Sous les draps, exposition curatée par Eléa Deroissart & Bellise Perrin visibilisant la culture crip et queer, a été vernie le jeudi 2 juillet à Artagon Pantin. Cinq artistes y ont été conviéx : Corentin Darré, Charlotte Dion, Quentin Fromont, Caroline Mauxion et Victoria Soufflet pour explorer les potentiels du lit.
« Le lit n’est pas neutre. Longtemps associé au repos, à l’intimité ou au couple, il constitue un espace où se fabriquent des normes, des usages et des rapports de pouvoir. » extrait du livret d’exposition rédigé par Bellise Perrin et Éléa Deroissart
Ce meuble a été investi par des pratiques et des pensées esthétiques diverses.
Diplômée du DNMADE Design Graphique des Gobelins, Charlotte Dion assemble trois œuvres, INTIMACIES, BED IS A BRICK, et What Keeps You Awake, plastiques et picturales à partir de photographies, de brique en argile et de coussins sonores.
Victoria Soufflet, artiste pluridisciplinaire diplômée de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy, par exemple, le (déc)ouvre de l’intérieur pour présenter ses viscères fonctionnelles et évocatrices, et mieux déjouer le système hétérosexuel tapi sous le lit conjugal. Des fragments de lit scindés ponctuent là salle d’exposition et deviennent des supports sculpturaux à un imaginaire associé.

Victoria Soufflet, We live in a heterosexuality, 2020
Diplômé de la même école, Corentin Darré de son côté, réfléchit au lit à partir de la nouvelle « Avant que les champs ne brûlent » qu’il a lui-même rédigée.
« Cette histoire raconte l’histoire de deux hommes accusés de propager la sécheresse et des incendies dans un village fictif appelé Chagrin », raconte-t-il
Par ce récit mis en forme sur des images modélisées puis imprimées sur toile, Corentin Darré visibilise les croyances et les pensées violentes à l’égard de l’amour homosexuel. Il questionne notre position de public voyeuriste en insérant ces images dans des meubles-fenêtres en bois recyclé. On aperçoit de même sur l’image rehaussée par la peinture une présence fantomatique et menaçante, observatrice d’une étreinte pouvant être jugée indécente par un regard homophobe.

Corentin Darré, Première poignée de terre, 2024
L’artiste échafaude ainsi des œuvres ancrées dans des mouvements revendicateurs queers, c’est-à-dire qui interrogent sur des critiques non fondées et un système normatif de genre et de sexualité.
Artiste visuelle diplômée de l’École des Gobelins et future doctorante en études artistiques, Caroline Mauxion traite le lit par ses aspects matelassés, et l’intimité qu’il suggère. Intimité non anodine par les corps crips photographiés, images documentaires, qu’il accueille. Le lit est un espace de repos et de dévoilement où les corps pluriels qui l’habitent se révèlent.

Caroline Mauxion, Literie (drap, appareillage appui et posture), 2026
La notion de « crip », abréviation d’un terme anglais fortement stigmatisant et dévalorisant cripple c’est-à-dire estropié, a été réappropriée par la communauté handie et anti-validiste. Les luttes anti-validistes consistent en la déconstruction et la critique d’une société conçue pour et par des personnes dites valides, sans aménagement aux personnes ainsi en situation de handicap et violentées par une logique d’exclusion et de discrimination systématique.
Quentin Fromont, artiste diplômé de l’École nationale des arts décoratifs de Paris, sonde lui aussi les dessous des corps entravés. Il présente dans l’exposition Sous les draps une vidéo de l’installation Écran partagé, De la douleur et Nous tournons en rond dans la nuit, série d’impressions sur mouchoirs. Écran partagé retrace un sentiment de mise à l’écart d’un espace déjà en marge, rejouant la salle d’attente et relatant la chambre d’hôpital en silence, qu’avec la lumière. Une chambre d’hôpital partagée. Un paravent qui sépare un patient d’un autre qui regarde la télévision dont l’éclairage multicolore se projette sur les murs.
“Les hôpitaux sont censés être des espaces où on est entouréx d’humainx.” explique Quentin Fromont
Pour autant, il n’a jamais accès à l’humain dans sa chambre partagée, a-t-il raconté.

Quentin Fromont, Nous tournons en rond dans la nuit, 2025
Ces projets ont abouti à la conception d’une pièce sonore collective. Ne laissez pas la douleur s’installer, disponible sur le Soundcloud de Quentin Fromonten cliquant ici.
Sous les draps est une exposition importante pour la culture crip et queer visitable sur rendez-vous du vendredi 3 au mardi 7 juillet à Artagon Pantin.
Visuel :©LG