Le collectif OS’O reprend son Timon/Titus, une pièce jubilatoire.
Si Timon d’Athènes n’est sans doute pas la pièce du Grand Bill la plus jouée de ce côté de la Manche, Titus Andronicus y est un peu plus connue. Des mort·es et du sang comme s’il en pleuvait, voici ce qui est en général retenu de cette œuvre. Quant à la première, à travers l’image d’un aristocrate déçu de voir que ses obligé·es ne lui retournent pas, quand il en a besoin, les services qu’il leur a rendus, elle montre avec cruauté l’inanité des liens humains tout en interrogeant la notion de don qui, malgré sa gratuité apparente, requiert un contre-don.
C’est bien plutôt la question de la dette, qui a sans doute partie liée avec celle de ce contre-don cher à Marcel Mauss, que met en scène le collectif OS’O dans cette mise en scène signée par David Czesienski. Pour ce faire, comédiennes et comédiens (Roxane Brumachon, Bess Davies, Mathieu Ehrhard, Baptiste Girard, Marion Lambert, Tom Linton, Julie Papin) reconstituent sur scène un dispositif qui ressemble fort à un plateau télé. Des personnes aux opinions politiques diverses, sinon adverses, sont rassemblées autour d’un espace vide. Chacune, assise derrière un pupitre d’écolier·e rehaussé d’une lampe de chevet, s’exprime sur le sujet suivant : toute dette doit-elle être payée ? Les débats qui s’enchaînent reproduisent, de façon volontairement caricaturale, les positions que l’on peut entendre de nos jours dans les émissions des chaînes d’informations. Le plaisir du public repose beaucoup sur ces outrances, tant langagières qu’argumentatives.
Ces faux talk-shows sont régulièrement entrecoupés de scènes d’une vie familiale. Les Barthelot viennent d’hériter de leur père, qui vient de mourir après deux ans de souffrance. Mais voilà que des inconnu·es se présentent à l’ouverture du testament : le père avait, bien entendu, des enfants illégitimes, Lauren et Léonard. Comment se partager les biens ? Quelle place réserver à chacun ? Et, surtout, comment faire famille alors que les souvenirs que les un·es et les autres ont du père sont pour le moins différents ?
Celui des enfants légitimes est en effet celui d’un père cruel et tyrannique, sinon sadique, qui se complaisait à user de ses enfants les un·es contre les autres et à leur faire réciter, afin de les endurcir et de les confronter à l’horreur du monde, des passages entiers de Timon d’Athènes. Les enfants naturel·les, en revanche, se souviennent d’un père aimant et doux.
Cela a finalement peu d’importance puisque c’est dans l’ensemble l’argent qui guide les volontés des différents personnages. Mais les échanges entre les jeunes gens sont régulièrement ponctués de remémorations de ces extraits de Timon d’Athènes qui donnent aux conversations une dimension particulièrement angoissante : bien peu de choses, en réalité, séparent le personnage shakespearien de cette famille.
Quant à Titus Andronicus, c’est surtout par l’esthétique grand-guignol qu’elle est présente : l’on meurt beaucoup, dans ce Timon-Titus, et presque toujours de manière sanglante. Plus que les discours politiques sous-jacents sur le bien ou mal-fondé de la dette, c’est ce plaisir de voir le sang gicler qui fait une grande partie de l’intérêt de la pièce. On s’y tue et s’y assassine, pour de faux, pour de vrai, on ne sait plus bien, et cette incertitude est jubilatoire.
Timon/Titus, collectif OS’O. Mise en scène de David Czesienski, avec Roxane Brumachon, Bess Davies, Mathieu Ehrhard, Baptiste Girard, Marion Lambert, Tom Linton, Julie Papin. À la Maison des Métallos du 7 au 11 avril.
Visuel : © Pierre Planchenault