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« J’ai compris que je pouvais exister avec ma propre sensibilité » : rencontre avec L’Oiseau Joli pour Bienvenue au Cabaret

par Melodie Braka
03.05.2026
L Oiseau Joli ©Marina Viguier

Il voulait jouer de l’orgue, il a hérité d’un accordéon. Il a eu honte de chanter, puis sa voix l’a mené jusqu’à The Voice. Il ne connaissait pas le cabaret, il en est devenu l’une des présences les plus délicates. Rencontre avec L’Oiseau Joli pour « Bienvenue au cabaret », musicien cabarettiste qui fait de la différence, de la poésie et de la douceur une manière d’être sur scène.

Mélodie Braka : Pendant que nous parlons, on entend les cloches au loin. Vous dites que c’est drôle, parce que c’est peut-être par là que tout a commencé. Pourquoi les cloches ?
 
L’Oiseau Joli : Parce que dans le petit village où j’ai grandi, en Franche-Comté, j’habitais à côté de l’église. Et l’église, pour moi, c’était un personnage très important. C’est là que j’ai découvert la musique.
Je crois que j’avais cinq ans quand j’ai commencé à chanter à la chorale. J’ai parfois l’impression d’inventer ma propre légende, mais je crois vraiment que j’y étais tous les dimanches. Ma grand-mère était persuadée que j’allais devenir curé. (Il rit.) Elle n’avait pas compris que j’allais à la messe pour la musique.
Ce qui me fascinait, c’était les harmonies à quatre voix. Je trouvais ça incroyablement magique. L’orgue m’impressionnait aussi énormément. Et les cloches, c’était comme au théâtre : la sonnerie avant que ça commence. Pour moi, elles annonçaient le début de la messe, donc le début du concert.

L'Oiseau Joli ©Marina Viguier

Mélodie Braka : Vous avez très tôt cherché à recréer cette sensation musicale ?
 
L’Oiseau Joli : Oui, complètement.
À six ans, mes parents m’ont offert un orgue pour Noël. Je pense que c’est le plus beau cadeau que j’ai reçu de toute ma vie. C’était un petit orgue, assez limité, qui ne permettait pas de jouer plusieurs notes en même temps. Je ne pouvais donc pas faire d’harmonies.
J’ai trouvé une solution. Il y avait un radio-cassette dans la cuisine. J’enregistrais une première voix, puis je superposais. Je chantais les sopranes et je jouais les altos que j’avais mémorisés. Ensuite, je relançais la cassette et, par-dessus, je chantais les ténors et je jouais les basses.
À ce moment-là, quelque chose se passait. J’avais des frissons. Je faisais ça dans le couloir de la maison de ma grand-mère, parce qu’il y avait un grand escalier qui résonnait. L’acoustique ressemblait à celle de l’église. Parfois, ma grand-mère me regardait depuis le haut des marches et je voyais qu’elle était émue. Elle pensait vraiment que j’allais devenir curé, mais moi, ce qui m’intéressait, c’était uniquement la musique !
 
Mélodie Braka : En parallèle de l’église, il y a d’autres références musicales ?
L’Oiseau Joli : Il y avait Chantal Goya ! C’est assez drôle parce que ce n’est pas forcément ce que l’on attend comme référence, mais c’était très important pour moi. Ce qui me touchait, ce n’était pas seulement l’univers ou les personnages, c’était la musique elle-même. Je pense par exemple à « Le Soulier qui vole ». Musicalement, c’est très beau. Il y a une vraie orchestration, des cordes, des mélodies très écrites, presque comme dans une musique de film. Derrière tout ça, il y avait Jean-Jacques Debout, qui est un grand compositeur. Il a écrit pour énormément d’artistes.
Avec le recul, je comprends que mon rapport à une musique orchestrée, construite, vient aussi de là. Même si l’univers est enfantin, la qualité musicale est réelle.

L'Oiseau Joli ©Marina Viguier

Mélodie Braka : À quel moment l’accordéon entre dans votre vie ?
 
L’Oiseau Joli : L’accordéon arrive un peu malgré moi.
Mes parents étaient persuadés que j’aimais ça parce que, dans les repas de famille, je regardais un cousin qui en jouait. Ils me disaient que j’étais fasciné. En réalité, ce n’était pas ce que je voulais faire. Moi, je voulais jouer de l’orgue.
L’accordéon représentait quelque chose de plus accessible pour eux. On vivait à la campagne, c’était un instrument qui faisait partie de leur univers, il y avait un côté populaire, familial, je l’ai accepté, mais sans réel désir au départ.
 
