22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs    22.07.2026 : Delta Festival : Mosimann, Acid Arab, Kungs… les défections d’artistes se multiplient après des accusations visant l’un des fondateurs
Agenda
Scènes
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact
21.07.2026 → 23.07.2026

« Carcaça » de Marco da Silva Ferreira : Quand les rebonds font tomber les murs

par Cecilou Aubertin
23.07.2026

Sur la grande scène du Jardin des Tuileries, dans le cadre du festival Paris l’été et Les étés du Louvre, Marco da Silva Ferreira présente Carcaça, son œuvre chorégraphiée en 2022 pour dix interprètes. Pendant 1h15, les mouvements des danseureuses traversent et questionnent tout autant les corps que les esprits. 

Un percussionniste et un musicien électro se font face, de part et d’autre de l’avant-scène. Ils ouvrent le spectacle sur un solo de la danseuse Maria Antunes. Rapidement, tous.tes les danseur.euse.s la rejoignent sur le plateau et entament une danse collective.

Dès les premières minutes, nous entrons dans la puissante légèreté des rebonds incessants des interprètes. Chacun.e, à sa manière et à l’écoute de ses propres vibrations corporelles, s’accorde aux autres sans jamais entrer dans l’unisson.

 

 

Une identité chorégraphique immédiatement reconnaissable 

 

Le travail du chorégraphe portugais Marco da Silva Ferreira se caractérise par une exploration perpétuelle des limites du corps. Carcaça en est une illustration parfaite, avec un mouvement dansé à l’allure sportive, ininterrompu. Le cardio est là. Les danseur.euses nous transmettent cette force et cette énergie singulière que l’on retrouve dans l’ensemble de son œuvre chorégraphique. Dans F*cking Future comme dans Fantasie Minor, ces corps semblent également ne jamais pouvoir être empêchés de poursuivre leur mouvement. 

 

Dans Carcaça, les techniques et les styles sont multiples. Chaque danseur.euse danse avec son propre corps, sans chercher à masquer son langage de prédilection. Il en résulte un formidable mélange de danses folkloriques et urbaines, qui parvient finalement à s’harmoniser. Entre voguing, samba, house, kuduro et danses traditionnelles, les influences ne manquent pas. Et c’est précisément de cette richesse que naît la singularité du chorégraphe.

 

Marco da Silva Ferreira ne cache d’ailleurs pas l’influence qu’exercent sur lui différentes cultures, techniques et créations chorégraphiques. Il les réinvestit pour construire sa propre conception du mouvement et sa propre exploration des corps lorsqu’ils semblent ne plus faire qu’un. La musique live, elle aussi, épouse cette pluralité d’influences.

 

 

 

Le corps en mouvement comme zone d’exploration 

 

Tout au long du spectacle, le rebond apparaît comme une force de résistance. Ce travail de jambes, qui peut parfois rappeler celui du chorégraphe brésilien Ametonyo Silva, fuit l’unisson et met en avant des mouvements décalés, aussi bien à l’intérieur du corps de chaque danseur.euse que dans leur relation aux autres. 

 

S’y ajoute un important travail sur le poids du corps, avec une exploration de nouvelles zones d’appui et de nouvelles articulations capables de nous porter. L’écriture chorégraphique est géométrique et oscillante, et fait presque écho à la réflexion de la performeuse Vimala Pons, pour qui l’équilibre se trouve dans le déséquilibre. Ici, l’équilibre naît du mouvement suspendu que permet le rebond. 

 

Le mouvement s’enchaîne sans jamais s’interrompre, empêchant toute stabilité de s’installer, comme si le temps lui-même ne pouvait plus se figer. Pas de pause, un flux incessant, où l’appui se déplace vers l’extérieur du pied. 

 

Avec ce travail sur les appuis, le spectacle nous amène à interroger nos manières de porter nos corps. Comment défier la gravité ? Les passages au sol sont rares, comme si celui-ci nous portait autant qu’il nous repoussait. Des déplacements presque animaliers s’invitent dans la gestuelle, parfois inspirés de la manière dont se meuvent les créatures marines, qui ne se déplacent pas grâce au sol.

 

Cette recherche chorégraphique déconstruit ce que nos façons de nous déplacer ont de prétendument naturel. La découverte de nouvelles articulations, et des usages qu’elles rendent possibles, influence les directions prises par les corps et ouvre d’autres chemins. Les pas, les rebonds, le poids de chaque danseur.euse deviennent eux-mêmes des éléments du rythme et font naître leur propre musique, dans une recherche constante du contretemps et de l’inattendu.

 

Mais derrière cette euphorie physique et cette virtuosité collective, Carcaça révèle progressivement une dimension frontalement politique, où la danse devient un espace de mémoire, de contestation et de résistance.

 

 

 

“Tous les murs tombent” 

C’est dans sa dernière partie que Carcaça dévoile pleinement sa portée engagée. Le tapis de danse se soulève comme un rideau et laisse apparaître, dans nos imaginaires, un océan d’abîmes où les ombres des interprètes semblent englouties. Quelques danseur.euses réapparaissent debout, les bras levés mais prisonniers de leurs propres vêtements, figures de soumission et d’impuissance.

 

Le spectacle bascule alors dans un moment explicitement politique avec le chant révolutionnaire Cantiga sem maneiras (1974). Les interprètes chantent ensemble, rendent hommage aux travailleuses, dénoncent l’exploitation sociale et la montée du fascisme. Les paroles, en portugais, créent une légère distance pour le public français, mais la puissance des corps suffit à transmettre l’urgence du propos.

 

Les portés se multiplient, les danseur.euses se soutiennent littéralement les un.e.s les autres, illustrant la nécessité concrète d’une solidarité qui devient presque une stratégie de survie.

 

Cette dimension militante s’inscrit directement dans la démarche de Marco da Silva Ferreira. Le chorégraphe revendique la présence d’une « armée queer » reliée à l’histoire du Portugal et puise dans un folklore longtemps instrumentalisé par la dictature de Salazar pour le confronter aux cultures afro-descendantes et aux danses urbaines. À l’heure où les nationalismes et les discours autoritaires regagnent du terrain, Carcaça refuse de laisser le folklore devenir l’emblème exclusif des forces conservatrices. Il est ainsi réinvesti ici comme un lieu de création et de lutte. 

 

À la fin, les interprètes inscrivent à la bombe fluorescente « Tous les murs tombent » sur le tapis devenu banderole. Faire tomber les murs entre les styles de danse, entre les héritages culturels, entre les identités, mais aussi les murs politiques qui séparent, excluent et hiérarchisent.

 

La dernière traversée du groupe, dans une brume qui évoque autant un champ de bataille que le chaos flou d’un carnaval, nous laisse sur l’idée que chez Marco da Silva Ferreira, la fête, la joie, la fierté et le courage ne sont pas l’opposé de la révolution.

 

Cette pièce est ainsi ancrée à la fois dans le présent, dans le passé et dans l’avenir.

 

 

Et tandis que l’on tente, en quittant le Jardin des Tuileries, de reproduire ce fascinant jeu de jambes en rebonds, le public ressort lui aussi en sautillant.

 

Visuel 1 : © José Caldeira

Visuel 2 : Cécilou Aubertin