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Toutes sur scène : un festival gratuit, féministe, porté Charlotte Haroug

par Camille Zingraff
11.09.2026

Ce samedi 19 septembre, au Théâtre du Châtelet, Charlotte Haroug donne corps à un projet qui existe depuis près de 5 ans  : Toutes sur scène, un festival gratuit à la programmation 100 % féminine, avec talks, podcasts et une soirée de concert réunissant Yoa, Myra, Zélie ou encore Juste Shani.  Joie, sororité et émulation collective seront au rendez-vous ! Productrice devenue, depuis peu, programmatrice, Charlotte Haroug nous raconte comment cette idée est devenue réalité.

CZ : Vous inaugurez, avec votre équipe, le festival Toutes sur scène dans le contexte actuel. Pourquoi avoir choisi ce nom plutôt que sa version inclusive, « Toustes sur scène » ?

 

CH : Toutes sur scène connaît sa première édition sous ce format physique, mais le nom existait déjà. Il y a environ cinq ou six ans, en pleine période Covid, nous avions organisé une « bêta-édition » du même nom : des showcases de quatre artistes féminines captés sur la scène du Théâtre du Châtelet, sans public, puis diffusés en partie en direct. Lorsque nous avons envisagé ce nouveau projet avec Lionel — mon collaborateur —, reprendre ce nom nous a paru naturel. C’était en 2020, une époque où l’écriture inclusive était beaucoup moins répandue : la question ne s’est même pas posée. Et je pense que, même aujourd’hui, nous ferions le même choix.

 

Si nous avions dû en débattre, nous aurions probablement conclu que « Toustes » catégorise trop fortement l’événement. Or, l’objectif est que tout le monde se sente concerné.e et légitime à y assister. Toutes sur scène est un événement féministe, mais nous ne voulions pas qu’il soit perçu comme un événement militant — ce qui existe par ailleurs, et c’est très bien, mais ce n’était pas notre identité.

 

Cet événement est de toute façon amené à évoluer au fil des rencontres, des associations partenaires et des débats — nous évoluons nous-mêmes. Nous avons cherché à représenter la diversité des artistes, notamment sur les talks et les podcasts, mais j’aimerais, à l’avenir, élargir encore la programmation à des artistes plus âgées, à des personnes non binaires, pour représenter une plus grande diversité de profils. L’idée est que chaque festivalière et chaque festivalier puisse se reconnaître en voyant, sur scène, des femmes de profils différents — lesbiennes, racisées, etc. — et se dire : « moi aussi, je peux le faire. » Plus la représentation est diverse, plus le public peut se projeter.

 

 

CZ : L’idée de ce festival existait donc depuis plusieurs années, mais elle fait aussi écho aux chiffres publiés en 2025, selon lesquels la SACEM ne reverserait qu’environ 10 % de ses droits à des femmes. Comment expliquez-vous ce paradoxe entre cette sous-représentation persistante et l’engouement suscité par votre festival ?

 

CH : Ce n’est malheureusement pas nouveau : les chiffres de 2025 rejoignent ceux de 2023 et 2024. Cela fait des années que, avec Lionel, nous faisons ce constat dans notre activité média, où nous avons fait le choix de mettre en avant les artistes féminines, qui représentent près de 70 % de notre programmation. Il existe pourtant de nombreux projets remarquables que nous ne pouvons pas tous programmer, faute de moyens. Nous ne comprenons donc pas pourquoi les femmes restent si peu représentées dans les programmations des festivals en général, alors que les projets de qualité ne manquent pas. Je pense que beaucoup de femmes du secteur partagent ce constat, chacune de son côté. L’engouement autour de Toutes sur scène répond sans doute à cette attente largement partagée.

 

 

CZ : Cette volonté de mettre en avant les femmes se retrouve-t-elle aussi en coulisses, dans votre équipe de production ?

 

CH : Oui, complètement. En coulisses, l’équipe est féminine à 99,9 %. Lionel, mon associé, en fait partie, ainsi qu’un autre homme au poste de cadreur, et un seul homme intervient sur un talk. C’est tout.

 

 

CZ : Cela fait du bien de pouvoir, pour une fois, compter les hommes plutôt que les femmes ! Vous avez aussi choisi un lieu et une date assez symboliques, avec le Théâtre du Châtelet et cette rentrée qui clôt la saison des festivals. Pourquoi ce choix ?

 

CH : Oui ! Pour une première édition, il fallait trouver une date sans trop de concurrence directe, notamment avec les événements des associations féministes du secteur qui ont déjà leur propre calendrier, et en dehors de la période du MaMA. L’été n’était pas envisageable non plus : les artistes auraient déjà été programmées ailleurs. La rentrée nous convenait bien : c’est une manière symbolique de démarrer l’année sur un événement féministe, et de prolonger ensuite la discussion tout au long de l’année, jusqu’à la deuxième édition.

