Notre icône de la musique africaine rayonne désormais sur les trottoirs de Californie. Après plus de 40 ans de carrière et une discographie riche de 18 albums, Angélique Kidjo a reçu, mardi 18 août, sa propre étoile sur le célèbre Hollywood Walk of Fame de Los Angeles.
L’artiste franco-béninoise devient ainsi la première chanteuse africaine à recevoir cette distinction dans la catégorie Recording. Elle inaugure la 2854e étoile de cette célèbre allée californienne.
Avant elle, l’actrice Charlize Theron, née en Afrique du Sud avait déjà été honorée sur le Walk of Fame en recevant son étoile en 2005 dans la catégorie cinéma.
Le Hollywood Walk of Fame est un trottoir emblématique du quartier d’Hollywood, à Los Angeles, sur lequel sont inscrits les noms de personnalités.
Pour Angélique Kidjo, cette reconnaissance vient couronner une carrière exceptionnelle, déjà jalonnée de nombreuses distinctions. La chanteuse compte notamment cinq Grammy Awards, remportés au fil des années dans les catégories consacrées aux musiques du monde et à la Global Music. Elle est aujourd’hui l’artiste africaine la plus récompensée de l’histoire des Grammy Awards.
Pour mieux comprendre cette reconnaissance, revenons sur le parcours de cette artiste majeure de la musique africaine.
Âgée de 66 ans, Angélique Kidjo est née au Bénin et a grandi dans un environnement où l’art occupait une place importante, notamment grâce à sa mère, passionnée de théâtre. Très tôt, elle découvre la musique et développe une voix qui deviendra l’une des plus reconnaissables du continent africain.
En 1983, alors âgée de 23 ans, elle quitte le Bénin dirigé par le régime autoritaire de Mathieu Kérékou. La censure qui pèse alors sur la création artistique ne lui permet pas d’envisager une carrière musicale. Elle s’installe à Paris, où elle poursuit son parcours artistique.
Grande admiratrice d’Aretha Franklin et de Miriam Makeba, elle commence à construire son propre univers musical. Son premier album, Parakou, paraît en 1989. Elle doit notamment beaucoup au producteur malien Mamadou Konté, qui la repère au début des années 1980 et transmet sa musique à Chris Blackwell, fondateur d’Island Records, le label notamment associé à Bob Marley.
En 1991, la sortie de Logozo lui apporte une visibilité internationale. Porté par ses rythmes, ses percussions et une énergie scénique déjà très affirmée, l’album contribue à installer durablement Angélique Kidjo sur la scène musicale internationale.
La musique d’Angélique Kidjo se distingue par son incroyable capacité à faire dialoguer les cultures. Elle mêle les sons traditionnels du Bénin à l’afropop, au jazz, au funk, à la soul et aux musiques de la diaspora africaine.
Des titres comme Agolo, Adouma, We We ou Batonga ont contribué à sa renommée internationale. Plus récemment, elle a également collaboré avec de jeunes figures majeures de la musique africaine, notamment Burna Boy et Yemi Alade. Son album Mother Nature témoigne de cette volonté de faire dialoguer les générations et les continents.
Tout au long de sa carrière, Angélique Kidjo s’est également nourrie de différentes traditions musicales. Avec Oremi, elle explore notamment les liens entre les cultures africaines et les musiques noires américaines. Black Ivory Soul s’inspire quant à lui des traditions afro-brésiliennes, tandis que Oyaya! puise dans les sonorités caribéennes.
Ses collaborations témoignent de cette ouverture permanente. Elle a notamment travaillé avec Miriam Makeba, Manu Dibango, Alicia Keys, Carlos Santana, Peter Gabriel, Ziggy Marley, Asa, Youssou N’Dour, Sting, Bono, Branford Marsalis, Yo-Yo Ma, Pharrell Williams ou encore Idris Elba.
Une chose est certaine : Angélique Kidjo aime la scène. Elle vit sa musique dans le mouvement, la joie et le partage. Ses concerts sont notamment traversés par les danses traditionnelles de son Ouidah natal. Dans ses mémoires publiées en 2018, elle décrit d’ailleurs la scène comme un « lieu sacré ».
Au-delà de son immense carrière artistique, Angélique Kidjo est depuis longtemps engagée en faveur des droits des enfants et des femmes.
Depuis 2002, elle est ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF. En 2006, elle fonde également Batonga, une organisation qui œuvre pour permettre aux jeunes filles d’accéder à l’éducation secondaire en Afrique.
Son engagement porte aussi sur l’autonomisation économique des femmes. Depuis 2019, elle est porte-parole de l’Afawa, l’initiative de la Banque africaine de développement consacrée au financement en faveur des femmes en Afrique.
Forte de sa propre trajectoire et des obstacles qu’elle a dû surmonter, Angélique Kidjo soutient aujourd’hui avec conviction la nouvelle génération d’artistes africain.es.
Son étoile sur le Hollywood Walk of Fame prend, dans ce contexte, une dimension particulière. Elle récompense une carrière exceptionnelle, mais symbolise aussi la place incontournable des artistes africain.es sur la scène culturelle internationale.
Lors de la cérémonie, Angélique Kidjo a d’ailleurs insisté sur cette dimension collective de la distinction, affirmant que cette étoile n’était pas seulement la sienne, mais reflétait surtout la richesse de la culture africaine.
L’artiste poursuit encore aujourd’hui une trajectoire hors norme. Son étoile sur Hollywood Boulevard vient aujourd’hui inscrire son nom dans un lieu emblématique de la culture mondiale et ouvrir la voie à celles.eux qui viendront après elle.
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