Mélodie Braka : Comment vous vivez cet apprentissage à l’adolescence ?
 
L’Oiseau Joli : C’était difficile.
Déjà parce que l’instrument est lourd, physiquement. Quand on est enfant, c’est quelque chose qu’on subit presque. Il y avait aussi ce qu’il représentait. Au collège, j’en avais honte. Je ne disais pas que je faisais de l’accordéon.
Mes amis montaient des groupes avec guitare, basse, batterie. Moi, j’étais à côté avec un instrument qui ne correspondait pas à cet imaginaire-là. Je ne pouvais pas m’intégrer à leur univers musical.
À partir de 13 ou 14 ans, je jouais dans des repas de troisième âge, des maisons de retraite, des événements d’anciens combattants. C’était toujours les mêmes contextes. Ce n’était pas évident à vivre à cet âge.
 
Mélodie Braka : Qu’est-ce qui vous fait continuer malgré tout ?
 
L’Oiseau Joli : La musique, plus que l’instrument.
Et surtout ma prof d’accordéon. Elle a joué un rôle très important. Elle voyait que j’avais une sensibilité, une oreille. Elle m’a ouvert à autre chose. Elle travaillait beaucoup la musique classique et faisait des transcriptions pour accordéon. J’ai découvert un autre répertoire, plus exigeant, plus riche. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à aimer vraiment jouer.

Mélodie Braka : C’est là que naît votre envie de détourner l’instrument ?
 
L’Oiseau Joli : Oui, je pense que ça vient de là. Je n’avais jamais formulé ça aussi clairement, mais j’ai toujours cherché à sortir du cadre. Je voulais jouer des choses qui n’étaient pas prévues pour l’accordéon.
Je me souviens que j’essayais de rejouer des morceaux entendus à la radio. C’était une manière d’échapper à certains titres imposés, comme « Étoile des neiges » ou « La Java bleue ». L’accordéon permet aussi de jouer avec les timbres. Selon les registres, on peut entendre des couleurs de violon, de flûte ou de basson. Ça ouvrait des possibilités qui me permettaient de m’approprier l’instrument autrement.
 
Mélodie Braka : Vous finissez pourtant par l’abandonner.
 
L’Oiseau Joli : Oui. Je me suis tourné vers le piano, j’ai fait le conservatoire, et l’accordéon est resté longtemps dans sa boîte. Il y avait une forme de rejet. J’étais en rupture avec lui.
À un moment, j’ai même dû le vendre pour pouvoir payer mon loyer. C’était un moment assez fort, parce que c’était aussi celui que mes parents m’avaient offert. Et le lendemain de la vente, quelqu’un m’a appelé pour me proposer … un projet d’accordéoniste. C’est comme si la vie m’obligeait à y revenir !
 
Mélodie Braka : Et c’est le cabaret qui vous y ramène vraiment ?
 
L’Oiseau Joli : Oui, c’est le cabaret qui m’a réconcilié avec cet instrument !
Je l’avais un peu repris avant, mais c’est dans ce contexte-là que tout s’est ouvert. D’un coup, il n’y avait plus de style imposé, je pouvais jouer de tout, explorer, adapter. C’est cette liberté qui a tout changé pour moi. La vérité, c’est que je n’ai jamais imaginé faire du cabaret !
Je ne savais même pas vraiment ce que c’était à part le film « Moulin Rouge », que j’avais beaucoup aimé, je n’avais aucune référence. Ce n’était pas du tout un univers qui faisait partie de mon imaginaire.
Tout commence avec un spectacle qui s’appelait « Le Goujon Folichon », c’était une première forme, pas encore du cabaret tel que je le connais aujourd’hui, mais il y avait déjà quelque chose de cet ordre-là. Julien «Patachtouille» y racontait l’histoire de son arrière-grand-mère, qui était tenancière de bordel. Il parlait de la vie nocturne, de la solitude, du désir, de la marginalité. C’était un sujet tabou dans sa famille et ce spectacle lui permettait de le remettre en circulation.

Mélodie Braka : C’est à ce moment-là que naît le nom L’Oiseau Joli ?
 
