Créé en 2024 au Théâtre Vidy-Lausanne, Wasted Land explore les possibles de l’écologie décoloniale.
Un sol jonché de vêtements. Au fond, un amas d’habits aux airs de colline et une tente en tissu. Une lumière rouge et, en léger retrait, un soleil de la même couleur.
En fond de scène, un rideau joue les écrans de cinéma. Des lettres s’y détachent, qui se rétrécissent à mesure qu’elles avancent, selon une esthétique bien connue empruntée à Star Wars. Mais, en fait de guerre des étoiles, c’est du combat d’une planète pour survivre qu’il est question. Ce long texte laisse d’ailleurs place à un paysage lunaire, fait de roches privées de toute vie.
Un choeur de voix féminines se fait entendre, des chants et des conversations qui se télescopent. Apparaît Ntando Cele dans une robe blanche rougie par les projecteurs, qui nettoie le sol. Elle marche et danse, bientôt rejointe par Françoise Gautier, Angela Kerrison, vêtues d’un legging et d’un haut à manches bouffantes. Elles déroulent d’un bout à l’autre de la scène un long tapis vert aux allures de podium et y défilent. Les habits qui abîment leur espace sont aussi leur loisir, sinon leur raison de vivre.
Ces passages où le geste seul signifie alternent avec des adresses directes au public, qui le prend en plein délit de contradiction, voire de compassion à géométrie variable : les déchets des pays occidentaux, déversés sur les pays du Sud, ne polluent-ils pas avant tout ces derniers ? À quoi bon « réutiliser et recycler », si c’est pour acheter le même volume de vêtements ? Ne s’agit-il pas simplement de s’acheter une bonne conscience ?
Wasted Land brille par son aptitude à interpeler le public par son recours à différents éléments scéniques : les mots, mais aussi la musique, la danse et le jeu des lumières. Il se joue ainsi des symboles attendus, le projecteur vert qui succède au rouge signifiant le green-washing bien plus que la nature. Quant au refrain « Reduse, reuse, recycle / Three Arrows for Eternity », il fait résonner avec force son évidente ironie.
Wasted Land, Ntando Cele, avec Ntando Cele, Françoise Gautier et Angela Kerrison. Les 16 et 17 avril à la MC 93.
Visuel : © Claudia Ndebele