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Le culot des artistes au rendez-vous de BIG

par Amélie Blaustein
15.10.2026
Le culot des artistes au rendez-vous de BIG

Le 8 octobre dernier se tenait dans l’immense Accor Arena de Bercy le plus grand rassemblement d’entrepreneurs et d’entrepreneuses de France sous la houlette de Bpifrance. C’était BIG et c’est peu de le dire. Cult y était et vous éclaire le chemin au milieu de ce bouillonnement qui a laissé une belle place à la culture.

Par Aline, Louna, Amélie et Yaël

« Le culot, c’est un élan vital instantané ; le refus d’obstacle, c’est l’inverse » (Nicolas Dufourcq)

 

Devant près de 95 000 participants et participantes, le ton de la journée a été donné dès l’ouverture sur la scène Bang par Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance : « Le culot, c’est un élan vital instantané ; le refus d’obstacle, c’est l’inverse. » Entre deux prises de parole survoltées rythmées par une bande son éclectique, allant jusqu’à Tout pour le zizi de Pierre Perret, la figure de l’artiste-entrepreneur·euse s’est imposée sans détour.

Parmi les temps forts, la chorégraphe et metteuse en scène Bianca Li est venue incarner cette audace. « J’avais soif de créer, alors j’ai créé. Si j’avais attendu toutes ces garanties, je n’aurais rien fait. Je n’attends jamais, je fonce », a-t-elle lancé à la foule. Pionnière dans l’intégration des nouvelles technologies au spectacle vivant, elle est notamment revenue sur la création de sa structure InspirArt et de ses projets en réalité virtuelle (lire notre chronique de L’ombre) : « Le culot, c’est déplacer le curseur, mettre le spectateur ou la spectatrice dans une position nouvelle. Compliqué ne veut pas dire impossible. » Bianca Li utilise la technologie comme un outil au service de l’intention artistique. Elle ajoute qu’il ne faut pas « attendre que le futur arrive », mais bien le construire.

Cette impulsion s’est vérifiée tout au long de la journée, jusqu’à l’annonce de la venue d’Emmanuel Macron sur la grande scène en milieu d’après,midi, qui a livré un étrange discours à la mélancolie palpable, ponctué de slogans tels que « L’économie, c’est de la psychologie ».

 

À la Bulle French Touch, la culture ose entreprendre

Au BIG 2026, les conférences de la Bulle French Touch, dédiée aux industrie créatives, ne désemplissent pas. Plusieurs d’entre elles ont attiré notre attention en expliquant que le monde de la culture et les artistes ont, eux aussi, des leçons d’entrepreneuriat à donner.

Alors que tout le monde se tient debout, très attentif et attentive aux intervenant·es de la table ronde, nous avons décidé de faire un premier arrêt à la conférence intitulée : « Quand les artistes deviennent des marques ». Face à une overdose de communication, les marques semblent peiner à se réinventer. Et si elles se tournaient vers les artistes ? Pour Myriam Aïlo, dirigeante d’Avnier, marque de vêtements et accessoires fonctionnels, cofondée autour de l’univers d’Orelsan, les fans viennent chercher des souvenirs, mais surtout « un sentiment d’appartenance ». Mais pour durer, il faut faire exister la marque au delà de l’artiste, en mettant notamment en lumière les métiers de la création et du backstage.

Pour le live, c’est la même logique. Comme le rappelle Matthias Leullier, directeur général adjoint de Live Nation France, le concert est devenu bien plus qu’un simple spectacle. « C’est une fabrique à émotions », explique-t-il. Il revient aux marques de savoir raconter une histoire plutôt que d’enchaîner les collaborations. Derrière le merchandising, les accès exclusifs ou les rencontres avec les artistes, il y a donc un vrai travail entrepreneurial : fidéliser une communauté sans perdre son identité.

Faire attention à sa communauté : c’est l’une des leçons à retenir de ces conférences. Rester à l’écoute de son public et de ses envies, alors que les tendances évoluent plus vite que jamais. Lors de la conférence « Reconnecter les jeunes générations au livre : quelles nouvelles voies ? », Claire,Aurélie Torpe, responsable marketing chez Points, a montré comment l’édition pouvait se réinventer. En écoutant et en misant sur les tendances, notamment sur le livre, objet avec des classiques repensés pour donner envie de lire, mais aussi sur de nouveaux formats comme les reading parties, devenues cultes (la prochaine aura lieu à Versailles le 24 octobre).

Cette importance de la communauté, on a aussi pu la retrouver dans la Bulle French Touch à travers la vision des investisseur·euses sur l’industrie créative. Car les créateur·ices de contenu sont désormais capables de lancer des produits avec leur public et de faire émerger de nouvelles marques. Pour les investisseur·euses, ces communautés représentent une véritable valeur. Et ce constat rappelle l’importance de faire travailler ensemble créateur·ices, marques et investisseur·euses.

Du côté du jeu vidéo, l’enjeu est aussi de continuer à créer et à expérimenter. Si l’IA ouvre de nouvelles possibilités, elle ne remplacera pas ce qui fait un bon jeu : le fun. Comme l’a souligné la conférence sur la nouvelle scène française du jeu vidéo, le moment est propice pour essayer de nouvelles choses, avec des équipes plus petites et un retour à l’essentiel : la création et le jeu.

Au milieu du bruit et de tous ces badges jaunes, nous nous sommes également arrêté·es face à une conférence évoquant le passage du storytelling au story living. Avec Playing with Fire, autour de la pianiste Yuja Wang, la Philharmonie de Paris explore l’immersion et la réalité virtuelle pour faire vivre la musique autrement, jusqu’à en solliciter tous les sens. Mais la technologie ne suffit pas : tout part d’une intention artistique. Reste ensuite à concilier ambition créative, accessibilité culturelle et modèle économique.

