 

Retrouvez dans notre dossier tous nos articles sur la rentrée littéraire 2026.

Clémentine Mélois, Choses que je croyais perdues, sortie le 20 août 2026, Gallimard, 176 p., 19 euros.

Visuel : @ Couverture du livre