Abibou Diouf est un écrivain sénégalais, âgé de 31 ans, vivant à Paris. « L’âge de déplaire » est son premier roman. Il y relate la vie d’un jeune Sénégalais, Fadel, immigré en France, tiraillé entre son besoin d’appartenance et son désir de liberté. Pour rester lui-même, il devra rentrer en conflit avec sa famille attachée aux traditions.
Fadel est un « France nabé ». Ce surnom donné aux sénégalais vivant en France est source de plaisanteries voire de reproches lorsqu’ils reviennent « au pays ». De la France Fadel a appris la liberté, la tolérance, l’empathie. Il travaille comme « chasseur de têtes » et a engagé une belle relation avec Léna, une Sénégalaise qui veut rester en Europe « pour ne pas tomber dans le piège ». Fadel, lui, est tiraillé entre ses deux identités et « le tambour du village ne cesse de battre dans son cœur, comme dans celui de tout exilé ».
Quand il apprend la mort de son père, Fadel s’effondre. De retour au Sénégal, il est confronté au poids des traditions. Ainsi les fils doivent enterrer eux-mêmes leur père, un acte qui le hantera longtemps. Il doit rester au pays s’occuper de sa mère, car c’est le rôle attribué aux fils cadets. Les pressions s’accroissent de la part de son frère, sa sœur, son oncle, et même de l’imam. Un projet de mariage arrangé se fait pressant. Fadel doit choisir entre se soumettre ou dire non, au risque du bannissement.
« L’art de déplaire » est un récit manifestement autobiographique, une véritable confession de l’auteur. Le texte est assez court, découpé en chapitres brefs, débutant tous par un proverbe africain. C’est un récit sensible, émouvant qui met en lumière le douloureux conflit d’identité affectant nombre d’exilés.
À travers une famille aisée mais traditionnelle, le lecteur découvre la réalité sénégalaise, la richesse de sa cuisine, l’importance des fêtes. Avec la fièvre qui s’empare de la ville, les marchés éphémères, l’omniprésence des moutons, la prière solennelle, le sacrifice, le repas de fête, le lecteur assiste vraiment à la Tabaski ( le nom de l’Aïd en Afrique noire).
Le cheminement intérieur qui aboutit au non de Fadel à sa famille est au cœur du roman. Abibou Diouf a écrit un livre de résistance plus que de révolte. Le narrateur ne rejette pas son pays mais il s’oppose « au virilisme qui sature la ville de Dakar ». Ce virilisme dominateur, patriarcal, a été un fardeau pour lui, comme probablement pour beaucoup d’hommes. Il déplore le raidissement conservateur de la société sénégalaise. Ainsi le Taajaboon, ce carnaval qui autorisait déguisement et travestissement, disparaît peu à peu. Malheureusement l’homophobie prospère. L’auteur plaide pour une masculinité authentique, respectueuse, apaisée. Il termine le livre par un vibrant hommage à son père qui lui a donné « la force, le feu de devenir lui-même ».
« L’âge de déplaire » est un témoignage intéressant car venant de l’intérieur sur les injonctions contradictoires qui tourmentent les exilés africains. Il conduit le lecteur dans un Sénégal qui reste prisonnier de ses traditions ancestrales au détriment des libertés individuelles. Le premier roman d’Abibou Diouf est ainsi très instructif.
Abibou Diouf, L’âge de déplaire, Albin Michel, 192 pages, 19, 90 euros, sortie le 19 O8 2026
Visuel © : Couverture du livre, Albin Michel