Au cours de plus de cinq décennies de carrière, John Irvin a exploré, du documentaire à la fiction, les grands conflits et bouleversements politiques de son époque (Algérie, Vietnam, guerre froide et l’apartheid en Afrique du Sud). Le réalisateur britannique est mort le 11 août « paisiblement chez lui », entouré des siens, à l’âge de 86 ans. Sa productrice, Claire Evans, l’a confirmé au Guardian ; la nouvelle a été reprise mercredi 19 août par plusieurs médias.
Né le 7 mai 1940 à Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, John Irvin se forme à la London Film School avant de débuter, dès les années 1960, par le documentaire. Son court-métrage Inheritance (1963) s’attaque à la guerre d’Algérie, quand Mafia No! (1967), consacré au crime organisé italien, lui vaut une première nomination aux BAFTA. Chez Irvin, la mise en scène s’attache à des sujets brûlants qui secouent l’actualité de son époque.
Dans les années 1970, il bascule vers la télévision britannique. Il réalise La Taupe (Tinker Tailor Soldier Spy), adaptation en sept épisodes du roman d’espionnage de John le Carré avec le personnage de fiction George Smiley. La série a du succès et remporte plusieurs BAFTA et est nommée aux Emmy Awards.
Le cinéma hollywoodien l’accueille ensuite avec Le Fantôme de Milburn (1981), où il dirige Fred Astaire, puis Les Chiens de guerre, avec Christopher Walken. Mais c’est Hamburger Hill, sorti en 1987 et consacré à une bataille méconnue de la guerre du Vietnam, qui contribue à asseoir sa réputation dans l’histoire du cinéma. L’évocation crue du combat a été saluée comme l’une des plus réalistes jamais tournées sur ce conflit.
La suite de sa carrière est marquée par une succession de films aux côtés des plus grandes stars. On peut évoquer Le Contrat avec Arnold Schwarzenegger, Robin des Bois avec Uma Thurman, ou City of Crime avec Harvey Keitel. Il s’est adapté à un système de production hollywoodien alors particulièrement prolifique, où l’on pouvait réaliser des films de genre sans qu’ils aient besoin d’être vendus comme des « événements ».
Ainsi, John Irvin a dirigé plus d’une trentaine de films et séries, glissant facilement du documentaire à la fiction, tout comme de la télévision au grand écran.
Le réalisateur se tourne finalement vers un cinéma plus indépendant dans les années 2000. C’est le cas pour le film Shiner (2000) avec Michael Caine, puis The Moon and the Stars (2006) avec Jonathan Pryce. Plus récemment, il réalise Mandela’s Gun (2016), consacré à Nelson Mandela, ce qui le ramène vers l’histoire des grandes luttes du siècle, cette fois celle de l’Afrique du Sud contre l’apartheid.
John Irvin laisse derrière lui une filmographie aux formes multiples, habitée par la question de la manière dont nous traversons les guerres.