À 73 ans, Lonnie Bunch, premier chef afro-américain de la Smithsonian, annonce le 8 septembre quitter son poste de secrétaire à la fin 2026. Son départ intervient après plusieurs mois de pressions par l’administration Trump, accusant la Smithsonian de partager une vision du monde trop progressiste.
Pour Trump et une partie des conservateurs américains, certains musées de la Smithsonian présentent une histoire américaine trop centrée sur l’esclavage, le racisme, les discriminations et les injustices.
En juillet 2026, la Maison-Blanche publie un rapport de 162 pages consacré au National Museum of American History. Il accuse notamment le musée d’« extreme political activism » et estime qu’il ne raconte plus l’histoire américaine comme un héritage commun, mais comme un outil politique susceptible de diviser les Américains. Les musées américains sont ainsi devenus un nouveau terrain de bataille politique, que l’administration Trump cherche à influencer pour y faire davantage entendre un récit patriotique.
En face, la réponse de Bunch et des historiens est simple. Raconter les moments difficiles de l’histoire ne revient pas à détester l’Amérique. Bunch estime que le rapport ne donne pas une représentation juste du travail du musée et rappelle les principes qui doivent guider l’institution : recherche, indépendance, exactitude et intégrité.
Derrière ce conflit se joue donc une question plus large. Une institution culturelle doit-elle raconter une histoire qui rassemble, ou une histoire qui montre aussi ce qui divise et dérange ?
Le départ de Bunch n’arrive pas dans un contexte anodin. Il est le résultat de plusieurs années de pressions politiques exercées sur la Smithsonian et ses responsables.
En 2025, Trump accuse la directrice de la National Potrait Gallery, Kim Sajet, d’être partisane et de soutenir les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion. Elle finit par quitter son poste. Bunch n’est donc pas le premier responsable de la Smithsonian à se retrouver dans cette situation.
Plus concrètement encore, en 2025, le National Museum of American History modifie son exposition consacrée aux procédures de destitutions présidentielles et retire le nom de Trump de certains éléments de l’exposition. Cet évènement ne relève donc plus d’une bataille idéologique abstraite, il s’agit très concrètement de décider ce qu’un musée montre, et de la manière dont il le raconte.
Lonnie Bunch occupe une place particulière dans la manière dont les États-Unis racontent leur histoire afro-américaine. Avant de diriger la Smithsonian, il a été le fondateur du National Museum of African American History and Culture.
Le projet commence en 2005, sans bâtiment, sans collection et sans financement. Onze ans plus tard, en 2016, le musée ouvre sur le National Mall. Depuis, il a accueilli plus de 13 millions de visiteurs.
Son projet n’était pas uniquement de créer un musée consacré à l’histoire noire. Il défendait l’idée que l’histoire afro-américaine fait partie intégrante de l’histoire américaine et qu’elles doivent être racontées ensemble. Bunch voulait notamment utiliser cette histoire pour aider les Américains à mieux comprendre leur passé commun.
Le chef de la Smithsonian ne se résume pas à son statut de « premier secrétaire noir ». Depuis des années, il est associé à une nouvelle manière de voir et raconter l’histoire américaine, plus inclusive et attentive aux épisodes longtemps laissés de côté.
Il est important de savoir que la Smithsonian est une institution particulière, indépendante de l’exécutif, elle ne passe donc pas directement sous le contrôle de Trump. Elle est administrée par un conseil qui comprend notamment le vice-président de JD Vance, trois sénateurs, trois représentants, neufs membres de la société civile et le Chief Justice John Roberts.
Et c’est justement ce conseil qui choisit le secrétaire de la Smithsonian.
La recherche du successeur de Bunch va donc maintenant être lancée par les membres du conseil. Son départ laisse désormais planer un doute. Va-t-il simplement marquer la fin d’une carrière, ou le début d’un changement de ligne à la Smithsonian ?
En d’autres termes, la bataille américaine autour de la manière de raconter l’histoire, elle, est loin d’être terminée.
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