Pour son troisième et dernier programme, la SACD et le Festival d’Avignon invitent la poétesse Laura Vasquez et MazelFreten, dans un fil conducteur clair : celui des mots.
Laura Vazquez entre en scène décidée. Elle est tout de noir vêtue, casquette lui cachant les yeux et baskets fuchsia aux pieds. Elle tient ses feuilles dans sa main et attaque son histoire, qui vient nous remettre à notre place de petit·e·s humain·e·s, grains de sable dans l’histoire, matière dans la matière, jusqu’au jour où un être vient prendre toute la place au point de calmer toute la colère qui brûle dans sa voix. La langue de Laura prend le pouvoir. Elle qui écrit pour Philippe Quesne ou Rebeka Warrior et qui a été résidente à la Villa Médicis sait manier les bonnes formules. « C’était sur la face des choses. » « C’était une plaie qui produit des formes. » « C’était longtemps dans le temps, on peut dire c’était toujours. » Le texte avance comme un spoken word, entre incantation et poème. « Je léchais les déchets que je trouvais. Je léchais le passé. » Elle nous défie sans nous regarder, pas encore : « Allez, tu crois savoir ? Monte. » « En fait, toi, tu crois que tu sais ? » Elle parle d’histoire, de langage, de nature. La réponse est toujours la même : « Ça fait des millénaires. T’es de la matière dans la matière et tu crois que tu sais. » Premier Millimètre permet d’entrer dans le souffle des mots de cette poétesse qui impose désormais, et à raison, son style sur les scènes. Le plus beau de tous les Vive le sujet ! de ce Festival d’Avignon.
Sans grande transition, c’est un autre texte qui nous parvient par le biais d’Emmanuel Leclercq, qui arrive tout de beige vêtu, un peu altier. Il nous raconte qu’avant d’être philosophe, il a tenté d’être prêtre et a échoué. Aujourd’hui, il commence à devenir danseur, persuadé que le mouvement peut être perçu comme une pensée (ce n’est pas nous qui allons dire l’inverse !). Pour lui répondre, Laura Defretin et Brandon Masele, le duo à la ville comme à la scène qui forme MazelFreten, se mettent à danser, d’abord une marche tranquille, le pied en avant dans une citation hip-hop, et progressivement, lui puis elle s’offrent chacun·e un solo de pure danse électro où les corps vrillent et tournent dans de belles torsions. Tous les deux nous offrent un face-à-face des plus désirables, carrément techno, les yeux dans les yeux et les bras qui tapent le tempo à toute allure. Si le sujet s’épuise dans sa construction, il reste valable dans sa proposition et permet, une fois de plus, de montrer ce type de danse sur les plateaux contemporains.
Visuel : Vive le sujet ! Tentatives, Série 3 – Premier millimètre, Laura Vazquez, La pensée continuera de danser, MazelFreten, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon