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« Le cabaret m’a formée, le cabaret m’a fait vivre, le cabaret me fait vibrer », rencontre avec La Big Bertha pour Bienvenue au Cabaret

par Melodie Braka
06.09.2026
LA BIG BERTHA ©Marina Viguier Bienvenue au Cabaret

La Big Bertha est une personnalité singulière dans le paysage du cabaret. Elle en impose, bien sûr, par sa carrure, sa barbe, sa voix, son rire et sa présence. Mais elle en impose surtout par sa générosité, son sens du public et sa manière de faire dialoguer les mondes. Venue du burlesque, du cabaret, de Drag Race France et désormais de scènes beaucoup plus larges, elle revendique une famille artistique, un devoir de mémoire et une envie constante de ramener les gens vers les salles de spectacle. Pour Bienvenue au Cabaret, Mélodie Braka rencontre une artiste qui ne cesse de créer du lien, d’ouvrir des portes et de rappeler que le drag, comme le cabaret, peut être à la fois populaire, politique et profondément joyeux.

Mélodie Braka : Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

 

La Big Bertha : Je suis La Big Bertha, drag queen cabaretiste. C’est vraiment important pour moi de dire que je viens de la famille du cabaret plus que de l’univers drag queen.

 

Je suis une drag queen qui provoque dans tous les sens : par son volume, par sa barbe, par sa grosse voix. La Big Bertha, déjà, le nom impose quelque chose. On sort du cadre de la drag queen Drag Race toute belle, toute fine, toute féminine. Moi, je suis La Big Bertha.

 

Mélodie Braka : Justement, ce nom vient d’où ?

 

La Big Bertha : Il vient d’une drag queen qui s’appelait La Grosse Bertha et qui faisait partie d’une troupe créée par Jean-Marie Rivière, le papa du cabaret français. Cette troupe de quatre drag queens s’appelait Les Incroyables. C’était dans les années 60, elles ont fait des tournées énormes, elles sont allées à Las Vegas, à New York, elles ont fait le tour du monde.

 

Quand je suis arrivée à Paris, il y a quelques années, elles performaient à Bobino, parce que Bobino, à l’époque, était un cabaret. Moi, je les ai vues là-bas. J’ai passé ma vie d’étudiante à manger du riz pour me payer des places. Mais c’était génial.

 

La Big Bertha ©Marina Viguier

 

Mélodie Braka : Vous aviez déjà cette culture cabaret avant même d’arriver sur scène ?

 

La Big Bertha : Oui. Brenda Mour, par exemple, je l’avais vue dans mes bouquins quand j’avais 15 ou 16 ans et que je commençais à m’intéresser au cabaret. Je connaissais son histoire. Et quand je l’ai vue sur scène, j’étais par terre.

 

Aujourd’hui, j’ai la chance que Brenda Mour soit une vraie pote. La première fois que j’ai travaillé avec elle, je n’en revenais pas. J’étais en train de me dire : je vais bosser avec cette légende. Et c’est un ange. Quand elle vient me voir en cabaret, elle me fait toujours des retours très précis. Elle me dit : « Bertha, là, tu as évolué, là peut-être que tu peux encore évoluer. » C’est vraiment une daronne. Ce n’est pas pour rien que c’est la drag mum de Soa de Muse.

 

Mélodie Braka : Est-ce que vous pouvez nous parler de votre famille de cabaret ?

 

La Big Bertha : Ma famille de cabaret, c’est d’abord Monsieur K, mon papa de cabaret, que j’ai rencontré il y a quinze ans. Je l’avais vu chez Madame Arthur, à l’époque où c’était encore la belle époque, avec Brenda Mour, Corinne, Patachtouille, L’Oiseau Joli, etc.

 

Un jour, on s’est recroisés. Je me rappelle d’une soirée chez Madame Arthur où j’étais en drag. Monsieur K, sur scène, a dit : « Ah non, mais c’est bon, on doit être bonnes puisque j’entends rire La Big Bertha. » Là, j’étais par terre : Monsieur K venait de dire mon nom.

 

Après, on s’est retrouvés sur un événement d’amis, on a passé toute la soirée ensemble à discuter, et il m’a dit : « Je vais monter un nouveau cabaret qui va s’appeler Le Cabaret Le Secret. J’aimerais que tu en fasses partie. » Et bien entendu, Monsieur K a fait du Monsieur K. Il m’a dit : « Par contre, je te préviens, Bertha, je déteste le lip-sync, je déteste l’effeuillage. » Or, c’était exactement ce que je faisais. Et en fait, c’est lui qui m’a mise à la chanson, au chant.

 

Les Meneuses ©Marina Viguier

 

Mélodie Braka : Vous avez commencé avec quelle chanson ?

 

La Big Bertha : J’ai commencé avec « Toutes les Berthas de ta vie ». C’était ma toute première chanson.

 

Avant ça, j’étais dans la troupe du cabaret burlesque de La Nouvelle Seine avec Valentina Del Pearls, où j’ai rencontré Mara de Nudée, ma meilleure amie aujourd’hui, qui est effeuilleuse. Donc ma famille de cabaret, c’est aussi cette famille de l’effeuillage burlesque, et la famille de Monsieur K.

 

La Big Bertha ©Marina Viguier (4)

 

Mélodie Braka : Est-ce que vous avez toujours eu le sentiment d’être acceptée dans ces familles, ou est-ce que La Big Bertha a dû jouer des coudes ?

 

La Big Bertha : Dans le burlesque, j’ai dû jouer des coudes. C’est un milieu très féminin, et déjà, ça se tire un peu dans les pattes. Alors quand les filles ont vu débarquer une drag queen grosse et barbue, elles se sont demandé ce que je faisais là.

 

C’est pour ça que j’avais sorti un numéro d’effeuillage qui s’appelait « Pin-up, pas pin-up ». Je reprenais un peu tout ça. C’était un effeuillage où, à un moment, on me disait : « Mais enfin, arrêtez tout de suite, on sait très bien que vous êtes un homme. » Et là, ça partait en délire, je terminais littéralement à poil. Le talent show de la saison 1 de Drag Race France, avec l’énorme robe rouge, vient de ce numéro-là.

 

Donc oui, dans le burlesque, j’ai dû jouer des coudes. Chez Monsieur K, non, parce que chaque personnage arrive avec sa singularité et son univers. C’est là que ça devient le plus intéressant : il n’y a pas de compétition, il y a de l’enrichissement avec les autres.

 

Mélodie Braka : C’est cette idée de famille qui vous touche dans le cabaret ?

 

La Big Bertha : Oui, énormément. J’adore venir dès le début des répétitions pour voir les autres répéter et m’enrichir de leur travail. Au cabaret, il y a une énorme famille d’entraide.

 

Par exemple, David Noir, pour moi, c’est une légende. C’est une leçon à chaque fois : comment triturer le public, mais avec une intelligence derrière, avec quelque chose de réfléchi, posé, millimétré. Il m’a beaucoup appris. L’Oiseau Joli et Gérald aussi m’ont beaucoup accompagnée dans le chant. C’est vraiment une famille.

 

Mélodie Braka : Est-ce qu’il y a des numéros, en tant que spectatrice, qui vous ont laissé une vraie déflagration ?

 

La Big Bertha : Il y en a plein. Je pense à un numéro d’effeuillage d’estelle_a_paillettes, avec une énorme vasque en terre cuite au-dessus d’elle, et un filin de paillettes qui tombe tout au long du numéro. Au fur et à mesure, elle s’effeuille et son corps se couvre entièrement de paillettes. J’ai tellement pleuré devant ça.

 

Il y a aussi Vivanne Dellamore, une artiste suisse qui avait fait un numéro sur la démence, avec une énorme tenue rouge, des manches gigantesques, un cube rouge sur la tête, une musique très oppressante. Elle nous embarquait dans toute cette complexité psychologique. C’était fou.

 

Et puis, ce n’est pas forcément du cabaret, mais je me souviendrai toujours de la première fois où j’ai vu le Slava’s Snowshow de Slava Polounine. Il y a un moment où le fond de scène disparaît, Carmina Burana arrive à fond, et une énorme tempête de neige, des tonnes de petits papiers blancs, arrivent sur le public. Cette image du clown face à l’adversité, face à l’ouragan, c’est hyper fort.

 

La Big Bertha ©Marina Viguier

 

Mélodie Braka : Comment vous trouvez l’inspiration pour vos propres numéros ?

 

La Big Bertha : Tout est de l’inspiration. Ça peut être un livre, une musique, de la bouffe, un défilé de mode, une émotion. Tout peut m’inspirer.

