Pour ses 400 ans, le Muséum national d’Histoire naturelle installe sous la Grande Galerie de l’Évolution plus de 300 œuvres et objets signés par plus de 120 artistes. Un parcours élégant qui raconte comment art, science du vivant et pouvoir se sont noués depuis 1626.
Tout commence par un acte de pouvoir. En 1626, un édit de Louis XIII crée le Jardin royal des plantes médicinales, confié à son médecin Guy de La Brosse et érigé dans ce qui est alors encore un faubourg de Paris. Il en fait un jardin botanique immense, qui fait même de l’ombre au département de médecine de la Sorbonne. Quatre siècles plus tard, le Muséum fête cet anniversaire au sous-sol de la cultissime Grande Galerie de l’Évolution, dans une scénographie qui fonctionne comme une galerie de l’évolution miniature : non plus celle des espèces, mais celle des regards croisés portés sur elles. Artistes et scientifiques accordent en ce sous-sol enchanté leurs comptes-rendus sur les 3 domaines du vivant. On y croise les animaux aux volumes lisses de François Pompon, les algues qui ont nourri l’imaginaire de Gustave Moreau, les magnifiques insectes stylisés d’Émile-Allain Séguy (1877-1951), dont les planches ont fixé une grammaire Art déco, et les lions du Douanier Rousseau, qui n’a jamais quitté la France et a trouvé sa jungle au Jardin des Plantes. Jusqu’à la minute de danse de Nadia Vadori-Gauthier qui rugit DEVANT de grands félins.
Au Muséum, le dessin n’est pas un ornement mais un outil scientifique. Avant la photographie, c’est le trait qui fixe une espèce, la décrit et la rend transmissible. La collection des vélins, amorcée pour Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, puis poursuivie pour la Couronne, compte aujourd’hui quelque 7 000 pièces peintes sur peau de veau. L’exposition rend justice aux mains restées dans l’ombre : dessinatrices longtemps méconnues, artistes autochtones qui, au fil des expéditions, ont aidé les naturalistes à consigner leurs découvertes, rappelant que l’inventaire du monde s’est aussi écrit dans le sillage des empires. On découvre surtout que le Muséum fut un haut lieu d’enseignement du dessin. Pierre-Joseph Redouté, le « Raphaël des fleurs », y a enseigné l’iconographie végétale ; Auguste Rodin, Marie Laurencin et Henri Matisse y ont suivi des cours. Trois vélins inédits, réalisés pour l’anniversaire par les dessinateur·ices actuel·les de l’institution, montrent que la tradition n’est pas close.
Le dernier volet se déploie toujours dans un dialogue entre science, matières, lumière et art, pour faire écho aux problématiques de notre temps. Le Muséum accueille des artistes en résidence, souvent jeunes et parfois docteures en sciences (chimie, autant que biologie), qui travaillent aux côtés des chercheur·ses. Leur démarche prolonge la question que pose l’exposition, celle de la frontière entre artisanat scientifique et création artistique, en l’orientant vers l’urgence écologique : représenter le vivant, c’est désormais aussi documenter sa fragilité.
Il reste quelques mois pour souffler ces 400 bougies. Happy birthday !
Artistes au Muséum, Grande Galerie de l’Évolution, 36 rue Geoffroy-Saint-Hilaire, Paris 5e, du 23 septembre 2026 au 7 mars 2027. De 13 à 16 €.
visuel : affiche