Cet été, le Palais de Tokyo invite l’artiste azéri réfugié en France, Babi Badalov, au QG historique du Parti communiste français. L’occasion d’entrer dans l’immense bâtiment bâti par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer entre 1969 et 1980, place du Colonel-Fabien pour entrer dans des tissus de messages éminemment politiques…
Après avoir marqué les esprits à la Fondation du Doute à Blois, au printemps dernier, avec l’exposition « Make riot not war », Babi Badalov dresse ses étendards et ses diaporamas au cœur de l’immense forteresse bâtie dans les années 1970 par Oscar Niemeyer pour abriter le Parti Communiste Français. Placée sous la houlette du directeur du Palais de Tokyo, Guillaume Désanges, et organisée jusqu’au 20 septembre par le musée du 16e arrondissement, cette exposition, qui offre mille slogans politiques, s’intitule justement, comme dans un jeu de poupées russes : « Utopia, Utopia ».
En effet, avec les messages politiques forts de l’artiste Babi Badalov, qui a quitté l’Azerbaïdjan car il y était menacé en tant qu’homosexuel (et y a d’ailleurs été renvoyé avant de trouver asile en France), tout se passe un peu comme si la moquette vert pistache et les vitraux brutalistes de l’espace se mettaient en mouvement. Quelque part dans cet espace seventies immense, le béton s’allie avec la fluidité des tissus et la couleur entre pour faire virevolter les murs. Et lorsqu’on rentre dans l’espace, après avoir parcouru la grande esplanade, et qu’on a passé la porte qui semble si modeste, on descend un peu avant de se retrouver littéralement débordé de tissus qui portent des messages. Il y a certains slogans attendus, comme « Rêve général », mais aussi des messages plus personnels : « I am orna-mental » ou une longue citation de Jean Genet. Certains « drapeaux » comportent aussi des dessins tout aussi bruts que les murs du lieu. L’ensemble appelle à sortir de l’apathie ou de l’indifférence et à refuser de laisser-faire, par exemple : « Beware of Capitalist esthetics » ou le très emblématique : « I have a scream »…
L’écriture est cursive, les couleurs fortes et les drapeaux portent des mots qui frappent et qui font, souvent sans images, des déplacements et des condensations, quasi-psychanalytiques. Aux étendards s’ajoutent un grand mur de photos avec des peuples et des figures de la révolte dans la rue, mais aussi de grands diaporamas qui ressemblent à des posters posés à l’horizontale. Un parcours très cohérent et très réussi, à voir d’urgence avant la fin de l’été.