 

Je n’ai pas vraiment de process créatif. Pendant des années, j’ai essayé de comprendre comment j’arrivais à un numéro, et en fait, non. Il faut que j’arrête d’essayer de mettre des mots et un cadre sur un process qui n’en a pas besoin.

 

Si tu me mets devant un ordinateur en me disant : « Voilà, il faut créer un numéro », il n’y a plus personne. Je vais te faire une conduite lumière, mais pour éclairer quoi ? Rien.

 

Tout peut m’inspirer. Au Cabaret la Barbichette, par exemple, je chante beaucoup de chansons de Juliette Noureddine, qui est pour moi l’une des meilleures parolières au monde. Ses chansons peuvent être poétiques, sensibles ou totalement potaches. C’est très beau et ça m’inspire beaucoup.

 

La Big Bertha ©Marina Viguier (8)

 

Mélodie Braka : Est-ce que vous avez aujourd’hui un numéro signature ?

 

La Big Bertha : À l’époque du burlesque, oui. Aujourd’hui, dans les cabarets, on me demande souvent de chanter la même chanson.

 

Au Cabaret Le Secret, j’avais une spécialité : la réécriture de paroles. Il y en a une qui a beaucoup marché, c’est quand j’ai repris « Le dernier jour du disco » de Juliette Armanet et que je l’ai transformé en « La dernière tranche de gigot ». On me la demande souvent.

 

Il y a aussi « Moi, Lolita », que j’ai transformé en « Moi Big Bertha ». Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, c’est de plus en plus de la chanson et moins de la performance. Il faudrait que je sorte de nouvelles performances d’effeuillage. Les idées sont là, mais j’attends qu’elles mûrissent.

 

Les Meneuses ©Marina Viguier (3)

 

Mélodie Braka : Cette famille de cabaret, vous aviez envie de l’amener dans Drag Race France ?

 

La Big Bertha : C’était indispensable. Sans le cabaret en France, on n’aurait pas cette liberté d’expression et de performance. Il faut rappeler qu’à une époque, la police descendait dans les lieux. Quand on est sur scène, c’est aussi rendre hommage aux anciennes qui nous ont ouvert la voie.

 

Sans ces anciennes, je n’aurais jamais pu faire la tournée de Santa devant 500 000 spectateurs. Ce sont elles qui nous ont ouvert la voie.

 

Quand j’ai commencé à faire du drag et que j’en parlais autour de moi dans le Sud de la France, d’où je viens, tout le monde me disait : « Ah bon, tu vas travailler chez Michou ? » Les gens n’ont pas toujours conscience de ce que Michou a représenté, mais ça a été une révolution pour le milieu. C’était un personnage public, il passait à la télé. On avait une visibilité LGBT dans les années 70.

 

Donc oui, il m’était impossible de renier ma famille dans une émission de télévision. Le cabaret m’a formée, le cabaret m’a fait vivre, le cabaret me fait vibrer. Il était indispensable de ramener ça sur le plateau.

 

Mélodie Braka : Pourtant, au départ, vous ne vouliez pas forcément faire Drag Race.

 

La Big Bertha : Oui, au début, je disais : non, non, non, je ne veux pas faire Drag Race !

 

Je me rappelle de Jeanne Collin, la directrice de casting chez Endemol. Au bout du quatrième appel, elle m’a dit : « Je peux être honnête avec toi ? Bertha, tu me saoules. La chaîne te veut absolument. Je suis en train de dégager tous tes arguments sur le fait que tu n’as pas envie de rentrer dans un moule. On veut une grosse drag queen barbue dans ce cadre, donc je pense qu’on est en train d’exploser le cadre, non ? »

 

Elle m’a un peu hurlé dessus, et j’ai fini par dire : bon, d’accord. Mais Drag Race, c’est très soliste. Moi, qui viens du cabaret, du groupe, de la famille, c’était particulier.

 

La Big Bertha ©Marina Viguier (2)

 

Mélodie Braka : Est-ce que vous pouviez imaginer que votre participation allait toucher autant de personnes, notamment sur le rapport au corps ?

 

La Big Bertha : Jamais de la vie. Je ne l’aurais jamais imaginé. Je ne cracherai jamais sur Drag Race, parce que ça a été quelque chose de fantastique pour ma carrière, mais aussi personnellement.

