Le maestro se battait depuis plus d’une année contre un cancer, et avait dû renoncer le 22 août à la première de « Madama Butterfly » et le 28 à « La Bohème » au Teatro all’aperto du Festival Puccini.
La disparition d’Antonino Fogliani semble survenir en plein spectacle. Alors qu’il était attendu sur les grandes scènes lyriques pour la saison 2026-2027, à Berlin, Munich, Düsseldorf, Bergame ou encore Genève, l’annonce de son décès marque la fin d’une carrière en pleine maturité. Son œuvre semble encore en mouvement, à l’image de sa conception du grand chef d’orchestre qui ne doit jamais être « totalement satisfait de son propre travail, mais toujours curieux et prêt à rechercher entre les notes la pensée profonde du compositeur. »
Né en 1976, Antonino Fogliani commence ses études à Bologne, les poursuit au conservatoire Giuseppe Verdi de Milan avant d’étudier la direction d’orchestre auprès de Gianluigi Gelmetti et la composition auprès de Franco Donatoni et Ennio Morricone à l’Académie Chigiana de Sienne. Antonino Fogliani s’est ensuite rapidement imposé comme un chef d’orchestre de renom sur la scène internationale. De la Scala de Milan au Teatro dell’Opera di Roma, du Grand Théâtre de Genève à la Bayerische Staatsoper, de l’Opernhaus de Zürich au Palau de les Arts de Valence, jusqu’au Sydney Symphony Orchestra et au Houston Grand Opera, son parcours dessine une vaste géographie musicale et une cadence folle de productions dans le monde. Son rayonnement ne se limitait cependant pas aux grandes scènes, puisqu’il était professeur de direction d’orchestre depuis 2011, notamment à Palerme. Il aura également transmis son expérience et son exigence à une nouvelle génération de musiciens.
Chef davantage soucieux de servir la musique que d’occuper le devant de la scène, il aimait se définir comme un « premier violon », cherchant dans l’orchestre un équilibre et un dialogue permanent avec le c(h)oeur. L’œuvre de Rossini l’accompagna tout au long de sa vie, de sa découverte bouleversante à 14 ans de La Cerenentola dirigée par Claudio Abbado et mise en scène par Jean-Pierre Ponelle, jusqu’à ses débuts au Festival Rossini de Pesaro en 2001, à seulement 25 ans, puis à son activité de directeur musical du Festival Rossini de Bad Wildbad à partir de 2012. Antonino Fogliani aura consacré une grande partie de sa carrière à faire entendre l’opéra italien autrement, en s’intéressant en particulier aux recoins oubliés du répertoire belcantiste. De Otello à Ciro in Babilonia, il participe ainsi à élargir le canon rossinien, allant jusqu’à orchestrer les numéros longtemps perdus de Giovanni Tadolini pour le Stabat Mater de Rossini et à en donner la première exécution moderne.
Le maestro cherchait dans chaque partition un théâtre à réveiller. Pour lui, il s’agissait de sans cesse relire les œuvres et « rechercher entre les notes la pensée profonde du compositeur ». Une démarche qui lui permettait d’insuffler des notes nouvelles tout en préservant la tradition du bel canto, avec une intelligence et un respect stylistique qui ont marqué ses nombreuses interprétations ainsi qu’une discographie largement consacrée à ce répertoire pour les labels Naxos, Dynamic ou encore Arthaus Musik. Tout au long de sa carrière, il aura orchestré les œuvres d’une impressionnante constellation de compositeurs comme Bellini, Verdi, Mascagni, Puccini mais aussi Strauss et Mozart. Antonino Fogliani laisse derrière lui un héritage riche de rencontres et d’interprétations.