In fine, les différentes prises de paroles du coté de la Bulle French Touch finissent de nous convaincre que les artistes d’aujourd’hui sont aussi des entrepreneur·euses.

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La masterclass de Burgalat, un vrai regard sur l’IA

Après un détour par les conférences, c’est la masterclass de Bertrand Burgalat, musicien, producteur et président du SNEP, qui nous retient. Son actualité est aujourd’hui cinématographique : il signe la musique de Ni vue, ni connue, le film avec Isabelle Huppert qui rencontre un grand succès. Mais cet après-midi, c’est surtout de sa vision de la création dont il va nous parler.

Face à l’IA générative, qui inonde les plateformes, il défend clairement le droit d’auteur et le respect de la propriété intellectuelle. Car si la technologie peut être un outil, elle ne devrait pas remplacer le plaisir de créer. « Utiliser l’IA comme un viagra créatif me semble un peu navrant. Pour moi, c’est une joie extraordinaire de faire de la musique, c’est de la création et c’est magique », dit,il.

On repart avec une idée presque poétique : à force de vouloir tout automatiser et tout perfectionner, on risque d’oublier ce qui rend la création si précieuse : sa fragilité, ses tâtonnements et son culot. Alors que les machines imitent, l’artiste cherche, doute et invente. Et contrairement à tout ce qu’on pourrait croire, tout n’a pas été fait. « On est dans un monde où tout est à faire », rappelle Burgalat. Une belle note d’espoir dans cet événement. Nous avons également eu l’occasion de l’interviewer, et l’article est à retrouver sur Cult.news.

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 L’Ampli, des paroles queer

Lorsque nous nous sommes promenés hors de la bulle de la French Touch, c’est souvent l’espace circulaire et mouvant comme un manège de L’Ampli qui nous a attiré.e.s. Un espace où BPI France a mis en exergue des profils d’entrepreneur·euses avec des engagements forts et des trajectoires singulièr·e·s, comme par exemple Mara Staub qui a fondé une plateforme de recrutement pour profils neuroatypiques Autypik, ou encore Théodore Fachan, astrologue et cartomancien qui a partager pratiquer« l’astrologie féministe ». Et en effet, sur la scène de l’Ampli, le culot s’est donc incarné avec des prises de parole queer assumées et donc par essence politiques. Entendre ces récits au cœur du plus grand rassemblement d’entrepreneur·es de France remet les choses en perspective, au milieu d’une assemblée et de modèles d’entrepreneuriat  souvent (hétéro)normée. On pouvait lire dans la communication officielle : « BIG rassemble à l’Accor Arena des milliers d’entrepreneurs, dirigeants et décideurs pour une nouvelle édition placée sous le signe du culot ». Heureusement, nous avons aussi écouté des entrepreneuse,  dirigeantes et des décideuses… 

Ainsi de Shirley Souagnon : artiste, humoriste, mais aussi directrice de Comedy club. Femme,noire et lesbienne, elle a raconté comment les blocages et la censure subis au début de sa carrière, notamment en 2013 lorsqu’un sketch sur son homosexualité a été retoqué, l’ont poussée à créer son propre comédie club indépendant. Aujourd’hui, elle utilise le stand-up comme un outil d’émancipation, en formant aussi bien la relève de l’humour que des personnes demandeuses d’asile à la prise de parole.

Dans ce même travail de déconstruction, Le Tréma (Maël) est revenu sur le succès de son format vidéo « Est,ce que les hétérosexuels vont bien ? ». En interrogeant directement l’hétéronormativité et en inversant le regard habituel, son projet a largement dépassé le milieu queer pour percuter un public plus vaste, prouvant l’impact de ces contenus sur les représentations collectives.

Cette présence sur scène s’est aussi ancrée dans des réalités très concrètes grâce à Édouard Jouannault Taylor, directeur de la communication du Refuge. Son intervention a rappelé la nécessité d’allier visibilité culturelle et actions de terrain pour protéger et héberger les jeunes LGBTQ+ victimes de rejet familial.

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Le culot était au rendez-vous avec Billboard France

L’Ampli a aussi été l’agora où nous avons pu rencontrer les deux cofondateurs du magazine professionnel de la musique. Billboard France prouve lui aussi que le culot paie. C’est en envoyant un simple courriel à la maison mère américaine qu’Ulysse Hennessy et Nicolas Baudouin ont décroché la franchise et, jeunes vingtenaires, sont devenus des acteurs incontournables de l’industrie de la musique. Au point que Youssoupha, Mosimann, Niska, les plus grand.e.s artistes ont répondu présent.e.s  à la première édition des Power Players, qui ont primé le 15 septembre dernier les dirigeants les plus influents de l’industrie musicale. Aya Nakamura, est aussi venue récupérer son prix «d’ artiste-entrepreneuse » de l’année !

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Et en effet Aya Nakamura est un bon exemple d’un phénomène qui est de plus en plus marquant et dont nous avons pleinement réalisé l’ampleur lors des prises de parole que nous avons suivies lors de cette édition de BIG : les artistes sont aussi des entrepreneur·euses. Et à bien écouter celles et ceux qui ont réussi : il leur était inimaginable de connaitre le succès économique sans suivre leur vocation, et il  leur aurait été impossible d’avoir toute la liberté de création qui leur était vitale sans entreprendre…