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Le photojournalisme est orphelin de Jean-François Leroy, décédé à 69 ans

par Aline Fevre
01.09.2026
Jean-François Leroy

À Perpignan, pour la première fois depuis sa création, l’ouverture du festival international Visa pour l’Image s’est déroulée sans Jean-François Leroy. Cofondateur et directeur historique du festival, il est décédé le 31 août, deux jours seulement après l’ouverture de cette 38e édition. Malgré la maladie, il avait tenu jusqu’au bout à en assurer la programmation selon Delphine Lelu, directrice générale de Visa pour l’Image. Engagé, entier, humaniste, Jean-François Leroy a marqué durablement le monde de la photographie de presse.

Une vie dédiée à la photographie

 

Jean-François Leroy débute dans la presse photographique en collaborant notamment avec Photo-reporter, Le Photographe et Photo-Revue. Il devient ensuite rédacteur en chef de Photo Magazine de 1985 à 1987, avant de rejoindre Sipa Press en tant qu’éditeur. C’est en 1989, aux côtés de Roger Thérond, alors directeur de Paris-Match, qu’il imagine un festival gratuit entièrement consacré au photojournalisme de presse. Visa pour l’Image devient rapidement un rendez-vous incontournable de la profession, réunissant à Perpignan des photographes venus du monde entier, mais aussi des agences, des éditeurs et des responsables photographiques des grandes rédactions. Plus de 220 000 visiteurs y sont aujourd’hui accueillis, ce qui fait de la manifestation l’un des principaux lieux de rencontre et de réflexion autour du photojournalisme. Jean-François Leroy est parvenu à construire un espace de visibilité, de défense et de transmission d’un métier confronté à des mutations technologiques et économiques, en accompagnant le passage de l’argentique au numérique et ses bouleversements pour les modèles de la presse. Pour le photographe Samuel Bollendorff, il était « une des grandes, et peut-être des dernières incarnations du photojournalisme du XXe siècle ». Président de la société Images Évidences, il avait également été distingué à plusieurs reprises, notamment comme chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite.

 

Défenseur du réel et des réalités

 

Toute la carrière de Jean-François Leroy a été consacrée à faire vivre le photojournalisme. Défenseur des journalistes autant que du monde qu’ils documentent, il défendait une photographie fondée sur la liberté du regard et l’honnêteté, une photographie fidèle à la réalité complexe qu’elle restitue. « On vous montre le monde tel qu’il est, avec ses drames, ses joies et ses problèmes. », disait-il, attaché à la responsabilité qu’ont les photographes de voir et faire voir. Cette exigence s’est incarnée dès 1989 dans le projet « 3 jours en France » réalisé avec le photographe Yann Arthus-Bertrand, qui capture le portrait de la France de la fin des années 80, 150 ans après la création de la photographie. Jean-François Leroy défendait ainsi un regard qui témoigne, fondé sur la fidélité au réel.

 

Le festival comme testament de son engagement

 

La 38e édition de Visa pour l’Image, qui se poursuit jusqu’au 13 septembre, prend aujourd’hui une résonance particulière. Son thème, « Le réel contre-attaque », entre en écho avec les préoccupations que le photographe exprimait face à l’arrivée de l’intelligence artificielle et aux transformations qu’elle impose à notre rapport aux images. Le photojournalisme de Jean-François Leroy défend l’honnêteté et lutte contre la fabrication du réel, contre les images construites de toutes pièces. Il réaffirme la nécessité de la présence d’un photographe, de son regard, de son expérience de terrain et de sa responsabilité dans l’acte de montrer. Le thème de cette édition se présente comme un prolongement de ses interrogations et convictions. Quelques jours avant l’ouverture du festival paraissait Le Devoir de regarder, ouvrage écrit avec Isabelle Fougère, consacré à l’histoire du photojournalisme et aux bouleversements provoqués par l’intelligence artificielle. Cette dernière réflexion témoigne de son engagement à vouloir regarder, témoigner et montrer le monde tel qu’il est. Le festival est ainsi devenu nécessaire parce que le réel doit être plus que jamais regardé, interrogé et défendu.

Visuel : © Wikipédia