 

J’ai reçu des milliers de messages de gens qui me disaient : « Je rentre de vacances et grâce à toi, je suis allé à la piscine », « Je suis allé à la plage. » C’est très vertigineux de se dire : je suis devenue un personnage public, j’ai cette responsabilité-là. Au début, je la refusais complètement.

 

Mélodie Braka : Ça vous a fait peur ?

 

La Big Bertha : Oui, totalement. Pendant un moment, j’avais très peur de mes faits et gestes. Je me disais : si je fais une bêtise, au secours. Et puis après, je me suis dit : avance. Tu es comme tu es. Si un jour tu dis quelque chose de maladroit, ça peut arriver, les gens s’éduquent jour après jour.

 

Et il y a aussi eu le sujet du cancer. Quand je suis arrivée dans l’atelier avec Soa, qui a vécu mes années cancer, elle m’a dit directement : « On ne parle pas de ça. » Et je lui ai dit : non, pas du tout, on n’en parle pas.

 

Mais Drag Race, au bout d’un moment, tu es épuisée physiquement et psychologiquement. Tu ne comprends plus ce que le jury te demande, parce qu’on te demande parfois de faire quelque chose qui n’est pas toi. Et un jour, au bout du quatrième épisode, je craque en interview. Je commence à parler du moment où j’ai eu mon cancer, où j’ai arrêté mon métier, où j’ai switché pour faire du drag.

 

La journaliste a baissé la caméra et m’a dit : « Bertha, tu ne m’en as jamais parlé. Est-ce que tu veux en parler ou pas ? » Sur le moment, je pleurais et je disais non, je ne veux pas en parler. On en a reparlé le lendemain, et elle m’a dit : « Je pense que c’est important d’en parler aux filles. Je ne te forcerai jamais à aborder un sujet que tu ne peux pas aborder, mais prends un pas de recul. Ne pense pas à toi, pense aux autres. »

 

C’est comme ça que c’est arrivé dans l’atelier. Soa me regardait avec des yeux énormes, en mode : elle est vraiment en train d’en parler. Et après, j’ai reçu plein de messages de jeunes qui étaient en salle de chimio, en plein protocole, et qui me disaient : « En fait, on se sent moins seuls. » C’est bouleversant. Je me dis que moi aussi, pendant mes chimios, j’aurais adoré voir une personne comme ça. C’est une dimension qu’on ne peut pas anticiper.

 

La Big Bertha ©Marina Viguier

 

Mélodie Braka : Est-ce que des personnes vues dans Drag Race viennent maintenant vous voir au cabaret ?

 

La Big Bertha : Oui, carrément. Et ça, je suis hyper contente. Quand on a lancé le Cabaret Lupin en juin, il y avait des gens dans la salle qui sont venus me voir en me disant : « C’est la première fois qu’on te voit sur scène, on t’avait vue dans Drag Race. »

 

Drag Race, c’est très bien, c’est vraiment super pour une ouverture d’esprit. C’est l’étape numéro un dans l’éducation au drag. Mais après, il faut venir nous voir vraiment. Allez voir des cabarets, des spectacles drag. Quand je vois des gens qui m’ont vue dans l’émission et qui font l’effort de se déplacer pour me voir sur scène, pour moi, c’est énorme.

 

Mélodie Braka : Et cette tournée avec Santa, c’était comment ?

 

La Big Bertha : Je pense que c’est la plus belle aventure de ma carrière pour l’instant. Et Dieu sait que j’en ai eu, des beaux moments. Déjà, avoir une artiste aussi populaire en France qui a le culot de prendre une drag queen en première partie de toute sa tournée, c’est énorme.

 

Au début, je devais seulement faire le mois de juin, seize dates pour les Fiertés. Au bout de la quatrième date, Santa et sa manageuse m’ont dit : « En fait, c’est totalement aligné avec nous. Ce que tu proposes sur scène, c’est exactement ce qu’on voulait. » Santa m’a laissé carte blanche.

 

Elle me disait : « Bertoche, vas-y, tu sais faire, j’ai entièrement confiance en toi. » Au bout de la quatrième date, elles m’ont demandé si je voulais faire toute la tournée. C’était quand même une soixantaine de dates.

 

La Big Bertha ©Marina Viguier (4)

 

Mélodie Braka : Qu’est-ce qui vous a le plus plu dans cette expérience ?

 

La Big Bertha : Santa m’a mise dans la position que j’adore : aller vers des publics qui ne sont pas du tout convertis à l’art du drag.

