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Luke Combs à Paris : l’ouragan country a traversé l’Accor Arena

par Yves Braka
12.07.2026

Ce soir du 7 juillet, Luke Combs a prouvé que l’intérêt du public parisien avait grandi à la mesure de la taille des salles. Son premier concert à Paris a eu lieu le 8 octobre 2023 à la Cigale, devant 1 000 personnes. Aujourd’hui, il remplit les 20 000 places de l’Accor Arena.

Nous nous intéresserons à ce phénomène nouveau en France, longtemps jugée ringard, avant de nous attarder sur le côté très attachant de ce grand gaillard qu’est Luke, puis de revenir sur ce concert mémorable.

En arrivant devant l’Accor Arena, on est téléporté à Nashville, Tennessee. Les hommes, en Stetson et santiag, et les femmes, en robes à franges et boucles blondes, arpentent le parvis pour faire admirer leur tenue avant de pénétrer dans le Grand Hall. Bien sûr, la langue officielle est l’anglais avec un fort accent du South, mais il y a aussi beaucoup de français, fans et curieux.

De kitsch à cool

Ici, la musique country a longtemps été associée à la musique des films western, aux square dance des campings et à une Amérique blanche et réactionnaire. Johnny Cash, Bob Dylan et Joe Dassin eurent beau montrer leur amour pour ce style musical, rien n’y fit. Pourtant, parallèlement, le country rock a pu s’imposer avec Grateful Dead, Crosby Stills Nash and Young et les Eagles, mais jamais autant qu’ailleurs en Europe. Cela explique pourquoi d’immenses stars comme Garth Brooks, Dolly Parton ou The Chicks (ex-Dixie Chicks) n’ont jamais posé une botte sur le sol français. Les vrais fans devaient se rendre en Allemagne, en Belgique ou aux Pays-Bas pour vibrer au son des banjos et des guitares pedal steel. On pouvait aussi accoster, tard le soir, sur l’îlot musical WRTL de Georges Lang sur RTL pour découvrir les dernières nouveautés.

Mais le vent a changé en premier lieu avec Shaboozey et Beyoncé (Cowboy Carter) qui ont montré que des artistes noirs pouvaient atteindre les sommets des charts en interprétant de la country, sans complexe. Il y a eu aussi sa présence croissante dans les séries Netflix et les clips TikTok, entre autres.

Il faut bien admettre que, depuis Willie Nelson et Kenny Rogers, le style est sorti du carcan de musique de truckers dans lequel il s’était sclérosé, pour se métisser avec des rythmes rock plus sauvages, le hip-hop, la pop de stade (grosse influence de Garth Brooks) ou la ballade R&B. Il a su attirer un nouveau public, dont beaucoup d’urbains et de jeunes, sensible à une authenticité et à un storytelling qui leur parle.

Enfin, la présence importante dans des festivals comme Stagecoach ou Coachella, et parmi les nominés des Grammy, a fini de redonner ses lettres de noblesse à ce genre si vivant.

Le videur au grand cœur

Ne vous fiez pas aux apparences : Luke n’est pas ce personnage lisse et brut de béton qu’on pourrait imaginer. Il est vrai que le début de sa vie pourrait le laisser paraître. Originaire d’Asheville, ville d’artisanat nichée dans les Appalaches, il se passionne rapidement pour le football américain. Mais il avoue lui-même « avoir surtout réchauffé le banc de touche ».

Parallèlement, la qualité de sa voix est remarquée, ce qui l’amène à chanter en soliste au Carnegie Hall avec sa chorale scolaire.

Alors qu’il travaille comme videur dans un bar de Boone, où il étudie la justice pénale à Appalachian State, le patron le laisse parfois abandonner son poste pour monter sur scène et tester ses compositions. À un mois de son diplôme, il abandonne son objectif de barreau pour se consacrer à la musique. Et ce, malgré son tempérament anxieux et des TOC, bien camouflés par la carrure imposante du grand type solide qui descend une bière cul-sec avec les fans.

À partir de là, tout va très vite : trois EP autoproduits, puis « Hurricane » qui explose. Sur sa lancée, il va battre un record resté inégalé : depuis avril 2026, il détient la plus longue série de n°1 consécutifs (21 titres) de l’histoire du classement Country Airplay de Billboard, un record qu’il n’a cessé de repousser lui-même depuis ses débuts.

