Malgré plusieurs décisions de justice, le président américain Donald Trump cherche toujours à inscrire son nom sur le Kennedy Center, le grand centre des arts de la scène de Washington. Depuis qu’il a pris le contrôle de l’institution, le président livre une épreuve de force autour de son nom, allant jusqu’à lier son soutien aux travaux de rénovation à la reconnaissance de son rôle. Un affrontement symbolique se joue, entre un président à la folie des grandeurs et une institution culturelle conçue comme un lieu de mémoire et de représentation nationale.
Le Kennedy Center à Wahington est l’un des principaux lieux culturels des États-Unis. Il accueille le National Symphony Orchestra et reçoit chaque année des millions de visiteurs, accueille des milliers de représentations et d’évènements. Son nom rend hommage au président démocrate John F. Kennedy. Depuis son retour à la Maison Blanche, Trump a entrepris de reprendre le contrôle de l’institution culturelle. Le conseil d’administration est remanié, plusieurs membres du conseil sont remplacés par des personnes choisies par le président, qui s’installe à sa tête. Et en décembre, le conseil a voté pour ajouter le nom de Trump à celui de Kennedy. Le centre devient le «Trump Kennedy Center». Sans surprise, Trump place son nom avant celui du président démocrate. Une association antithétique et rapidement contestée par la justice. Car le juge fédéral Christopher Cooper a estimé en mai dernier que le conseil d’administration n’avait pas le pouvoir de renommer ainsi le bâtiment sans l’accord du Congrès. Depuis juin, une bâche recouvre la façade et le nom de Donald Trump. Mais la bataille autour de l’inscription du nom du président n’est pas terminée et elle présente des risques réels pour le bâtiment et le monde du spectacle.
La question autour du nom s’est très vite mêlée à celle, beaucoup plus concrète, de l’avenir du bâtiment. Le Kennedy Center nécessite d’importants travaux, après une tempête qui endommage sa structure, les responsables du centre ont défendu une fermeture visant à une rénovation de grand ampleur. Et le 15 septembre, le conseil d’administration a voté la fermeture du bâtiment. Après une nouvelle tentative pour écrire son nom sur le Kennedy Center, cette fois sous la forme « restauré et rénové par le président Donald J. Trump », le président américain a déclaré que les travaux ne pourraient pas commencer tant que son nom ne figurerait pas sur le bâtiment. Le conflit concerne maintenant la survie d’un lieu culturel national et son financement. Le déficit du centre, estimé à 23 millions de dollars, met en danger la vie culturelle et présente de lourdes incertitudes quant à l’avenir de ses employés. Le Kennedy Center a certes besoin de financement, mais les conditions posées par le président se heurtent au cadre légal de l’institution et à sa vocation de lieu culturel national, destiné à tous. En effet, la volonté de Trump questionne la place du pouvoir politique dans les institutions culturelles, dans lesquelles il cherche à inscrire son propre portrait.
En mars 2025, la production de la comédie musicale Hamilton annonçait l’annulation de ses représentations au Kennedy Center, quelques semaines après la prise de contrôle par Trump de l’institution. Elle avait dénoncé la « récente purge » du Kennedy Center par « l’administration Trump », qui annonçait quant à elle vouloir remettre le centre et ses programmations « dans le droit chemin », en promettant des représentations non woke. La prise de contrôle de Trump et la l’inscription de son nom dans le bâtiment se heurte à la volonté d’un centre culturel qui favorise la liberté artistique aux États-Unis. Et rappelons-le, Hamilton retrace l’histoire d’un des pères fondateurs de l’Amérique, Alexander Hamilton et les débuts de la démocratie américaine. Une démocratie qui semble aujourd’hui mise à mal.
Visuel : © Wikimedia Commons