Le producteur britannique Jeremy Thomas est décédé à l’âge de 77 ans dans l’Oxfordshire, ce 11 septembre. Il aura accompagné pendant des décennies des cinéastes les plus importants de sa génération, parmi lesquels Nicolas Roeg, David Cronenberg, Bernardo Bertolucci ou encore Takashi Miike. Jeremy Thomas était une figure majeure du cinéma d’auteur international.
Sa disparition survient quelques jours seulement avant la présentation de ses derniers travaux. Il avait produit Bucking Fastard, le nouveau film de Werner Herzog présenté à la Mostra de Venise et Bad Lieutenant : Tokyo de Takashi Miike, dont la présentation au Festival international du film de Toronto est prévue aujourd’hui même. Une programmation qui vient clore une carrière consacrée à l’accompagnement et à la défense de projets cinématographiques singuliers.
Né en 1949 dans une famille profondément liée à l’industrie cinématographique britannique, Jeremy Thomas grandit dans un environnement où l’on vit par et pour le cinéma. Son père, Ralph Thomas est un réalisateur connu pour avoir mis en scène plusieurs films de la série Doctor in the House et son oncle, Gerald Thomas a réalisé une grande partie de la série de comédies Carry On. Et Jeremy Thomas a rapidement cherché à construire sa propre identité dans l’industrie du cinéma. Il commence sa carrière comme assistant avant de s’orienter vers la production : il produit Mad Dog Morgan en 1976, un film australien réalisé par Philippe Mora. Cette première expérience annonce dès lors la trajectoire internationale que prendra sa carrière et son inclination pour les projets atypiques. Il aura accompagné tout au long de sa vie des œuvres ambitieuses comme Sexy Beast de Jonathan Glazer ou Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch. Un goût pour la liberté artistique qui l’a guidé vers la création de Recorded Picture Company, société de production qui a la volonté de soutenir des productions internationales indépendantes.
Jeremy Thomas aura produit environ 80 projets au cours de sa carrière, qu’il construit autour de l’indépendance, la prise de risque et la défense des cinéastes dont il était si proche. Le producteur britannique Andrew Macdonald se rappelle de lui en le définissant comme « un rebelle avec du goût ». Luca Guadagnino qui l’avait mis à l’honneur à l’occasion de son documentaire de sept heures sur le cinéaste italien Bernardo Bertolucci, avec lequel le producteur avait travaillé durant 17 ans, affirme qu’il compte parmi ses productions quelques-uns des plus grands films des dernières 50 années. Et la production était un moteur vital pour Jeremy Thomas, une énergie qui allait de pair avec un « esprit d’entreprise », une force intérieure qui l’animait et l’a poussé à croire en des projets lorsque tout le monde conseillait de ne pas y croire.
Le producteur reste associé au Dernier Empereur de Bertolucci qui remporte neuf Oscars lors de la cérémonie de 1988, dont celui du meilleur film. Et sa reconnaissance dans le monde du cinéma était considérable : ancien président du British Film Institute dont il est devenu Life Fellow, il reçoit le Michael Balcon Award de la BAFTA pour sa contribution exceptionnelle au cinéma britannique. En 2009, il est nommé Commander of the Order of the British Empire. Ces distinctions s’accompagnent d’une participation aux grandes institutions internationales du cinéma, notamment en cela qu’il préside plusieurs festivals majeurs : Tokyo, San Sebastian, Berlin et Cannes. Autant de distinctions qui témoignent de la place qu’occupait Jeremy Thomas, non seulement en tant que producteur, mais comme expert reconnu des différentes étapes d’un film. En tant que producteur, il aura contribué à faire grandir la confiance dans un cinéma construit sur la confiance accordée aux auteurs. Il s’était fait partenaire artistique des réalisateurs et défenseur d’une vision, plaçant l’indépendance au coeur de son travail.
Visuel : © Wikimedia Commons