Pour sa 38e édition, Visa pour l’Image, rendez-vous international du photojournalisme, rend hommage à son créateur, Jean-François Leroy, disparu quelques jours avant l’ouverture du festival. Cette 38e édition prend ainsi des airs de dernier hommage et les expositions qu’il avait contribué à monter sont devenues le testament d’un homme qui avait consacré sa vie à faire vivre l’image de presse. À Perpignan, les 19 prix décernés cette année rappellent l’urgence de soutenir un photojournalisme fragilisé, alors que les images exposées dressent le portrait d’une planète traversée par les guerres, les crises humanitaires et les bouleversements écologiques.
À Perpignan, il n’est pourtant pas seulement question de mémoire. 19 prix ont été décernés cette semaine pour mettre en lumière le travail des photojournalistes et surtout, de lui donner les moyens de continuer. Car ces distinctions signifient tout autant des soutiens financiers : jusqu’à 8 000 euros pour financer un reportage en cours, permettre à un projet de voir le jour, bref, accompagner un photographe dans son travail. Derrière chaque prix se lit la nécessité de donner au photojournalisme les moyens de poursuivre sa mission. Le festival se fait témoin métamorphique d’une planète dont les évolutions politiques, écologiques et martiales ne cessent d’inquiéter.
Les lauréats à l’honneur se font messagers d’un monde qui fait expérience du monde qui fait l’expérience de la violence dans son ensemble. À travers leurs travaux, les gagnants de cette édition dressent une cartographie des conflits mondiaux. C’est le cas de Dominic Nahr qui a reçu le Visa d’Or de la presse quotidienne Göksin Sipahioglu by Sipa Press. Correspondant de guerre, il offre une image qui s’inscrit dans les conflits et les crises humanitaires avec une photographie prise dans un hôpital de Soueïda en Syrie. Le Visa d’Or de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik, décerné à Philémon Barbier met en lumière son reportage « Syrie : l’aube des cendres », qui permet de montrer une « Syrie en transition » au plus grand nombre. Le Visa d’or humanitaire du CICR est quant à lui attribué à Khames Alrefi pour son reportage sur le quotidien des civils à Gaza. Il souligne la souffrance mais aussi l’humanité des habitants de Gaza. La plus haute distinction du festival, le Visa d’or News Roger Thérond permet à son lauréat, Luis Tato, de mettre en évidence les manifestations de la gen Z à Madagascar qui ont conduit au renversement du président Andry Rajoelina, une manière d’espérer et croire que les jeunes générations sont capables de « redéfinir la démocratie ».
Le festival réserve un prix réservé aux femmes photojournalistes, le prix Françoise Demulder, photographe de guerre et première lauréate féminine du World Press Photo en 1977. Il est cette année remporté par Sarah Caron, pour son travail sur le village d’Anish au Pakistan et Laurence Geai, pour son reportage sur une famille bédouine face aux attaques de colons en Cisjordanie occupée.
Dans une déclaration du 20 avril 2026, Jean-François Leroy soutenait que le rôle d’une presse professionnelle et sérieuse était d’autant plus important aujourd’hui que le la prégnance de la désinformation en ligne et de la manipulation artificielle d’images sont désormais monnaie courante. Un air de résistance à l’ère des réseaux sociaux et de l’IA. Cette attention portée au monde virtuel de plus en plus ancrée dans nos réalités se lit dans la récompense du Visa d’Or Magazine, attribuée à Jérôme Gence pour son travail sur les mariages virtuels au Japon. Il a suivi des femmes et des hommes qui entretiennent une relation amoureuse, pouvant aller jusqu’au mariage symbolique, avec des personnages virtuels de séries, animés, jeux vidéos. Selon Jérome Gence, la photographie devient un moyen d’interroger le développement des communautés numériques et la « marchandisation des émotions ». Un reportage qui répond aux préoccupations du directeur du festival face à l’autonomie croissante du numérique.
Le festival met également en avant l’importance de de l’intérêt porté à notre monde vivant, avec la toute nouvelle distinction du prix Écologie 360 décernée à Laurent Ballesta pour son exposition « Loin du Ciel ». Pendant 30 ans, le photographe explore et documente les océans, un monde invisible aux yeux des humains, à travers l’Océean indien, l’Antarctique, la Polynésie ou la Méditerranée. Cette attention portée à son travail rappelle la nécessité de porter notre regard sur le monde biologique et animal, ainsi que les menaces qui pèsent sur lui. Le festival donne ainsi la possibilité de donner une place à ces « espaces oubliés ».
Visuel : © Wikimedia Commons