Agenda
Expositions
Auteurs et Autrices
Partenaires
Qui sommes-nous?
Contact

« Byblos », cité millénaire du Liban

par Camille Beauleux
01.07.2026

Les fans d’archéologie et d’histoire ont rendez-vous à « Byblos », l’exposition temporaire de l’Institut du Monde arabe.

Byblos est la plus ancienne ville du monde habitée sans interruption, à quarante kilomètres au nord de Beyrouth, sur cette côte qui fut la Phénicie bien avant que les Grecs puis les Romains ne s’en emparent. L’épopée commence il y a près de neuf mille ans et les protagonistes sont des navigateurs et des marchands, des rois et des pharaons.

 

Les vides qui parlent…

En déambulant dans les salles, quelque chose nous frappe ! Des cartels, sans œuvre à admirer. Ici, le vide n’est pas une erreur de scénographie : c’est un choix, et le plus bouleversant des objets exposés. « Byblos, cité millénaire du Liban » devait ouvrir en 2023, mais les bombardements sur Beyrouth en ont décidé autrement. Il aura fallu trois convois aériens, un convoi maritime, et une obstination presque diplomatique pour faire venir jusqu’à Paris 377 des 400 œuvres présentées, la plupart jamais sorties du Liban. D’autres sont restées bloquées par la guerre. Plutôt que de les remplacer ou de les taire, les commissaires ont choisi de laisser leur absence visible. Ces socles nus disent, mieux qu’un cartel, ce que c’est que de faire de l’histoire dans un pays qui brûle encore.

 

Un emplacement stratégique

Au détour d’une vitrine, de petites figurines en forme d’hippopotame interpellent : il n’y a jamais eu d’hippopotame au Liban. Ce sont des cadeaux venus d’Égypte, traces tangibles d’une relation privilégiée nouée par la mer. Byblos doit d’ailleurs son nom à une déformation grecque du mot papyrus, qui a également donné le mot Bible. Cette plante, qui poussait en Égypte, transitait exclusivement par le port de Byblos, le plus important de la Méditerranée durant 2000 ans.

Le cèdre, lui, partait dans l’autre sens : pendant trois millénaires, Égyptiens, Assyriens, Babyloniens, Perses, Grecs et Romains se sont arraché ce bois aujourd’hui érigé en emblème national du Liban.

 

L’alphabet, ou comment une consonne a changé le monde

L’accomplissement le plus célèbre de la civilisation phénicienne tient en quelques traits gravés : l’alphabet phénicien, influencé par l’écriture hiéroglyphique. Mais ici, chaque signe cesse de représenter une idée pour ne plus désigner qu’un son, une consonne. De cette simplification radicale naîtront les écritures grecque, latine et arabe : la majorité des systèmes d’écritures modernes descend de ces lignes tracées à Byblos. Vers le IVᵉ siècle avant notre ère, la cité devient aussi la première du Levant à frapper sa propre monnaie.

 

 

 

Les trésors d’une nécropole royale

L’exposition à l’Institut du monde arabe retrace l’épopée de cette cité millénaire. Le point d’orgue du parcours reste les trésors exhumés de la nécropole royale et des temples : vaisselle d’or et d’argent, parures serties de pierres semi-précieuses, miroirs, armes d’apparat. Tout près, une nécropole de l’âge du Bronze moyen (1800 av. J.-C.), restée intacte jusqu’à nous.

On ressort de l’exposition avec cette image en tête : l’or des rois de Byblos exposé à quelques mètres des socles restés vides par la guerre. Comme si l’histoire la plus ancienne du monde continuait de se heurter, encore aujourd’hui, au même fracas.

« Byblos, cité millénaire du Liban »
Jusqu’au 23 août 2026
Plein Tarif : 15€ / Tarif réduit : 13€
Du mardi au vendredi, de 10h à 18h ; samedi et dimanche de 10h à 19h

 

Visuel : © Institut du monde arabe – Alice Sidoli