Sydney Sweeney nue pour promouvoir une plateforme de paris sportifs. La publicité de Novig fait polémique depuis sa sortie. Si l’actrice est évidemment libre de disposer de son corps comme elle le souhaite, plusieurs sportives dénoncent une campagne qui réduit encore une fois les femmes à leur apparence. Alors que le sport féminin tente depuis des années de se débarrasser de cette image, pourquoi faut-il encore être sexy pour vendre du sport ?
Sydney Sweeney apparaît nue ou presque dans la nouvelle publicité Novig, plateforme américaine de paris sportifs dont elle est également actionnaire. Pendant près d’une minute, l’actrice est mise en scène avec des accessoires sportifs. Ballons, raquette de tennis, gants de boxe, maillot trop grand… Elle répète le mot « sport » en boucle et lance finalement « You can’t trade this, I just look good here » .
La campagne est immédiatement devenue virale. Mais une question se pose : être libre de montrer son corps signifie-t-il forcément être libérée de sa sexualisation ?
Ce n’est pas la première fois que Sydney Sweeney se retrouve au cœur d’une polémique. En 2025, sa campagne pour American Eagle, jouant sur la phonétique entre « jeans » et « genes », avait déjà provoqué de nombreuses réactions. Son image est également depuis longtemps associée à une forte sexualisation, particulièrement à travers son rôle dans Euphoria.
Mais ici, le problème va au-delà de l’actrice. Une publicité n’est pas simplement un acte individuel neutre, elle est pensée pour attirer l’attention et vendre un produit. Le corps de Sydney Sweeney devient donc lui-même un outil marketing.
La question n’est pas de savoir si elle a « le droit » de se montrer nue. La question est plutôt de savoir pourquoi, pour vendre du sport, le corps d’une femme doit-il encore être sexualisé.
La réaction chez les sportives est particulièrement forte.
La sprinteuse britannique Amy Hunt affirme que « Ce qui nous intéresse, c’est ce que notre corps peut faire, et pas tellement ce à quoi il ressemble ». Elle s’est également adressée directement à l’actrice en disant : « Sydney Sweeney, this is what women in sport look like ». La gymnaste américaine Gracie Kramer a elle aussi publié le même message et sa publication a été largement relayée par d’autres athlètes.
En France, la triathlète Mathilde Tily dénonce une représentation qui, selon elle, dessert les sportives. « Aucune somme d’argent ne devrait convaincre une femme de donner cette image aux athlètes féminines, alors qu’elles se battent toujours pour la même reconnaissance. »
Ce qui dérange les athlètes n’est donc pas simplement la nudité. Hommes comme femmes ont déjà posé nus dans des magazines ou des campagnes. Sydney Sweeney a d’ailleurs répondu avec cet argument en publiant des photographies de Serena Williams et Megan Rapinoe dénudées.
Ce qui dérange, c’est le contexte. Une sportive qui choisit de montrer son corps ne raconte pas nécessairement la même chose qu’une publicité qui met en scène un corps pour vendre un produit. Ici, la campagne semble oublier la frontière entre la réappropriation de son corps et sa transformation en argument commercial. Ce n’est pas le corps qui est mis en cause, c’est la manière dont il est utilisé et le regard auquel il est destiné.
Depuis des années, les femmes dans le sport se battent pour être reconnues pour leurs performances plutôt que pour leur apparence. Leur corps est pourtant constamment jugé. Trop musclé, trop féminin, trop masculin, trop couvert, pas assez couvert. Elles doivent être fortes, mais surtout rester belles.
La publicité de Novig reste alors ancrée dans les vieux clichés. Pour attirer l’attention sur le sport, montrons une femme sexy.
Le problème n’est pourtant pas que Sydney Sweeney soit sexy. Le problème est que dans une publicité censée parler de sport, c’est son corps qui devient le principal élément. Pendant que des femmes consacrent leur vie à améliorer leurs performances, leur force et leur technique, la campagne utilise une star nue pour capter le regard.
Novig a défendu la publicité et son PDG, Jacob Fortinsky, affirme que l’entreprise soutient fortement le sport féminin et précise que l’actrice a elle-même joué un rôle important dans la réalisation. Pour lui, la campagne ne cherchait pas à représenter le sport féminin.
Sydney Sweeney est libre de montrer son corps, d’en faire un outil de pouvoir, de communication, etc. Mais cette liberté individuelle ne suffit pas à déconstruire la sexualisation des femmes. Si le corps féminin est encore présenté comme quelque chose à regarder, et non comme quelque chose qui agit par lui-même, qui court, qui nage ou qui gagne, qu’a-t-on réellement déconstruit ?
La contradiction est plus large. Les femmes peuvent choisir ce qu’elles font de leur corps, mais le regard que l’on pose dessus, lui, n’a pas encore changé.
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