L’Oiseau Joli : Oui. Dans ce spectacle, il racontait que son arrière-grand-mère l’appelait « mon oiseau joli ». Un jour, en répétition, il m’a dit « joue mon petit oiseau joli », comme si c’était elle qui parlait et c’est resté. Au départ, ce n’était pas du tout un personnage comme aujourd’hui. C’était simplement un surnom dans le cadre du spectacle, mais c’est devenu mon nom de scène.
 

« Charly Voodoo m’a prêté un kilt, c’est comme ça que le début de mon costume est né »

 
Mélodie Braka : Comment passez-vous de ce spectacle à Madame Arthur ?
 
L’Oiseau Joli : Grâce à deux rencontres, Monsieur K et Romain Brau sont venus voir « Le Goujon Folichon », à l’époque, Madame Arthur venait de rouvrir, ils étaient très peu nombreux, ils construisaient encore tout, et ils nous ont proposé de venir jouer avec eux pour le Nouvel An.
On est allés voir le lieu quelques jours après, il n’y avait presque personne. (Il rit.) C’était très artisanal ! Et très vite, ils nous ont dit de revenir le samedi suivant !
On est arrivés sans rien, on ne savait pas se maquiller, on n’avait pas de costumes, Charly Voodoo m’a prêté un kilt, c’est comme ça que le début de mon costume est né. On a chanté des choses à peine répétées dans l’après-midi, ce soir-là a donné le ton de tout ce qui a suivi.
 
Mélodie Braka : Quel ton justement ?
 
L’Oiseau Joli : Une forme de liberté totale !
On ne répétait pas vraiment, on arrivait avec des idées, parfois à moitié construites, et on les testait directement sur scène. Aujourd’hui, les choses sont beaucoup plus travaillées, mais à ce moment-là, on partait de zéro. Même Patachtouille ne connaissait pas le cabaret, il avait envie de travestissement, mais il n’imaginait pas se retrouver dans une troupe, tout s’est construit en faisant.
 
Mélodie Braka : Et la rencontre avec le public, c’était comment ?
 
L’Oiseau Joli : Au début, il n’y avait quasiment personne, donc c’était très particulier ! (Il rit.) On attendait que des gens arrivent, parfois, il y en avait trois, parfois aucun. On se maquillait pour rien, on se démaquillait et on rentrait. Le jour où on a dépassé vingt personnes, on a eu l’impression de jouer à Bercy !
Mais ce qui était très fort, c’est qu’il n’y avait pas de séparation entre la scène et le public. On était avec les gens, il y avait une circulation permanente. La bière passait du bar à la scène, on chantait au milieu des spectateurs. On se partageait l’espace, c’était incroyable !
 

« Je me demandais ce que je faisais là, j’ai longtemps eu un sentiment d’infériorité »

 
Mélodie Braka : Vous avez tout de suite trouvé votre place ?
 
L’Oiseau Joli : Non, pas du tout ! J’avais l’impression que les autres avaient des talents que je n’avais pas. Ils étaient très forts en improvisation, en humour, en présence. Moi, je me voyais surtout comme un accompagnateur. Je me demandais ce que je faisais là, j’ai longtemps eu un sentiment d’infériorité.
 

« Tout n’a pas besoin d’être parfaitement maîtrisé pour exister »

 
Mélodie Braka : Qu’est-ce qui vous a permis de dépasser ça ?
 
L’Oiseau Joli : Le public, encore une fois. Je me souviens de soirs où je m’excusais presque après avoir joué, en disant que ce n’était pas abouti. Et les gens me répondaient que c’était justement ça qu’ils venaient chercher.
Ils aimaient voir quelque chose en train de se faire, pas complètement terminé. Il y avait une émotion là-dedans, une forme de proximité qu’on ne retrouve pas ailleurs.
C’est à ce moment-là que j’ai compris quelque chose du cabaret. Tout n’a pas besoin d’être parfaitement maîtrisé pour exister. Au contraire, il y a une force dans l’imperfection, dans le fait de montrer quelque chose qui est encore en construction.
Ça a été un basculement important pour moi, parce que je viens d’une formation où tout devait être très réglé.

L'Oiseau Joli ©Marina Viguier

Mélodie Braka : Est-ce que c’est aussi à ce moment-là que vous arrêtez de vous comparer aux autres ?
 
