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Le Moulin de l’Hydre, la joie du collectif

par Julia Wahl
01.09.2026

Nos lecteurices les plus attentif·ves le savent : le mois de septembre est celui du festival du Moulin de l’Hydre. Comices agricoles oblige, l’édition 2026 s’est toutefois déroulée lors du dernier week-end d’août, entre premières gouttes de pluie et derniers rayons de soleil.

Quelle meilleure façon de finir l’été que de s’arrêter un week-end à Saint-Pierre d’Entremont, ce village de Basse-Normandie où les Bernards l’Hermitte ont élu domicile ? Cette bande de copain·es ont réuni leurs deniers voilà cinq ans pour acquérir un vieux moulin à l’abandon et l’usine de filage qui en dépendait. Iels en ont retapé une partie, afin d’y loger et d’y accueillir des artistes en résidence.

 

Iels y créent aussi leurs propres spectacles et proposent dans l’année des ateliers aux habitant·es. L’ancienne usine se mue peu à peu en espace de stockage et de création de décors et de costumes, tandis que le parc est devenu un potager bio. Dernier projet en date : remettre en eau le moulin pour assurer au lieu son autonomie énergique. Si l’hétérotopie du XXIe siècle se trouve quelque part, sans doute est-ce ici.

 

De l’importance de la coopération

 

Lors de son festival, ce lieu hors du temps s’ouvre à toutes et tous. Cette année, les artistes invité·es avaient ceci en partage qu’iels mettaient en lumière l’importance du collectif dans leurs œuvres. Ainsi, bien sûr, de la Cie la Mondiale Générale, qui voit deux équilibristes partager un minuscule bout de bois. Les pieds de l’un sur les orteils de l’autre, ils tentent de survivre sur cet espace bien mince. L’un a, au fil du temps, développé une superstition : manger cinq cacahuètes avant le tour. Mais celles-ci lui collent aux dents et viennent perturber le puzzle de leurs corps. Aussi leurs cabrioles sont-elles entrecoupées de propos inattendus, sinon incongrus (« Tu as les rotules ergonomiques »), qui créent un univers loufoque.

 

Cirque toujours avec le spectacle Ino de Ino Kolektiv, accueilli sur la Grande Scène du Moulin. Des artistes de diverses nationalités jouent la porosité entre scène et salle avec un élan et un enthousiasme communicatifs. Le public est en effet invité à prendre part à différents portés, dans les gradins d’abord, sur scène ensuite. Ce faisant, ce collectif d’artistes de diverses nationalités, qui s’expriment en plusieurs langues et tentent même, rapidement, un peu d’espéranto, montrent en actes la force de la coopération et la nécessité d’abolir les frontières.

 

Si elle est seule pour Merci de votre compréhension, Elsa Delmas n’en postule pas moins l’importance du groupe en partageant avec nous des anecdotes tout droit venues du Parc Astérix : la jeune femme s’y produit comme araignée dans la Maison hantée (dites « MH »). Elle est même devenue experte de cet animal peu ragoutant, dessinant devant son public les différents types de toiles que ces étranges insectes peuvent confectionner, énumérant l’incommensurable variété d’araignées existant. L’humour de ce seule-en-scène dépasse ainsi celui, vu et revu, du stand-up et lorgne vers l’absurde avec cette actrice qui semble parfois se fondre avec son personnage.

 

De l’importance des rêves et des contes

Coopération toujours avec Peter Pan, spécialiste participatif en plusieurs épisodes confectionnés à l’issue d’ateliers menés par Louis de Villers et Ludovic Lacroix. Des acteurices amateurices ouvrent ainsi la pièce en évoquant, du haut des fenêtres de l’usine, leur enfance.

 

Car tel est, bien sûr, le thème de Peter Pan : l’adieu des adultes à une enfance qui fut pourtant le moment des rêves et des contes. Écrit à partir des récits des habitants et habitantes, le texte de Simon Falguières est moins une adaptation du célèbre livre pour enfants que sa mise en abyme par l’exploration de la personnalité de son auteur, James Matthew Barrie. Sa mise en scène utilise le cadre du Moulin et des alentours pour emmener le public sur les traces du pays qui n’existe pas : des maisons de fées se cachent dans la forêt tandis que des enfants font peser leurs âmes sur les décombres d’une ferme.

 

La fête est également de la partie avec un concert de Gildaa, musicienne en pleine éclosion qui évoque à la kora diverses histoires comme celle de Perséphone. Sans conteste, le Moulin de l’Hydre est le lieu du merveilleux.

 

Festival du Moulin de l’Hydre

Rapprochons-nous, Cie la Mondiale Générale

Merci de votre Compréhension, Elsa Delmas

Concert de Gildaa

Ino, Ino Kolektiv

Peter Pan, Simon Falguières

 

 

Visuel : Peter Pan © Christophe Raynaud de Lage