À Rock en Seine, nous avons rencontré la chanteuse franco-syrienne Climène Zarkan et le guitariste Baptiste Ferrandis, du groupe Sarāb, notre véritable découverte coup de cœur du festival. Entre Orient et Occident, poésie et révolte, leur musique nous emporte dans une transe puissante et éphémère.
Baptiste : On se sent bien, franchement, on est refait d’être là, ça tue. On l’attend depuis un moment.
Climène : Oui, ça fait longtemps, oui.
Baptiste : Nous, on vient de milieux un peu plus petits, associatifs, alternatifs, on joue dans plein de petits endroits. Et là, c’est vraiment un gros truc, du coup, ça nous change un peu, c’est un pas de côté pour nous un peu. Et on espère que les gens vont kiffer notre délire.
Climène : Je pense qu’il y a quelques années, je t’aurais dit dans un endroit intimiste. Mais là, je crois qu’on aime bien faire découvrir ce qu’on fait. Et on a envie de jouer aussi pour parler de choses qui nous touchent et de parler de ce qui ne va pas dans ce monde, à notre humble manière. Je crois que c’est important qu’on joue, il faut jouer n’importe où maintenant. Les deux me vont, en tout cas moi.
Climène : A l’époque, c’était pour des questions de prononciation en arabe. Mais non, plus sérieusement, je pense qu’elle nous représente bien aujourd’hui. Et même avant, on n’a pas un style musical défini. On a plusieurs facettes et nos lives ne sont jamais les mêmes. Et puis on est un groupe éphémère, la musique est éphémère. On passe, on part, on arrive, on repart. J’adore (rires). On passe, on repart, on arrive, on repart. Du coup, c’est sympa de se dire qu’on n’est pas éternel. Il y a un truc un peu humble. C’est poétique aussi.
Climène : Je pense que parfois, il y a des choses qu’on n’arrive pas vraiment à dire d’une manière claire. Moi, j’écris des textes, mais c’est parfois des manières de parler, de dire les choses. J’ai ma manière d’écrire, qui est assez frontale. Dans la poésie, il y a un rythme. Dans la poésie arabe, il y a la rythmique de la langue. Les poèmes de Maram me touchent énormément parce qu’à chaque fois que je lis ce qu’elle écrit, ça me parle tout de suite et je pense que ça parle à tout le monde. Elle parle de choses profondes d’une manière assez simple, je trouve. C’est pour ça que j’ai emprunté ces textes pour les mettre en musique. Baptiste aussi, il écrit des textes et c’est pareil, il a sa poésie personnelle. C’est sûr que la poésie, emprunter des mots aux autres, c’est aussi bien de pouvoir parler différemment de choses qui nous touchent aussi.
Baptiste : Je pense que c’est un choix de vivre dans la poésie. Je crois que tous les deux, on est d’accord là-dessus. On aime bien. C’est des choix, de s’exprimer, de voir le monde avec ça, c’est mieux.
Peut-être que ça laisse plus d’espace aussi dans l’écriture. Lier la poésie et la musique permet de laisser plus de liberté et de possibilités dans les messages que vous souhaitez faire passer, de donner plus de profondeur aux textes ?
Climène : Oui
Baptiste : Je ne sais pas, j’aurais plutôt tendance à dire qu’il y a des gens qui arrivent à faire passer des messages avec des mots très simples, mais ce n’est pas notre cas (rires). Des fois on se réfugie un peu derrière.
Climène : Oui c’est ça, on n’a pas une écriture très claire, on est plutôt dans les images.
Baptiste : On aime ça aussi. Et surtout les débuts de l’aventure de Sarāb, c’était autour de textes de poésie très classiques, parfois très anciens, qui étaient un peu soutenus. Donc on vient quand même de là un peu.
Baptiste : En fait avant on était six, on avait un tromboniste qui a amené une couleur un peu plus douce, un peu plus jazz. Robinson Khoury qu’on salue bien fort. Et depuis un an et demi, deux ans, on est cinq. Le son est devenu un peu plus brut, un peu plus minéral, un peu plus rock. Et ça va de pair avec aussi une volonté d’aborder des sujets plus politiques, d’être un peu plus militant sur scène et de bouger aussi un peu de réseau. On voulait des gens debout, de notre âge, devant nous.
Climène : On était déjà militants avant, mais l’être plus frontalement. Dans Qawalebese Tape, il y a un texte sur le racisme de Mohamed El-Faytouri. Je le dis en arabe. Ducoup là oui dans Mit Warde c’est beaucoup plus frontal pour nous. Et oui, en effet, on s’est aidé de la musique pour l’être.
Climène : Je pense que pour la question politique ou engagée, c’est important pour nous. Je trouve que ça n’a pas de sens de faire ce qu’on fait si on ne parle pas des injustices qu’on voit ou qu’on vit. Je trouve que c’est tellement intrinsèquement lié. Je ne fais pas ça pour la thune.
Baptiste : Si quand même, on a acheté une petite villa cet été (rires).
Climène : C’est notre métier. Mais ce que je veux dire, c’est que l’art a toujours été là pour parler de comment vivaient les gens, de ce qu’ils ressentaient. Je ne me vois pas monter sur scène en mode, c’est super, génial, yalla, coucou, on fait la fête, on oublie tout. Oui, on fait la fête, c’est important de continuer à vivre, de tout ça, d’être bien. Comme disait Mahmoud Darwish, n’oublie pas les gens des tentes. Je le dis très mal, mais en gros, n’oublie pas les gens qui vivent sous les tentes. Pour lui, je pense qu’il parlait des réfugiés palestiniens qui vivent dans les grands camps de réfugiés au Liban, en Syrie. Mais c’est vrai, même dans le monde. Vivons notre vie, mais soyons humbles et avec de l’humilité, n’oublions pas les autres. Voilà, mais en tout cas, je pense pour le public, c’est cool de venir nous voir en concert.
Baptiste : Et oui, je pense qu’on touche plus les gens à un concert que sur un album. On a plus de mal à traduire ça sur un disque. C’est assez dur, en fait, de le faire pour nous.
Baptiste : Si, c’est bien, on aime bien.
Climène : Oui, c’est toujours mieux de voir les gens danser. En tout cas, oui, c’est clair. Si on voit les corps en mouvement, ça veut dire qu’on touche quelque part. Après bon, il y a des gens qui dansent intérieurement aussi, et c’est bien.
Baptiste : Il y a des musiques qui se dansent dans la tête. Oui, c’est vrai.
Baptiste : Tous !
Climène : Franchement, on les aime tous. Moi, il y en a un que j’aime bien, parce qu’il est dur à chanter. Du coup, j’adore le chanter. À chaque fois, je suis là, ouwaaaa c’est lui ! C’est Electric Yasmin, parce que vocalement, c’est très difficile.
Baptiste : Au début elle n’aimait pas (rires).
Climène : Je n’aimais pas, parce que franchement, je crie des trucs !
©Sylvain Gripoix