L’Oiseau Joli : Oui, j’ai compris que je pouvais exister avec ma propre sensibilité, que je n’avais pas besoin d’aller sur leur terrain. Mon personnage s’est construit sans que je le décide vraiment. En acceptant de ne pas être comme les autres, l’image de l’oiseau s’est imposée, avec ce que ça implique de douceur, de fragilité, de discrétion.
 
Mélodie Braka : On n’a pas l’habitude de voir ça au cabaret !
 
L’Oiseau Joli : Justement ! On imagine souvent quelque chose de très affirmé, très spectaculaire, il faut être fort, visible, prendre de la place.
Pendant longtemps, j’ai eu l’impression que ma manière d’être ne correspondait pas à ça, que c’était un frein. Puis j’ai compris que cette douceur pouvait être une force, qu’elle avait sa place dans l’ensemble. Si cette couleur n’existe pas, la palette n’est pas complète.
 
Mélodie Braka : Est-ce que ça a aussi changé votre rapport à votre voix ?
 
L’Oiseau Joli : Oui, j’ai longtemps eu du mal avec la voix. Quand j’étais au collège, je chantais dans une chorale et j’étais le seul garçon. Je me suis fait harceler à cause de ça, on se moquait de moi tous les jours, j’ai fini par arrêter. Et quelque chose s’est fermé à ce moment-là.
 

«  Quand je suis monté sur scène, ça a été comme un saut dans le vide »

 
Mélodie Braka : Comment le chant est-il revenu ?
 
L’Oiseau Joli : Avec le cabaret ! La première fois que j’ai vraiment chanté seul, c’était au Divan du Monde, sur le morceau de France Gall « Il jouait du piano debout ». J’avais très peur, je n’avais jamais fait ça comme ça. J’ai travaillé un arrangement pour que la chanson corresponde à ce que je suis, pas à l’interprétation originale, et quand je suis monté sur scène, ça a été comme un saut dans le vide. À un moment, le public s’est mis à chanter avec moi, c’était une sensation très forte, comme si quelque chose me portait.
 
Mélodie Braka : C’est pour ça que vous avez choisi cette chanson pour The Voice ?
 
L’Oiseau Joli : Ce n’est pas moi qui l’ai choisie. La production m’a contacté parce qu’ils m’avaient vu la chanter, ils avaient envie de faire entrer une créature de cabaret dans l’émission. J’ai accepté à condition de rester fidèle à ce que je fais, je voulais être seul avec mon accordéon, sans ajout d’instruments.
 
Mélodie Braka : Avec le recul, qu’est-ce que cette expérience a représenté ?
 
L’Oiseau Joli : Une forme de réparation.
Par rapport à la voix, à l’enfance, à ce que j’avais vécu et aussi une manière de montrer ce qu’est le cabaret à des gens qui ne le connaissent pas.
Ce qui m’a touché, c’est que les retours parlaient de ça, pas seulement de moi, mais de cet univers. Les gens disaient qu’ils avaient envie de venir voir du cabaret justement !
 

« Il y a toujours cette envie de faire exister le cabaret ailleurs »

 
Mélodie Braka : Le cabaret, on peut l’emmener partout d’ailleurs ?
 
L’Oiseau Joli : Oui, de plus en plus ! Il y a quelque chose qui s’est développé ces dernières années, les projets circulent davantage, ils sortent de Paris. J’ai l’impression qu’il y a une forme de diffusion, presque de contamination. Je le vois concrètement avec les tournées, la saison prochaine, je pars avec plusieurs projets, avec L’Heure Exquise, la Barbichette ou Cabaret Folle. Ce sont des formes différentes, mais il y a toujours cette envie de faire exister le cabaret ailleurs. En ce moment, je travaille aussi sur un solo. Je commence à en jouer des fragments, dans des contextes qui ne sont pas forcément ceux du cabaret au départ, par exemple, je vais jouer dans un petit village en Alsace, en pleine forêt. Ce qui est intéressant, c’est que ce personnage peut exister là aussi : L’Oiseau Joli dans un écrin naturel, ça fait sens d’une autre manière. Ce n’est pas l’endroit où on l’attend, mais il trouve sa place.
 
Mélodie Braka : Vous développez aussi un nouveau projet, le Cabaret Lupin.
 