 

Je me souviens de grosses salles, parfois 15 000 personnes. Quand j’arrivais sur scène, je voyais des réactions du type : mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Il y avait aussi du dégoût, parfois. Et là, j’utilise toujours le même icebreaker, qui est pour moi le meilleur avec les gens qui sont a priori contre : le rire.

 

Dès le début, je leur disais : « Je vois exactement ce que vous êtes en train de vous dire. Vous êtes inquiets, vous vous posez des questions. Alors je réponds tout de suite : non, je ne suis pas Santa, je suis La Big Bertha, je suis une drag queen. » Et j’enchaînais.

 

J’ai monté cette première partie comme un petit cours Montessori du drag. Il y avait une première performance très visuelle, en hommage à Loïe Fuller et à la danse serpentine. Ensuite, quelque chose de plus émotionnel, qui parlait de nous, les artistes drag. Puis ça partait sur des choses plus dansantes.

 

À la fin, voir les gens qui me regardaient bizarrement au début se mettre à danser, à sauter, c’était incroyable. Je demandais souvent : « Qui n’a jamais vu de show drag dans la salle ? » Et là, 90 % de la salle levait la main. Je recevais ensuite des messages de gens qui me disaient : « C’était ma première fois ce soir et j’ai adoré. J’ai hâte de vous revoir sur scène ou de voir d’autres artistes. » Pour moi, c’est le meilleur retour.

 

Mélodie Braka : Il y a aussi eu la reconnaissance de vos sœurs drag.

 

La Big Bertha : Oui. Il y a eu des moments fantastiques dans cette tournée, notamment avec ma famille à Toulouse, ou à la dernière date à Paris, où il y avait d’autres queens d’All Stars, comme Piche, Punani, etc. Elles m’ont dit : « Berthoche, dans All Stars, tu es la seule capable de faire ça. » Recevoir cette reconnaissance de mes sœurs, après tout ce qu’on avait vécu, c’était très fort.

 

Et Santa, c’est un monument. Elle est fantastique, d’une intelligence émotionnelle et d’une intelligence du spectacle. J’ai beaucoup appris. Tous les soirs, je regardais son concert, parce qu’on sent des leçons à chaque fois. Et là, on rejoint l’univers du cabaret : on s’enrichit des autres.

 

Mona LaDoll La Big Bertha ©Marina Viguier

 

Mélodie Braka : On vous a retrouvée en première partie de Santa, puis sur France Télévisions dans Les Chaises musicales infernales. J’ai l’impression que vous avez une capacité à faire des ponts entre des univers où on ne vous attend pas forcément. Cette circulation, elle est naturelle pour vous ?

 

La Big Bertha : Elle est totalement naturelle. Moi, je garde toujours un seul et même objectif, que ce soit dans mon travail, dans mes interventions, en télé ou hors cabaret : ramener les gens dans les salles de spectacle.

 

Pas seulement pour moi, mais aussi pour d’autres artistes drag. Il s’agit de dire que ces personnages existent, qu’ils sont là, qu’ils sont comme un humoriste, comme un danseur, comme un personnage public. Et aussi de montrer que le drag peut aller partout.

 

Il faut sortir du cliché qui commence à se déconstruire, mais qui était encore très fort il y a quinze ans : le drag, ce serait seulement le sexe, la coke, le rock’n’roll, l’alcool, la boîte de nuit. Alors que non. Regardez Paloma, par exemple : il y a eu son film, ses chansons, son spectacle. Moi, je suis appelée dans des scènes nationales, je performe dans des opéras. On sent que l’art drag n’est plus seulement un art communautaire, mais un art populaire.

 

Mélodie Braka : Vous parlez beaucoup de fédérer. Est-ce que vous voyez cette visibilité comme un devoir ?

 

La Big Bertha : Oui, c’est indispensable. Drag Race m’a donné cette visibilité, ce pouvoir-là, donc autant l’utiliser. Combien de drags se font encore taper dessus, insulter, dégommer tous les week-ends ? Je fais ça pour moi, bien sûr, mais aussi pour toute la communauté et pour toutes mes sœurs.

 

Il faut démocratiser cet art pour qu’il y ait moins d’ostracisme. Tu me fermes une porte, ma fille, je passe par la fenêtre.

