La direction du Théâtre de Vanves, Scène conventionnée d’intérêt national « Art et création » pour la danse et les écritures contemporaines à travers les arts, a annoncé hier dans un communiqué aux compagnies programmées que la saison 2026-2027 était annulée, à la suite d’un changement de stratégie de la municipalité.
La décision a provoqué une onde de choc dans le secteur du spectacle vivant. La municipalité de Vanves (Hauts-de-Seine) a annoncé l’annulation de l’intégralité de la saison 2026-2027 du Théâtre de Vanves, à l’exception des programmes jeune public et du cinéma. Cette « saison blanche », décidée à quelques jours du bouclage de la programmation, met brutalement à l’arrêt un projet artistique reconnu depuis près de trente ans.
Dans un communiqué adressé aux compagnies concernées, la direction du théâtre explique que la municipalité souhaite engager une « nouvelle politique culturelle radicalement différente », entraînant « l’arrêt du projet du Théâtre de Vanves tel qu’il existe depuis près de 30 ans ». « Dans cette perspective, une saison blanche nous a été demandée pour 26/27, impliquant l’annulation de tous les spectacles prévus, à l’exception de la programmation jeune public et cinéma », précise le document.
Cette décision surprend d’autant plus qu’elle intervient sans changement de majorité municipale. Lors des élections municipales de mars dernier, le maire UDI Bernard Gauducheau a été réélu dès le premier tour avec 54,45 % des suffrages. Sa liste comptait notamment Gabriel Attal, ancien Premier ministre et potentiel candidat à l’élection présidentielle, qui siège aujourd’hui au conseil municipal.
Depuis son arrivée à la tête de la ville en 2001, Bernard Gauducheau avait pourtant constamment soutenu le Théâtre de Vanves et son festival emblématique, Artdanthé. Ce soudain changement de cap interroge donc de nombreux observateurs du secteur culturel.
La direction du théâtre indique avoir « travaillé à une contre-proposition prenant pour base les quelques orientations qui nous ont été données en vue de tenter de maintenir au moins une partie des engagements que nous avons pris auprès des artistes (diffusions, coproductions, accueils en résidence, EAC…) ». Elle attend désormais la réponse du maire.
Depuis vingt-huit ans, le Théâtre de Vanves porte le festival Artdanthé, créé par son ancien directeur José Alfarroba. À l’origine, l’événement avait été conçu pour permettre à de jeunes chorégraphes, souvent privés de lieux de diffusion, de présenter leurs créations au public. Au fil des années, le festival est devenu l’un des principaux espaces de repérage de nouveaux talents de la scène contemporaine, tout en accueillant des artistes déjà reconnus.
Cette démarche a été reconnue institutionnellement lorsque le ministère de la Culture a proposé au théâtre un conventionnement en 2008. Depuis, le lieu s’est imposé comme un maillon essentiel du soutien à la création émergente.
De nombreux artistes aujourd’hui au premier plan y ont bénéficié d’un accompagnement décisif à leurs débuts. Parmi eux figurent notamment Julien Gosselin, Julie Deliquet, Caroline Guiela Nguyen, Olivier Dubois… Beaucoup dirigent désormais des institutions culturelles majeures.
L’annonce a suscité une réaction immédiate des principales organisations professionnelles. Dans un communiqué commun, le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (SYNDEAC), l’Association des Centres chorégraphiques nationaux (ACCN) et l’Association des Centres de développement chorégraphique nationaux (ACDCN) expriment leur « très vive inquiétude face à la décision de la municipalité de transformer le projet artistique et culturel du Théâtre de Vanves ».
Les trois organisations ont sollicité un rendez-vous avec la municipalité et appellent « à l’ouverture sans délai d’un dialogue avec l’ensemble des parties prenantes afin de préserver l’expertise artistique du théâtre, dont le rôle déterminant dans l’accompagnement des équipes a permis à de nombreuses compagnies aujourd’hui reconnues d’y trouver l’une de leurs premières scènes ».
Elles rappellent également que si les collectivités territoriales sont légitimes à définir leurs orientations culturelles, « l’interruption d’une saison entière et l’abandon d’un projet construit sur le temps long ne peuvent être considérés comme un simple ajustement de programmation. Il s’agit d’un choix politique dont les conséquences dépassent largement le cadre de l’établissement ».
Interrogée sur ce dossier, la Ville de Vanves indique que « la majorité municipale engagera, dès la rentrée prochaine, une consultation de ses partenaires locaux dans plusieurs domaines, dont le sport, la vie associative, la culture et la participation locale».
La municipalité explique vouloir « bâtir une offre diversifiée qui valorise davantage les talents locaux, soutienne la richesse de notre tissu associatif et renforce l’attractivité de Vanves ».
Elle n’a toutefois pas précisé les conséquences concrètes de cette réorientation pour le Théâtre de Vanves ni expliqué les raisons du changement de position du maire à l’égard d’un établissement qu’il soutenait jusqu’à présent.
La position de Gabriel Attal, élu de la majorité municipale, est également attendue sur ce dossier.
Pour certains observateurs, l’affaire dépasse largement le seul cadre local. Ancien secrétaire général du Théâtre de Vanves, Jérémy Mazeron, aujourd’hui à La Briqueterie CDCN du Val-de-Marne, y voit le symptôme d’une évolution plus profonde des politiques culturelles.
« Ce que l’on distingue en creux, c’est la volonté de cesser toute forme de soutien à la création contemporaine, aux artistes professionnels », écrit-il sur les réseaux sociaux.
Alors que la municipalité doit encore préciser ses intentions pour l’avenir du lieu, l’annonce de cette saison blanche constitue déjà un précédent marquant dans le paysage culturel français. Au-delà du cas du Théâtre de Vanves, elle relance le débat sur la place accordée à la création artistique contemporaine dans les politiques culturelles locales et sur les moyens accordés à l’émergence de nouveaux artistes.
Visuel : Domaine public