L’Oiseau Joli : C’est un projet qu’on porte à quatre, avec La Big Bertha, La Baronne du Bronx et Mister James. Ça aura lieu dans une salle de billard classée, en dessous de l’Olympia, c’est assez incroyable. L’idée, c’est de créer un pont entre le cabaret et la musique actuelle. Chaque soir, on « vole » un bijou à l’Olympia. Il y a une sorte de fil narratif, presque comme un jeu, le public découvre au fur et à mesure de la soirée ce qui est en train de se passer.
On invite aussi des artistes qui ont un lien avec l’Olympia, qui y ont joué, qui vont y jouer ou qui y sont associés d’une manière ou d’une autre, et on les embarque dans une forme cabaret.
 
Mélodie Braka : Il y a une dimension plus narrative que dans d’autres formats ?
 
L’Oiseau Joli : On a envie de construire quelque chose qui se rapproche presque d’un jeu de piste, il y a des indices, une dramaturgie, une progression, on n’est pas dans une succession de numéros. Et puis c’est un espace très intime, la jauge est très petite, environ soixante-dix personnes, ça va créer une proximité forte, une expérience singulière, presque comme un club.

Martin Poppins et L’Oiseau Joli ©Marina Viguier

Mélodie Braka : Vous avez accompagné énormément d’artistes. Est-ce qu’il y a des numéros qui vous ont particulièrement marqué ?
 
L’Oiseau Joli : Le premier qui me vient, c’est « Dancing Queen » avec Martin Poppins. Parce que reprendre ABBA à l’accordéon, c’était déjà très fort pour moi. C’est un groupe que ma mère adorait. Quand on a travaillé ces chansons, elle était déjà décédée, donc il y avait une dimension très personnelle.
Et cette version-là, avec juste l’accordéon et sa voix, créait quelque chose de très intense, à chaque fois qu’on la jouait, il se passait quelque chose de très fort.
 
Je pense aussi à la première fois où on a chanté la chanson « Douce » de Clara Ysé en duo avec La Baronne du Bronx. C’était un moment très fort, notamment dans la manière dont nos voix se répondaient.
 
Avec Monsieur K, il y a « Rayons Verts » de Mylène Farmer , que j’ai accompagnée et chantée avec lui, j’aimais beaucoup ce mélange-là.
 
Je me souviens de « Lolita » avec Romain Brau, l’accordéon déplaçait complètement la chanson, et avec lui, il y avait toujours une dimension très incarnée, presque théâtrale.
En réalité, il y en a énormément. J’ai accompagné des centaines de numéros. Chez moi, j’ai des piles de partitions. C’est difficile de choisir, mais certains moments restent parce qu’ils touchent à quelque chose de plus intime.
 
Mélodie Braka : Après toutes ces années, est-ce que vous vous sentez cabarettiste ?
 
L’Oiseau Joli : C’est une question difficile.
Je pense que j’ai développé des qualités qui me permettent de faire du cabaret. Dans ma place de musicien, j’ai appris à être à l’écoute des autres, à m’adapter à l’imprévu, à soutenir quand il y a un moment de fragilité. Il y a quelque chose de très particulier dans cet art-là, qui tient à l’instant, il faut être capable d’oublier ce qu’on sait faire pour être pleinement présent. Si être cabarettiste, c’est ça, alors oui, peut-être.
Mais c’est un mot que je trouve encore étrange. J’ai l’impression qu’il n’existait pas vraiment il y a quelques années, comme un équilibre à trouver en permanence. Ce que je sais, c’est que je me sens aujourd’hui à ma place dans cet endroit-là, avec cette manière d’être et de faire.

Infos pratiques :

 

Retrouvez L’Oiseau Joli sur scène
 

La Barbichette
La Barbichette
7 mai, Granville
15 mai, Haguenau
16 mai, Paris
22 mai, Petite-Forêt
29 et 30 mai, Paris
 
L’Heure Exquise
9 mai, Dol-de-Bretagne
23 mai, Orléans
11 juillet, Urbès
 
En tournée
 
Cabaret d’été
12 et 13 juin, Paris
 
Tol Plane (solo)
4 juillet, Bar-le-Duc
 
Le Cabaret Lupin au Petit Olympia
avec La Baronne du Bronx, Mister James, La Big Bertha et un invité surprise
5 et 6 octobre
 
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Propos recueillis : Mélodie Braka Photographies : Marina Viguier