 

Mona LaDoll La Big Bertha ©Marina Viguier (5)

 

Mélodie Braka : On a beaucoup parlé de contact, de public, de cabaret. Qu’est-ce que vous aimeriez transmettre aux jeunes artistes drag, burlesques ou cabaret qui arrivent aujourd’hui ?

 

La Big Bertha : J’ai été prof de théâtre dans une école burlesque pendant trois ans, et j’adore la transmission.

 

Si je devais faire deux cours pour les nouvelles générations, le premier serait un cours d’histoire du cabaret français. Le devoir de mémoire est indispensable. Il faut savoir d’où l’on vient, parce que ça peut nourrir ton personnage, ta créature, ton univers. L’année prochaine, par exemple, j’aimerais sortir un numéro hommage à La Grosse Bertha, reprendre un de ses numéros pour le refaire sur scène.

 

Le deuxième cours serait un cours de lisibilité publique : la perception du public, sa prise en charge, son intégration dans un numéro, comment le faire interagir. Le drag sort aussi de l’univers du cabaret, et le cabaret est un art punk. À l’origine, c’est un pied de nez au théâtre bourgeois, un endroit où l’on casse le quatrième mur et où l’on interagit avec le public.

 

Quand je vois parfois des shows drag, je me dis : ma fille, tu es en train de performer dans ta salle de bain. Je ne suis pas d’accord. Si tu es sur scène, le public est là. Ce sont vos patrons, vos boss, ce sont eux qui achètent les billets, donc il y a quelque chose à leur rendre. J’aimerais transmettre ça : la compréhension du public, les ficelles de maîtresse de cérémonie, tout ce qui permet d’avoir un public avec soi.

 

Mélodie Braka : Vous avez parlé du Cabaret Lupin. Est-ce que vous pouvez nous en dire quelques mots ?

 

La Big Bertha : Le Cabaret Lupin, c’est un tout nouveau cabaret, un spectacle musical. Il y aura de l’adresse au public, de l’interaction, parce que le public va devenir acteur à un moment.

 

Le spectacle se joue dans une pièce cachée de l’Olympia. L’idée, c’est d’embarquer le public dans un casse : on va aller voler un des bijoux de l’Olympia. Ce bijou, c’est un ou une artiste qui a déjà foulé les planches de la salle Olympia, ce qu’on appelle le monde de là-haut. Nous, on est en bas.

 

Tout au long du cabaret, le public découvre quatre personnages. Le projet est à l’initiative de Mister James, avec L’Oiseau Joli, La Baronne du Bronx et moi. On est un peu les âmes du lieu, on guide le public vers ce casse, avant de découvrir en deuxième partie qui est le bijou du soir. On ne dit pas à l’avance qui est cette personne. Cela peut être une chanteuse connue, un chanteur connu. Le public le découvre de manière originale.

 

Mélodie Braka : C’est un spectacle musical, mais avec une vraie question de cabaret derrière.

 

La Big Bertha : Oui. On parle de spectacle musical, mais il faut toujours se demander où est la limite, quelle est la nature du projet. Est-ce que c’est une trame ? Est-ce que c’est un texte ? Est-ce que ce sont des points de rencontre ? Ces choix-là dirigent complètement la nature du spectacle.

 

Ce que j’aime, c’est qu’on parte d’un spectacle musical pour arriver à un cabaret. La première partie raconte les personnages, qui ils sont, ce qu’ils viennent faire là. Et la deuxième partie, avec l’artiste invité, c’est vraiment notre essence de cabaret qui parle.

 

Les prochaines dates marquent le lancement officiel, en octobre. On avait déjà fait deux dates de pré-lancement, et là, le projet va continuer à évoluer.

Infos pratiques :

 

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Vous voulez Rire ?!
Le 17 septembre à 18h30
Caserne B
Bordeaux

 

Réservations

 

La Barbichette Cabaret
Le 3 octobre à 20h
L’Échangeur – CDCN
53, rue Paul Doucet
02400 Château-Thierry

 

Réservations

 

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Cabaret Lupin
Les 5 et 6 octobre
Paris
Complet

 

Les 10 et 11 décembre
Paris

 

Réservations et informations

 

Les Meneuses
Du 15 au 19 décembre
Théâtre de la Croix-Rousse
Place Joannès Ambre
69004 Lyon

 

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Série imaginée et propos recueillis : Mélodie Braka

Photographies : Marina Viguier