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Liberté de création : le CNC tire la sonnette d’alarme face à la multiplication des pressions

par Camille Beauleux
24.06.2026

Le Centre national du cinéma et de l’image animée s’inquiète d’une hausse des atteintes à la liberté de création et de diffusion. En réaction à l’affaire Nadav Lapid, l’institution annonce la mise en place d’une cellule d’accompagnement destinée aux professionnels confrontés à des tentatives d’entrave.

Le monde de la culture voit ressurgir un débat qu’il croyait parfois acquis : celui de la liberté de création. Mardi 23 juin, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a publié un communiqué particulièrement ferme pour dénoncer la multiplication des pressions exercées sur les artistes, les œuvres, les festivals et les lieux culturels.

 

L’institution, pilier du financement du cinéma français, se dit préoccupée par des atteintes qui prennent aujourd’hui des formes diverses mais convergent vers un même risque : fragiliser les conditions du débat démocratique et remettre en cause l’indépendance de la création artistique.

 

 

 

L’affaire Nadav Lapid comme déclencheur

Cette prise de position intervient dans le contexte du retrait du réalisateur israélien Nadav Lapid du Festival international de cinéma de Marseille (FID Marseille). Le cinéaste, installé en France et connu pour ses critiques virulentes à l’égard de la politique menée par le gouvernement israélien, a renoncé à sa participation après des appels au boycott visant sa présence.

 

Pour Gaëtan Bruel, président du CNC, cet épisode constitue un signal préoccupant. « Cet épisode est inquiétant et doit amener les citoyens comme les pouvoirs publics à s’interroger sur la capacité collective de la société française à garantir ces libertés », estime-t-il.

 

Le président de l’institution rappelle également une distinction qu’il juge essentielle : un artiste ne saurait être assimilé à l’État dont il possède la nationalité. Selon lui, réduire un créateur à son passeport revient à nier ce qui fonde précisément l’acte artistique : son autonomie intellectuelle et sa capacité critique.

 

Dans le cas de Nadav Lapid, cette confusion apparaît d’autant plus paradoxale que son œuvre questionne régulièrement la société israélienne et ses choix politiques. Une situation qui illustre les tensions croissantes auxquelles sont confrontés certains artistes lorsque les débats géopolitiques s’invitent dans les espaces culturels.

 

 

 

Une inquiétude plus large dans le secteur culturel

Au-delà de ce cas particulier, le communiqué du CNC s’inscrit dans un climat plus général de crispation autour de certaines œuvres et programmations culturelles. Plusieurs institutions ont récemment été confrontées à des campagnes de contestation, à des demandes d’annulation ou à des pressions exercées sur leur programmation.

 

Pour les professionnels du secteur, ces phénomènes interrogent la capacité des lieux culturels à demeurer des espaces de confrontation des idées et de pluralité des points de vue. Festivals, théâtres, cinémas et centres d’art revendiquent traditionnellement une mission d’intérêt général qui consiste précisément à accueillir des œuvres susceptibles de susciter le débat.

 

« La liberté de création ne se défend pas seulement lorsqu’elle est confortable ou consensuelle ; elle se défend précisément lorsqu’elle devient difficile », affirme Gaëtan Bruel. Une formule qui résume la position du CNC : les principes de liberté artistique prennent toute leur valeur lorsqu’ils sont mis à l’épreuve par la controverse.

 

 

 

Une cellule d’accompagnement pour les professionnels

Face à cette situation, le CNC ne se contente pas d’un appel de principe. L’institution annonce la création d’une cellule d’accompagnement dédiée aux professionnels confrontés à des atteintes à leur liberté de création ou de diffusion.

 

Cette structure aura pour mission d’informer, conseiller et accompagner les artistes, producteurs, diffuseurs ou organisateurs de manifestations culturelles victimes de pressions ou de tentatives d’entrave. L’objectif est de leur offrir un soutien concret face à des situations parfois complexes, mêlant enjeux juridiques, médiatiques et sécuritaires.

 

Cette initiative s’inscrit dans une politique plus large portée par le ministère de la Culture. La ministre a notamment engagé un plan d’action consacré à la défense de la liberté de création, avec la nomination d’une haute fonctionnaire dédiée à cette question ainsi que la publication d’outils juridiques destinés aux professionnels.

 

 

 

Un enjeu démocratique

Au-delà du seul secteur cinématographique, la prise de parole du CNC rappelle que la liberté de création demeure un principe vivant, constamment soumis à des tensions politiques, idéologiques ou sociales.

 

Dans une période marquée par la polarisation des débats publics et la circulation rapide des mobilisations sur les réseaux sociaux, les institutions culturelles se retrouvent de plus en plus souvent au cœur de controverses qui dépassent le cadre artistique.

 

Pour le CNC, la réponse ne peut être uniquement institutionnelle. L’établissement appelle à une vigilance collective et à une mobilisation de l’ensemble des acteurs publics afin de préserver les conditions d’existence d’un débat culturel libre.

 

Car derrière la défense d’un film, d’un festival ou d’un artiste, c’est une question plus fondamentale qui se pose : celle de la place accordée à la création dans une société démocratique. Une création capable de déranger, de questionner et parfois de diviser, mais dont la liberté constitue l’un des fondements essentiels de la vie culturelle.

Visuel : cinéma