 

 

CZ : Cette année est donc la première édition du festival. À quoi ne vous attendiez-vous pas ? Quelles ont été vos meilleures surprises ?

 

CH : Les bonnes surprises ont été nombreuses ! La première a été l’enthousiasme immédiat des artistes, qui ont toutes répondu présentes avec beaucoup d’énergie. Ma plus grande satisfaction concerne la programmation des talks et des podcasts. Au départ, nous voulions simplement organiser un concert entre femmes. Puis nous nous sommes dit qu’il serait dommage de ne pas profiter du lieu et de la thématique pour proposer toute une après-midi de rencontres : des femmes inspirantes venant partager leur parcours, des temps d’écoute autour de figures féministes du secteur des podcasts.

 

En établissant notre liste de rêve avec Lionel, nous nous sommes demandé qui nous aimerions inviter — un peu comme un « concert de rêve » personnel. Voir Rokhaya Diallo, Victoire Tuaillon, Lauren Bastide et Anna Toumazoff accepter, l’une après l’autre, a été un moment très fort : c’était comme pouvoir rassembler « les Avengers du féminisme ».

 

Autre très belle surprise : la mobilisation bénévole. Un festival se prépare à 80 % dans l’ombre, plus encore pour une première édition. Une fois le projet dévoilé au public, nous avons reçu des messages de femmes enthousiastes souhaitant devenir bénévoles. Voir un projet sortir de nos mains pour être porté par d’autres, avec autant d’énergie positive, a été une expérience très touchante !

 

 

CZ : Avez-vous rencontré des difficultés plus importantes ?

 

CH : Oui, notamment sur le financement — qui reste évidemment déterminant pour un projet de cette ampleur. Nous savions dès le départ que cette première édition ne serait pas pensée comme un événement rentable et nous tenions à ce qu’elle reste gratuite. En revanche, nous avions probablement sous-estimé la difficulté à mobiliser des financements autour d’une première édition.

 

Ce projet est né du constat qu’il n’existait pas vraiment d’initiative fédérant l’ensemble de la filière autour de ce sujet. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il ne se passe rien : il existe de nombreuses initiatives associatives et militantes, comme More Women On Stage ou Les Femmes s’en mêlent, qui font un travail essentiel. Notre envie était complémentaire : réunir, le temps d’un événement, des artistes, des médias, des entreprises, des institutions et des acteurs de la filière autour d’un engagement collectif également visible du grand public.

 

Ce qui nous a frappées, c’est le décalage entre l’accueil extrêmement positif réservé au projet et la difficulté à transformer cet intérêt en soutien financier. Nous avons néanmoins pu compter sur le soutien de la DRAC et de la SACEM, notamment à travers son département RSE, puis nous nous sommes beaucoup tournées vers des partenaires privés. Et là, plusieurs entreprises ont choisi de nous faire confiance dès cette première édition, ce qui a été déterminant pour rendre le festival possible.

 

Mais je préfère être transparente : à quelques jours de l’événement, l’équilibre financier n’est pas encore atteint. C’est aussi la réalité d’une première édition ambitieuse que l’on a choisi de rendre accessible gratuitement. L’équilibre financier reste un vrai challenge pour cette première édition, mais on est confiantes. Le projet a suscité beaucoup d’adhésion et les partenaires qui nous ont déjà rejointes nous confortent dans l’idée qu’il peut trouver sa place et s’inscrire dans la durée.

 

 

CZ : Malgré ces difficultés financières, vous avez choisi de maintenir la gratuité. Pourquoi était-ce si important pour vous ?

 

CH : La gratuité était un point majeur pour nous, au moins pour cette première édition, car l’objectif est de s’adresser au plus grand nombre et de toucher un public qui n’est pas nécessairement acquis à la cause. Inviter quelqu’un à un événement engagé en lui demandant, en plus, de payer un billet à 50 euros rendrait la démarche dissuasive. La gratuité permet au contraire d’inviter des proches à venir « faire de la pédagogie » sans même s’en rendre compte. C’était important pour nous, au moins pour cette édition : nous verrons ensuite comment le format évolue, car pour l’instant, nous testons.

 

 

CZ : Pour finir, auriez-vous un moment cult de votre carrière à partager avec nous ?

 

CH : Ce n’est pas un instant précis, mais plutôt la période que je suis en train de vivre. Elle est inédite : je n’avais jamais créé de festival, ni programmé des podcasteuses — je travaille dans la musique, pas ailleurs. Cette première fois n’aura jamais de second équivalent : c’est en cela qu’elle restera marquante !

 

 

CZ : Merci beaucoup Charlotte, rendez-vous le 19 septembre pour la première édition de Toutes sur scène ! 

 

CH : Avec plaisir, merci Camille.

visuel : ©Camille Gharbi

Le 19 septembre au Théâtre du Châtelet.