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Le Monde publie une tribune contre le boycott du cinéaste israélien Nadav Lapid

par Léa Raymond
09.06.2026

Le cinéaste Nadav Lapid ne se rendra pas au Festival de cinéma international de Marseille à cause d’un appel au boycott venant d’un groupe de cinéastes. Néanmoins, certains professionnels du cinéma le soutiennent dans une tribune publiée dans Le Monde.

Invité au Festival de cinéma international de Marseille pour présenter son film Le Policier, le réalisateur israélien Nadav Lapid a été contraint d’annuler sa venue suite à un boycott lancé par d’autres cinéastes invités. Pourtant habitué à critiquer le gouvernement de Benyamin Netanyahou, on lui reproche le financement d’un de ses films par des fonds publics israéliens. Une tribune parue dans Le Monde, ce lundi, dénonce ce boycott. Parmi les signataires : Natalie Portman, Arthur Harari, Louis Garrel, Jacques Audiard ou encore Justine Triet.

 

Une voix contre le gouvernement israélien

 

Nadav Lapid a dénoncé lundi 8 juin, auprès de l’AFP, cet appel au boycott « cruel ». « Il y a dans cette démarche quelque chose qui est très, très moche, pervers, très cruel et violent. Quand j’ai vu les pressions par rapport à ma participation au festival, je me suis dit que peut-être je n’avais pas une place en France. », a déclaré le cinéaste, installé depuis cinq ans en France pour protester contre la politique du gouvernement israélien.

 

Contactée par l’AFP, la directrice du FID, Tsveta Dobreva, a expliqué que l’appel avait été lancé en interne contre le festival par des cinéastes sélectionnés qui se sont opposés à la nomination du cinéaste israélien comme membre du jury puis à la projection du film. Dans un message posté sur Instagram, 12 d’entre eux avaient appelé au boycott de Nadav Lapid en expliquant « agir contre une réalité coloniale et génocidaire approuvée » et dénoncent « l’insistance »  des festivals à « produire une symétrie […] entre productions palestiniennes et israéliennes ».

 

Suite à l’appel au boycott, plusieurs films, une dizaine, se sont retirés sur les 120 programmés dans le cadre du festival, selon Tsveta Dobreva. Dans un communiqué, le FID a déploré cette situation et trouve « parfaitement illégitime de tenir un cinéaste pour responsable ou comptable de la politique raciste, colonialiste et génocidaire menée par le gouvernement de son pays » .

 

« Les voix singulières qui, comme celle de Nadav Lapid, s’efforcent de penser la violence propre à l’État et à la société d’Israël doivent être au contraire accueillies et écoutées, quitte à ensuite contester ou déconstruire les récits. »  – le FID

 

Un financement au cœur de la polémique

 

Il est notamment reproché au cinéaste d’avoir bénéficié de fonds publics israéliens pour financer le film Oui (à 12%), présenté à Cannes en 2025 à la Quinzaine des cinéastes. Ce film raconte la réalité de la société israélienne après le 7 octobre et la soif de haine qui en découle, menant au génocide à Gaza

 

« La subvention israélienne dont a bénéficié le film vient d’un fonds public et non pas gouvernemental, et c’est typiquement le genre d’organisme indépendant qui est attaqué par le gouvernement Nétanyahou », déclare à l’AFP Judith Lou Lévy, productrice de Oui. « En aucun cas, il n’y a eu de contrepartie et le film est très clair sur ce sujet », ajoute-elle. 

 

« [Cela] aggrave le manque d’un espace de discussion essentiel qui aurait permis de lever des malentendus sur la production de ce film, d’initiative française, et sur son contenu, extrêmement critique de la politique israélienne. » – Judith Lou Lévy

 

Le cinéma n’est pas une ambassade

 

Auprès de l’AFP, Nadav Lapid se dit « soulagé » que des professionnels du cinéma aient pris l’initiative de lancer la tribune Le cinéma n’est pas une ambassade, publié lundi dans Le Monde, pour le soutenir. Le texte révèle une inquiétude face au fait qu’un artiste qui « a publiquement dénoncé, à de nombreuses reprises, l’anéantissement de Gaza puisse être assimilé à une quelconque forme d’ambassade culturelle israélienne ». Figurent parmi les quelques 350 signataires : Natalie Portman, Arthur Harari, Louis Garrel, Claire Denis, Justine Triet, Jacques Audiard, Elias Sanbar ainsi que la Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF).

 

« Le boycott culturel de Nadav Lapid est une faillite intellectuelle. Les cinéastes russes, israéliens, iraniens ne sauraient être menacés de disparition pour expier des crimes commis par des gouvernements dont ils sont souvent les plus fervents pourfendeurs. » – extrait de la tribune

Visuel : © Wikimédia – Martin Kraft