La chanson « Hurricane », écrite et sortie en 2015, lance véritablement sa carrière (n°1 pendant deux semaines et premier vrai carton). Elle aura un écho neuf ans plus tard, en septembre 2024, avec l’ouragan Helene qui dévaste entre autres Asheville et Boone, sa ville d’enfance et la ville de son université, faisant plus de 225 morts dans la région. Combs organise alors avec Eric Church le Concert for Carolina, qui lève près de 24,5 millions de dollars pour les sinistrés. Un titre de chanson devient, dix ans plus tard, un événement qu’il doit affronter en chair et en os. L’image de ce gaillard est changée à jamais. « La soirée dont je suis le plus fier de toute ma carrière », déclarera-t-il le lendemain.

Nashville nous voilà !

On aurait pu juger la production un peu optimiste d’avoir réservé l’Accor Arena. Le public est largement au rendez-vous, la salle est pleine, et des fans chauds-bouillants font eux-mêmes le spectacle en attendant l’artiste. Avant son arrivée, les haut-parleurs diffusent « Sweet Caroline » de Neil Diamond, reprise en chœur par toute la salle. De quoi donner la chair de poule !

Clairement, on n’est pas à Paris et, lorsque Luke entre avec son groupe les Wild Cards, on est sans aucun doute à Nashville. Jake Sommers à la batterie, Korey Hunt aux claviers, Mat Maxwell à la basse, Tyler King à la guitare électrique et à la direction musicale, Kurt Ozan à la guitare, au dobro, au pedal steel et à la mandoline, et Dustin Nunley, le vétéran, à la guitare, entourent Luke qui se lance dans un « Forever After All » endiablé. C’est comme si les Stones débutaient leur concert par « Jumping Jack Flash ». C’est énorme !

On retrouve la recette scénique de Chris Stapleton ou de Zac Brown Band : un axe rythmique rock classique (basse/batterie/guitare rythmique/guitare solo), auquel s’ajoute la « couche country » proprement dite avec le pedal steel, le banjo ou la mandoline, le tout complété par un clavier qui vient épaissir le son pour l’Arena. C’est cette structure qui permet au genre de sonner à la fois « rock de stade » et « authentiquement country ». Et la salle en folie en redemande.

C’est chose faite avec « Beautiful Crazy » (de This One’s for You, 2017), une ballade écrite pour Nicole, son épouse, peu après leur rencontre. Il veut ainsi planter le décor : il est un rocker mais aussi un être sensible et amoureux.

« Remember Him That Way » nous fait pénétrer encore plus loin dans l’introspection en évoquant sa relation avec son père, lui qui a aujourd’hui deux fils. L’arrangement est clairement country, avec steel guitar et mandoline et Luke nous fait profiter de toutes les nuances de sa voix magnifique.

Les moments endiablés vont se succéder à la vitesse de l’éclair : « 1, 2 Many » où on peut apprécier la pleine dimension du groupe, « Fast Car », seule cover du concert, qui nous rappelle le duo mémorable avec Tracy Chapman, qui l’a composée, aux Grammy 2024, et d’autres tout aussi enthousiasmantes.

Mais lorsqu’on entend les premières notes à la guitare de « Hurricane », la chanson qui l’a propulsé au rang de star, le public exulte et va accompagner Luke pour chaque refrain.

On se souvient de l’anecdote tirée de ce que Combs a raconté à Rolling Stone. Lors de son premier passage en studio à Nashville, il enregistre six titres, mais n’a pas les moyens d’en faire masteriser plus d’un ; il choisit le bon : « Hurricane ». On connaît la suite.

Après avoir laissé sa minute de gloire à chaque membre du groupe, il termine le concert avec « Sleepless in a Hotel Room », seule chanson de son dernier album The Way I Am, sorti au mois de mars. Cette chanson, qui évoque la solitude de la tournée et le manque de Nicole, montre qu’il a construit sa set list comme un best of destiné à un public qui le découvre, avec la part belle laissée aux albums This One’s for You (2017) et What You See Is What You Get (2020), renfermant ses plus grands tubes.

Le public français est-il prêt pour de la vraie country ?

Il y a un an, Cult.news avait relaté le concert de Post Malone, en regrettant le manque de naturel de ce show qui se voulait country. La voix magnifique de Luke Combs nous a fait voyager à travers son répertoire, en privilégiant les grands tubes, au détriment des ballades plus rugueuses et plus rurales de son dernier album. Le public français, attiré par TikTok, Netflix et les algorithmes de streaming, est-il en train de nouer une vraie histoire avec ce genre en allant vers des morceaux plus confidentiels, que Luke a peu chantés ce soir ? Mais il est vrai que créer une intimité avec 20 000 personnes est la marque des géants de la musique.

 

Photos : YB

Remerciements : Maël Angel

Les albums de Luke Combs à privilégier :

  • This One’s for You (2017)
  • What You See Is What You Get (2019)
  • The Way I Am (2026)
  • Tous