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« Envergure(s) Wingspan(s) » : La résistance toute en couleurs de Maya Hayuk au Pavillon Carré de Baudoin

par Amélie Blaustein
08.11.2026
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Poussez la porte de cette ancienne maison de plaisance au XVIIIᵉ siècle, devenue depuis 2007 un lieu municipal qui accueille les associations et donc des expositions. En ce moment, les murs sont envahis par les énergies lumineuses de cette artiste américo-ukrainienne qui milite en redéfinissant les lignes de fuite.

« Je suis ce que je joue »

Proposée il y a deux ans par Élise Herszkowicz, fondatrice de l’association Art Azoï dans le cadre de l’appel à projets du lieu, qui accueille indistinctement art contemporain et photographie, l’exposition retrace le parcours de cette figure majeure de la scène artistique internationale. Si l’artiste est indissociable de la culture urbaine et du mouvement de la rue (bien que son œuvre dépasse le strict cadre du graffiti), elle mène en parallèle une pratique de studio particulièrement prolifique. Sur toile, sur bois ou à travers des volumes, son travail s’était déjà illustré en France lors de l’exposition Urbain à La Condition Publique de Roubaix, sous le commissariat de Magda Danysz. Au Pavillon Carré de Baudouin, l’expérience s’ouvre dès l’extérieur, accueillant les visiteurs et visiteuses avec de grands traits de couleurs tracés à la brosse, qui mêlent des bleus, des violets, des roses… Cela ressemble à des pyramides d’un monde d’après qui serait mieux que celui de maintenant.

« Éclats »

La démarche curatoriale du Carré de Baudouin met à l’honneur la résidence et la création in situ, un axe fondamental de la programmation du centre d’art qui résonne avec la nature même de l’art urbain. Accueillie en résidence pendant un mois à Paris, Maya Hayuk a consacré une semaine entière à la réalisation d’une fresque murale spectaculaire. La salle est immense (enfin c’est ce qu’on croit pour l’instant !) Cette approche contextuelle tire parti des volumes généreux du lieu pour créer une œuvre en symbiose absolue avec son environnement. Visuellement, le travail de l’artiste frappe par sa tension dynamique : des formes géométriques rigides s’animent d’une énergie singulière, vibrant sous l’effet des légères imperfections du trait peint à la main. Coloriste exceptionnelle, l’artiste a élaboré elle-même plus de la moitié des teintes de son mur, orchestrant des juxtapositions chromatiques aussi audacieuses que sublimes, à l’image d’accords super chics de marron et de violet. Au regard, c’est géométrique, presque cinétique tout en étant fixe. Il y a du mouvement dans ses barres de couleurs massives, elles vibrent. Le parcours d’exposition, fluide, rassemble un vaste ensemble d’œuvres prêtées par la galerie bruxelloise qui accompagne l’artiste depuis dix-huit ans. Par parti pris scénographique, l’accrochage fait l’économie de cartels muraux sous les œuvres, invitant à un regard direct à un gris métal ici ou un rose fuchsia là.

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« Life, Resistance, Life »

Au-delà de l’explosion plastique, l’exposition réserve un espace profondément intime et politique à travers une salle d’archives new-yorkaises retraçant la trajectoire de l’artiste et ses collaborations (notamment ses pochettes d’albums). Cette section met en lumière la puissance de ses origines ukrainiennes et de son lien à la diaspora, une dimension dont l’intensité s’est décuplée depuis l’invasion de 2022. Maya Hayuk y donne à voir les travaux d’artistes ukrainiens engagés au front, tout en présentant pour la première fois les pièces issues du Tryzub Project. Développé comme une forme d’art-thérapie auprès d’enfants de combattants, de soldats blessés et de civils touchés par le conflit, ce projet participatif invite chacun à réinterpréter le Tryzub, le trident ancestral et symbole national d’indépendance et de liberté. Réunies et encadrées par centaines, ces œuvres collectives confèrent à l’exposition une charge émotionnelle d’une rare force. Et puis, mais là on se tait, entrez dans la dernière salle, et vous comprendrez que la couleur peut danser et parler.

Du 07 novembre 2026 au 27 février 2027
Gratuit