Quelques jours après la disparition de Marjane Satrapi, le gouvernement français a annoncé qu’un hommage officiel serait rendu à l’autrice, dessinatrice et réalisatrice franco-iranienne. Figure incontournable de la bande dessinée contemporaine et porte-voix de la diaspora iranienne, elle est décédée le 4 juin à l’âge de 56 ans.
Invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-Public Sénat-M6 dimanche 7 juin, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a salué la mémoire d’une artiste qui a profondément marqué le paysage culturel international.
« Nous reconnaissons en Marjane Satrapi une immense artiste qui aura donné la parole au peuple iranien, qui a traversé tant d’épreuves », a déclaré le ministre.
Le Quai d’Orsay a annoncé l’ouverture, à la fin du mois de juin, d’un espace et d’une plateforme consacrés aux artistes iraniens exilés. Une initiative présentée comme un hommage direct à l’autrice de Persepolis, mais aussi comme un geste de soutien à toute une génération de créateurs contraints de quitter leur pays.
« À travers elle, nous voulons rendre hommage à ces artistes courageux qui sont les témoins de cette immense culture, à laquelle nous voulons donner toutes les lettres de noblesse qui lui reviennent », a poursuivi Jean-Noël Barrot.
Les contours précis de ce dispositif n’ont pas encore été dévoilés. La France accueille aujourd’hui plusieurs figures importantes de la création iranienne en exil, parmi lesquelles l’actrice Golshifteh Farahani, la réalisatrice Sepideh Farsi, le photographe Hossein Rajabian ou encore l’artiste visuelle Yosra Mojtahedi.
Née en 1969 à Racht, dans le nord de l’Iran, Marjane Satrapi a consacré une grande partie de son œuvre à raconter l’histoire contemporaine de son pays. Son succès international est venu avec Persepolis, récit autobiographique en bande dessinée retraçant son enfance sous la révolution islamique, son adolescence en Europe puis son expérience de l’exil.
Traduit dans de nombreuses langues et adapté au cinéma, l’ouvrage est devenu une référence mondiale, autant pour sa portée artistique que pour son témoignage sur la société iranienne.
Au fil des années, l’autrice a également multiplié les prises de position publiques en faveur des libertés fondamentales et des droits des femmes en Iran. Elle avait notamment coordonné l’ouvrage collectif Femme, vie, liberté, publié dans le sillage du mouvement de contestation né après la mort de Mahsa Amini.
L’hommage annoncé intervient dans un contexte particulier. Marjane Satrapi n’avait jamais hésité à critiquer la diplomatie française lorsqu’elle estimait que celle-ci manquait de fermeté face au régime iranien.
Quelques mois avant sa disparition, elle avait refusé la Légion d’honneur afin de dénoncer ce qu’elle qualifiait d’« attitude hypocrite » de la France. L’artiste reprochait notamment aux autorités françaises de compliquer l’obtention de visas pour de jeunes artistes et dissidents iraniens tout en facilitant l’entrée sur le territoire de personnalités proches des élites économiques du régime.
Interrogé sur ces critiques, Jean-Noël Barrot a défendu l’action de la France, rappelant que Paris avait adopté des sanctions « extrêmement lourdes » après la répression des mouvements de contestation en Iran. Le ministre a toutefois reconnu « une forme de vérité » dans les reproches formulés par l’artiste.
Selon lui, cette critique dépasse le seul cadre français et interroge plus largement la capacité de la communauté internationale à soutenir concrètement les défenseurs des libertés et les créateurs contraints à l’exil.
Avec la disparition de Marjane Satrapi, le monde culturel perd une artiste majeure, dont l’œuvre aura contribué à faire connaître la complexité de la société iranienne à des millions de lecteurs et spectateurs. L’hommage annoncé par le Quai d’Orsay entend désormais inscrire son héritage dans un soutien durable aux artistes qui, comme elle, continuent de faire vivre la culture iranienne loin de leur pays.
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