Ce fut un triste jour que ce deuxième jour au festival La Maison Danse d’Uzès, où le ciel a décidé de, a minima, mettre les artistes en difficulté face à des conditions de jeu dégradées, allant jusqu’à l’annulation pure et simple de Fugaces d’Aina Alegre, qui s’annonçait si puissant.
La journée commence de façon très particulière puisque nous avons rendez-vous avec Marion Carriau, artiste associée du festival, pour un atelier chorégraphique. Depuis 2023, elle intervient deux jours par mois à l’hôpital du Mas Careiron dans le cadre du projet Culture Santé. Ce projet magnifique vient compléter le parcours de soin. Par la danse, les patient.e.s atteint.e.s de différentes pathologies psychiques retrouvent un double lien, avec leur conscience et avec leur corps. Nous voici réuni.e.s, une vingtaine, à égalité. Qui sont les soignant.e.s ? Qui sont les patient.e.s ? Qui sont les festivalier.e.s ? Cela n’a aucune importance. Marion nous met en cercle, dans le parc, on ferme les yeux et là, on comprend que le simple fait d’observer comment notre poids se place, en avant des orteils ou en arrière des talons, en dit terriblement long sur notre état intérieur. Puis, au fur et à mesure, elle nous invite à questionner notre rapport à la masse de l’air, ce qui nous entraîne à poser un mouvement, comme si nous évoluions dans une grande masse de mousse. On voit le résultat sur les patient.e.s qui retrouvent une totale normalité dans le plaisir de danser.
Et puis l’orage annoncé est arrivé. La directrice du festival, Émilie Peluchon, et toute son équipe ont remué ciel et terre pour trouver des solutions afin de ne pas avoir à annuler tous les spectacles de la journée. Nous voici rapatrié.e.s dans une salle fermée, mais dans laquelle Johana Malédon n’a pas pu répéter. La prise de risque est totale, la création lumière quasiment absente. Jouer ou ne pas jouer, telle est la question pour un artiste. C’est évidemment pour cela qu’aucune critique ne peut être écrite sur cette pièce. Ce que l’on peut en dire, c’est qu’elle est très prometteuse. D’abord parce que Johana Malédon est une danseuse hors pair, l’une des meilleures de sa génération. Son solo nommé Titre provisoire a déjà été montré la saison dernière, notamment dans le feu Théâtre de Vanves, dans le cadre du dispositif Danse Dense. Elle apparaît au sol, devant une lumière oscillatoire, elle vomit, elle se vide de quelque chose, mais quoi ? La réponse arrive vite, elle dégueule le regard des autres qui voudraient en faire une parfaite ballerine. Sur le plateau bien trop dur pour être une scène de danse, elle tombe assise en quatrième position, elle se relève, rampe à quatre pattes. Ensuite, on le sent, la pièce se fragilise du fait de la situation. Elle symbolise le poids des mots dans lesquels elle se perd au point de s’y entremêler. Elle se place en poupée de chiffon prête à devenir une puissante héroïne. À suivre de près.
Le temps d’un changement de plateau, nous revoici dans la salle pour un spectacle qui annonce la couleur dans son titre : Quartet pour oiseaux, Quetzalcóatl. La première image est juste géniale. Derrière les platines, une danseuse s’effondre tête la première et surgissent quatre drôles d’aigles. Les oiseaux ont les mains dans les poches de leur imperméable en plumes, ça groove des épaules et le rythme ne va jamais redescendre pour une démonstration hip-hop des plus divertissantes qui interroge tout de même les discours démagogiques.
La pluie a cessé mais les orages du Sud sont sans pitié. Tout est gorgé d’eau, les arbres comme les projecteurs. Aina avait pourtant tout essayé et fait répéter ses danseureuses tard la veille, nous donnant, à nous accoudé.e.s au bar, une grande envie de voir la pièce qui s’annonce très vive. Il faudra attendre mars, à Chaillot. La soirée s’est réchauffée grâce à une série de jeux tout de même sérieux sur les accords mets-vins orchestrés par les vignerons du coin afin que le public se lie encore plus qu’il ne l’est déjà dans ce festival super humain.
Le festival poursuit son chemin jusqu’à dimanche avec notamment la nouvelle création de Marion Carriau, Ditto to the sand.
Festival La Maison Danse Uzès jusqu’au 7 juin
Visuel : © Sandy Korzekwa